
Dormir sept heures par nuit est largement recommandé, mais la façon dont on mesure ces sept heures importe. Une vaste nouvelle étude utilisant les données de la UK Biobank montre que la durée de la période de sommeil mesurée par appareil, le temps qu’une personne passe réellement au lit avec l’intention de dormir, est plus fortement liée à des risques moindres de décès, de maladies cardiovasculaires, de diabète et de démence que le temps de sommeil total enregistré par un appareil ou la durée de sommeil autodéclarée.
L’étude, publiée dans Sleep par des chercheurs de l’Institut de recherche de l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario, de l’Université d’Ottawa et de l’Université de Sydney, compare trois façons de mesurer la durée du sommeil et leurs associations avec cinq résultats de santé majeurs chez 69 000 à 77 000 adultes âgés de 40 à 69 ans.
Ce qu’ils ont trouvé
Les participants portent des accéléromètres au poignet pendant sept jours, ce qui produit deux mesures basées sur l’appareil : le temps de sommeil total (TST), qui capture les minutes réelles de sommeil, et la durée de la période de sommeil (SPT), qui capture le temps total passé au lit avec l’intention de dormir. Les participants déclarent également leur durée de sommeil nocturne typique par questionnaire. Les chercheurs suivent les résultats de santé sur une moyenne de 8 ans.
Les associations entre la durée du sommeil et la plupart des résultats suivent une forme en J inversé, ce qui signifie que le sommeil très court et le sommeil très long présentent tous deux un risque plus élevé, le risque le plus faible se situant à une durée intermédiaire. Ce schéma s’applique à toutes les méthodes de mesure, mais il est plus prononcé pour les mesures basées sur appareil. Pour la dépression, la relation est en forme de U.
Les différences les plus nettes apparaissent lorsqu’on compare le risque de mortalité à 7 heures de sommeil par rapport à un point de référence de 5 heures :
- Les personnes dont la durée de période de sommeil (SPT par appareil) est de 7 heures présentent un risque de décès 30 % plus faible durant le suivi (rapport de risque 0,70, IC à 95 % 0,61-0,79).
- Celles avec 7 heures de temps de sommeil total mesuré par appareil présentent un risque 17 % plus faible (RR 0,83, IC à 95 % 0,78-0,89).
- Celles qui déclarent 7 heures de sommeil présentent un risque 14 % plus faible (RR 0,86, IC à 95 % 0,74-1,00).
Le nadir, la durée de sommeil associée au risque le plus faible tous résultats confondus, diffère selon la méthode de mesure. Pour le sommeil autodéclaré, le point de risque le plus faible se situe autour de 7,2 heures. Pour la durée de période de sommeil mesurée par appareil, il se situe autour de 7,7 heures. Pour le temps de sommeil total mesuré par appareil, la plage de risque le plus faible est plus large, allant de 6,8 à 9,3 heures.
Ces schémas sont globalement cohérents selon les résultats : en J inversé pour la mortalité toutes causes confondues, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et la démence, les associations les plus fortes étant constatées pour la durée de période de sommeil. La courbe en U pour la dépression signifie que les personnes dormant peu ou beaucoup font face à un risque élevé par rapport à celles dans la fourchette intermédiaire.
Pourquoi c’est important
Les recommandations actuelles sur le sommeil préconisent 7 à 9 heures par nuit pour les adultes, une fourchette basée en grande partie sur des études utilisant la durée de sommeil autodéclarée. Ces nouveaux résultats soutiennent ces recommandations mais ajoutent une couche critique de précision : la méthode de mesure importe lorsqu’on quantifie le lien entre le sommeil et la santé.
L’étude suggère que la durée de période de sommeil, le temps qu’une personne passe au lit avec l’intention de dormir, pourrait être une cible plus pertinente pour les futures recommandations de sommeil basées sur appareil que le temps de sommeil total. Cette distinction a des implications pratiques. De nombreux appareils portables et applications pour smartphone rapportent le temps de sommeil total, mais le temps qu’une personne alloue au sommeil dans son emploi du temps quotidien (se coucher assez tôt, rester au lit assez longtemps) pourrait avoir plus d’importance pour les résultats de santé que les minutes exactes de sommeil réel capturées par des algorithmes basés sur le mouvement.
Les associations plus fortes pour les mesures basées sur appareil mettent également en lumière un défi persistant dans la recherche sur le sommeil : le sommeil autodéclaré est sujet aux biais de rappel, aux arrondis et aux effets de désirabilité sociale. Les gens arrondissent couramment à l’heure la plus proche ou surestiment leur durée de sommeil, ce qui peut atténuer les associations statistiques. Les courbes dose-réponse de cette étude sont de forme similaquelle selon les méthodes, mais l’ampleur des associations est substantiellement plus grande pour la durée de période de sommeil mesurée par appareil.
Pour les cliniciens, ces résultats renforcent le fait que demander à un patient « combien d’heures dormez-vous » peut ne pas capturer l’image complète. Le suivi par appareil, même imparfait, peut révéler des schémas, particulièrement la durée de période de sommeil, que l’autodéclaration seule ne capte pas.
Limites
L’étude est observationnelle, ce qui signifie qu’elle peut identifier des associations mais ne peut pas prouver que changer la durée du sommeil cause directement des changements dans les résultats de santé. La cohorte UK Biobank est plus saine et moins diversifiée que la population générale du Royaume-Uni, ce qui peut limiter la généralisabilité. Les mesures du sommeil par accéléromètre ont des limites connues : elles ne peuvent pas distinguer l’éveil calme du sommeil léger aussi précisément que la polysomnographie. De plus, la fenêtre de mesure unique de 7 jours peut ne pas capturer les schémas de sommeil habituels sur des périodes plus longues.
En résumé
La durée du sommeil autodéclarée et mesurée par appareil montre des relations dose-réponse globalement similaires avec les principaux résultats de santé, mais la durée de période de sommeil mesurée par appareil, le temps qu’une personne reste au lit avec l’intention de dormir, montre des associations substantiellement plus fortes avec une mortalité et un risque de maladie plus faibles. Les résultats soutiennent les recommandations actuelles de 7 à 9 heures de sommeil par nuit, quelle que soit la méthode de mesure, tout en suggérant que les futures recommandations basées sur appareil pourraient bénéficier d’un accent sur la durée de période de sommeil plutôt que sur le temps de sommeil total seul.
Source
Chaput JP, Biswas RK, Ahmadi M, Cistulli PA, Bian W, Stamatakis E. Dose-Response Associations Between Sleep Duration and Health Outcomes in Adults: Comparison Between Self-Reported and Device-Based Measures. Sleep. 2026; zsag193. DOI: 10.1093/sleep/zsag193. PMID: 42454954.
Traduit par Lydie

