Le pari d’un milliard de dollars de Washington sur le nouvel homme fort de la Colombie

Les États-Unis ont accueilli le nouveau président colombien avec une promesse d’un milliard de dollars et un soutien à la guerre qu’il s’est engagé à mener. Abelardo de la Espriella a prêté serment vendredi à Cali, troisième ville du pays, lors d’une cérémonie organisée loin de la capitale, en déclaration d’intention délibérée. Le 7 août marquait le début de son mandat de quatre ans et la fin du gouvernement de Gustavo Petro, la présidence de gauche qui s’était heurtée à plusieurs reprises à Trump au cours de ses quatre années au pouvoir. La délégation de Washington, conduite par le procureur général par intérim, était présente, et le département d’État a annoncé un programme de sécurité d’environ 1 milliard de dollars pour lutter contre la criminalité organisée et l’immigration illégale, présentant l’accord comme une nouvelle ère dans les relations entre les États-Unis et la Colombie.

Le choix de Cali fut le premier signal. Les présidents colombiens sont investis à Bogota ; Espriella a choisi l’ouest, le fief des groupes armés qu’il a juré d’écraser, et a prêté serment dans un amphithéâtre universitaire sous haute sécurité. Trump l’a soutenu pendant la campagne électorale et, après sa victoire de juin, a prédit que les liens avec Washington s’amélioreraient considérablement. Il a prononcé son premier discours sur une base militaire voisine, devant des soldats, promettant de reconstruire le pays, de défendre la démocratie par la raison ou par la force, et de mener une guerre totale contre ce qu’il appelle le narco-terrorisme. Il a adopté le surnom de Tigre et promis que, sous son règne, il n’y aurait aucun recoin du territoire colombien où les criminels se sentiraient en sécurité.

L’argent suit l’homme. Le département d’État a décrit le programme comme une aide à la sécurité au service d’objectifs communs : démanteler la criminalité organisée et mettre fin à la migration illégale en renforçant la coopération à la frontière, tout en développant les échanges commerciaux dans le cadre du programme de croissance d’Espriella. Le langage était celui de l’alliance. Washington a déclaré qu’il soutiendrait l’effort du nouveau gouvernement pour vaincre les organisations narco-terroristes et criminelles qui menacent la sécurité de la région.

Le contraste avec Gustavo Petro, le prédécesseur de gauche qui s’était heurté à Trump et avait critiqué Israël, ne pourrait guère être plus net. Espriella a promis des répressions brutales, pas de pourparlers de paix avec les groupes armés, et la construction de ce que les critiques appellent des méga-prisons. Il a épousé une alliance militaire avec les États-Unis et Israël et rejoint le partenariat de sécurité Bouclier des Amériques de Trump. Là où Petro négociait, Espriella menace. Là où Petro condamnait, Espriella salue. Le contraste est le propos : le nouveau président ne change pas seulement de politique, il inverse toute l’orientation du gouvernement précédent, à l’intérieur comme à l’extérieur.

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Les risques sont aussi visibles que les promesses. Espriella est un novice en politique, un avocat millionnaire dont la carrière a consisté notamment à représenter des paramilitaires liés au trafic de drogue, et son style conflictuel fait craindre à ses critiques qu’un pays déjà profondément polarisé ne soit encore plus divisé. Le milliard de dollars est de l’argent réel, mais c’est aussi un pari : Washington parie qu’un homme fort au parcours juridique, au salut militaire et au talent pour la rhétorique à la Trump peut réussir là où les gouvernements colombiens précédents ont échoué, à savoir une défaite décisive des groupes armés qui alimentent le trafic de drogue depuis un demi-siècle. Les invités de la cérémonie laissaient entrevoir la compagnie qu’il fréquente : le procureur général américain par intérim conduisait la délégation américaine, le dirigeant du football mondial était présent, et des dirigeants conservateurs de toute la région, dont le président argentin, avaient fait le déplacement pour l’occasion.

Pour les États-Unis, le pari est stratégique : un allié fiable en Amérique du Sud à un moment où la Chine s’impose dans la région et où la migration est une plaie politique intérieure. Pour les Colombiens, le pari est plus simple et plus personnel : le Tigre saura-t-il tenir sa promesse que l’État, cette fois, sera ferme et décisif ? Le milliard de dollars dit que Washington croit qu’il le peut. La cérémonie de Cali disait qu’il entendait essayer.

Traduit par Lydie

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