
Accord entre le score automatisé et manuel des appareils d’apnée du sommeil de niveau 3 à domicile
Une étude rétrospective monocentrique révèle que le score automatisé des tests d’apnée du sommeil à domicile sous-estime systématiquement la sévérité de la maladie, classant à tort près de la moitié des cas modérés.
Introduction
Le test d’apnée du sommeil à domicile (HSAT) est devenu un pilier du diagnostic du syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS), offrant aux patients une alternative pratique à la polysomnographie en laboratoire. Mais une question cruciale demeure : quelle est la fiabilité des algorithmes de score automatisés intégrés à ces appareils ? Une nouvelle étude menée à l’hôpital Mubarak Al Kabeer au Koweït apporte une réponse préoccupante.
Publiée dans Sleep Medicine X, l’analyse rétrospective de 525 patients a révélé que le score automatisé (informatisé) des appareils HSAT de niveau 3 sous-estime systématiquement l’indice d’événements respiratoires (REI) par rapport au score manuel effectué par des techniciens du sommeil formés. Dans certaines catégories de sévérité, jusqu’à 44,5 % des patients atteints de SAOS modéré ont été reclassés dans une catégorie plus légère, ce qui soulève des inquiétudes quant aux diagnostics manqués ou aux traitements retardés.
Résultats
L’équipe de recherche, dirigée par Sulaiman Khadadah et ses collègues, a comparé le score automatisé et manuel des enregistrements HSAT de niveau 3, des appareils qui surveillent généralement 3 à 4 canaux incluant l’oxymétrie, le flux d’air, l’effort respiratoire et la fréquence cardiaque, mais pas l’électroencéphalographie (EEG) complète de la polysomnographie en laboratoire.
Les principaux résultats sont frappants :
- Sous-estimation systématique. Les valeurs REI automatisées étaient systématiquement inférieures aux valeurs REI obtenues manuellement dans la population étudiée. L’analyse de Bland-Altman a confirmé un biais de sous-estimation, avec des limites de concordance suffisamment larges pour être cliniquement significatives.
- Erreur de classification de la sévérité. Lorsque les patients étaient stratifiés selon les catégories标准 de sévérité du SAOS (aucun, léger, modéré, sévère), le score automatisé a mal classé une fraction substantielle des cas. Le plus préoccupant était le taux de sous-estimation de 44,5 % parmi les cas modérés, des patients dont la maladie a été rétrogradée à légère ou nulle par l’algorithme.
- Écart lié aux hypopnées. La divergence était la plus prononcée dans l’indice d’hypopnées. Le score automatisé a détecté significativement moins d’hypopnées que le score manuel. Comme les hypopnées constituent une grande proportion des événements respiratoires chez de nombreux patients, cette seule différence explique une grande partie de la sous-estimation globale du REI.
- Problème de seuils. Les erreurs de classification se concentraient autour des seuils de sévérité cliniquement importants, les limites entre léger et modéré, et entre modéré et sévère. Les patients dont le REI réel se situait près de ces seuils étaient les plus susceptibles d’être mal classés, car de petites différences de score les faisaient basculer d’une catégorie à l’autre.
L’étude a utilisé les définitions « standard » et « étendue » du REI, et la tendance s’est maintenue dans les deux cas, renforçant la conclusion.
Pourquoi c’est important
Le SAOS touche environ 936 millions d’adultes dans le monde, et la majorité des cas restent non diagnostiqués. Le test d’apnée du sommeil à domicile a été un outil essentiel pour élargir l’accès au diagnostic, en particulier pendant et après la pandémie de COVID-19, lorsque les tests en laboratoire étaient confrontés à des contraintes de capacité.
Cependant, la valeur diagnostique du HSAT dépend de la précision de son score. Si les algorithmes automatisés sous-estiment systématiquement la sévérité, les patients peuvent entendre que leur apnée du sommeil est « légère » alors qu’elle est en réalité « modérée », renonçant potentiellement à des traitements comme la ventilation en pression positive continue (PPC) qui pourraient améliorer leur qualité de sommeil, leur risque cardiovasculaire et leurs fonctions diurnes.
Les résultats mettent également en évidence des cibles d’amélioration spécifiques. Étant donné que l’écart est principalement dû à la détection des hypopnées, l’affinement des algorithmes pour mieux identifier ces événements subtils, caractérisés par des baisses du flux d’air accompagnées d’une désaturation en oxygène ou d’un éveil, pourrait apporter les plus grands gains en précision. C’est une cible concrète pour la prochaine génération d’outils de score alimentés par l’IA.
Limites
En tant qu’étude rétrospective monocentrique, les résultats reflètent la population de patients et les pratiques de score d’un seul établissement. Les appareils de niveau 3 utilisés peuvent ne pas représenter toutes les plateformes HSAT disponibles sur le marché. Le score manuel, bien que considéré comme la référence, présente également une variabilité inhérente entre les scoreurs. L’étude n’a comparé aucune des deux méthodes à l’étalon-or de la polysomnographie en laboratoire avec EEG, de sorte que la précision réelle de chaque approche reste inconnue. De plus, l’étude n’a pas rapporté les résultats cliniques, si les patients mal classés par le score automatisé ont ensuite présenté de moins bons résultats cliniques, ce qui aurait renforcé la pertinence clinique des résultats.
Conclusion
Le score automatisé des tests d’apnée du sommeil de niveau 3 à domicile sous-estime le REI et la sévérité du SAOS par rapport au score manuel par un technicien, notamment en raison d’une sous-détection des hypopnées. Les cliniciens doivent être conscients de ce biais lors de l’interprétation des résultats HSAT, en particulier pour les patients dont le REI automatisé se situe près des seuils de sévérité. Ces résultats fournissent une orientation claire pour l’amélioration des algorithmes de score automatisés et pilotés par l’IA : une meilleure détection des hypopnées est la cible la plus importante.
Source
Khadadah S, Alanazi H, Saleh Y, Aljabri J, Elbagalaty MF, Ali A, Abdulsalam M. Agreement between automated and manual scoring of level 3 home sleep apnea devices: A single-center retrospective study. Sleep Medicine X. 2026 Jun 29;12:100193. DOI: 10.1016/j.sleepx.2026.100193. PMID: 42405233. PMCID: PMC13330509.
Traduit par Lydie

