
Relation entre des habitudes de sommeil saines et le risque de scoliose : une vaste étude de cohorte prospective
Des habitudes de sommeil saines pourraient réduire significativement le risque de développer une scoliose chez les adultes d’âge moyen et plus âgés, selon une vaste étude prospective publiée dans Frontiers in Neuroscience. En analysant les données de près de 409 000 participants de la UK Biobank, les chercheurs ont constaté que les personnes ayant les habitudes de sommeil les plus saines présentaient un risque de scoliose incidente inférieur de 36 % par rapport à celles ayant les habitudes de sommeil les plus pauvres.
Ce qu’ils ont découvert
L’équipe de recherche, dirigée par Wanyue Li à l’Hôpital provincial du peuple du Henan à Zhengzhou, en Chine, a élaboré un score de sommeil sain à cinq composantes basé sur les réponses au questionnaire lors de l’inscription. Le score attribuait un point pour chacun des cinq comportements de sommeil suivants : être un chronotype matinal, dormir sept à huit heures par nuit, ne signaler aucun symptôme d’insomnie, aucun ronflement auto-déclaré et aucune somnolence diurne excessive. Les scores allaient de zéro (le moins sain) à cinq (le plus sain).
Sur une période de suivi moyenne de 15,82 ans, 2 976 des 408 870 participants (0,73 %) ont développé une scoliose. La relation entre la santé du sommeil et le risque de scoliose suivait un schéma clair de dose-réponse. Chaque augmentation d’un point du score de sommeil sain était associée à une réduction de 10 % du risque (rapport de risque 0,90, IC à 95 % 0,87 à 0,93). Les participants ayant le score le plus élevé de cinq présentaient un rapport de risque de 0,64 (IC à 95 % 0,52 à 0,80) par rapport à ceux ayant des scores de zéro ou un, représentant un risque inférieur de 36 %.
L’association protectrice était indépendante de l’âge, du sexe, de l’indice de masse corporelle, du statut socioéconomique, de l’activité physique, du tabagisme, de la consommation d’alcool et d’autres facteurs de confusion potentiels.
Une interaction importante est apparue avec le statut diabétique. L’effet protecteur des habitudes de sommeil saines persistait clairement chez les participants sans diabète mais était statistiquement absent chez ceux atteints de diabète (p pour interaction inférieur à 0,05). Cette constatation suggère que la santé métabolique peut modifier la façon dont le sommeil influence la santé vertébrale, bien que les mécanismes sous-jacents nécessitent des recherches supplémentaires.
Pourquoi c’est important
La scoliose est généralement considérée comme une affection qui apparaît pendant l’enfance ou l’adolescence. Cependant, la scoliose de l’adulte, en particulier la scoliose dégénérative, est une préoccupation croissante à mesure que les populations vieillissent. Contrairement à la scoliose idiopathique de l’adolescent, qui a fait l’objet de nombreuses recherches, les facteurs de risque de la scoliose de l’adulte restent mal compris.
Cette étude est l’une des premières à fournir des données prospectives à grande échelle reliant la santé du sommeil au risque de scoliose chez les adultes. Les résultats soulèvent la possibilité qu’un mauvais sommeil ne se limite pas à fatiguer les personnes. Un sommeil perturbé est connu pour affecter le métabolisme osseux, l’inflammation, la récupération musculaire et la fonction endocrinienne, autant de facteurs qui pourraient plausiblement influencer la structure et l’alignement de la colonne vertébrale au fil du temps. Le gradient dose-réponse renforce l’hypothèse d’une relation causale, même si les données observationnelles ne peuvent pas la prouver directement.
Les cinq comportements de sommeil examinés dans cette étude sont tous modifiables. Contrairement à la prédisposition génétique ou à l’âge, les personnes peuvent prendre des mesures pour améliorer leur durée de sommeil, gérer l’insomnie, traiter les ronflements et l’apnée du sommeil, et réguler leurs rythmes circadiens. Cela rend les résultats exploitables tant au niveau individuel qu’au niveau de la santé publique.
Limites
En tant qu’étude observationnelle, cette recherche ne peut établir de causalité. La cohorte de la UK Biobank est également notablement plus saine et plus âgée en moyenne (âge moyen 56,5 ans au départ) que la population générale, ce qui peut limiter la généralisabilité. Les habitudes de sommeil n’ont été évaluées qu’au début de l’étude par auto-évaluation, ce qui signifie que les changements de comportement de sommeil au cours du suivi de 15 ans n’ont pas été pris en compte. Un facteur de confusion résiduel dû à des facteurs non mesurés tels que les exigences physiques professionnelles ou les traumatismes vertébraux antérieurs ne peut être exclu. De plus, le diagnostic de scoliose reposait sur les données des registres hospitaliers et de décès liés, ce qui peut sous-estimer les cas plus légers qui ne font pas l’objet d’une attention clinique.
En résumé
La santé du sommeil pourrait être un facteur modifiable sous-estimé pour maintenir la santé vertébrale jusqu’à un âge avancé. Bien que ces résultats ne prouvent pas que l’amélioration du sommeil prévienne la scoliose, ils s’ajoutent à un nombre croissant de données reliant la qualité du sommeil à la santé musculo-squelettique. Pour les cliniciens, s’informer des habitudes de sommeil peut offrir une fenêtre à faible coût et à faible risque sur la santé squelettique d’un patient. Pour nous tous, le message est clair : des habitudes de sommeil saines peuvent protéger bien plus que votre cerveau et votre cœur — elles peuvent aussi soutenir votre colonne vertébrale.
Traduit par Lydie
Source
Li W, Wang Y, Zhang J, et al. The relationship between healthy sleep patterns and the risk of scoliosis: a large prospective cohort study. Front Neurosci. 2026;20:1839503. DOI: 10.3389/fnins.2026.1839503. PMID: 42388672.

