Comment les émotions quotidiennes influencent la qualité du sommeil chez les jeunes adultes

Une nouvelle étude reposant sur un échantillonnage quotidien intensif sur une semaine montre que les fluctuations émotionnelles d’un jour à l’autre prédisent directement la qualité du sommeil des jeunes adultes la nuit suivante.

Des chercheurs de l’Université de Lausanne et de l’Université de Fribourg ont suivi 166 étudiants de première année en psychologie, âgés de 18 à 24 ans, pendant sept jours consécutifs, en administrant quatre enquêtes par jour via smartphone. La méthode d’évaluation écologique momentanée (EMA) a capturé les états émotionnels en temps réel et les niveaux de stress quotidiens, puis les a reliés à la qualité du sommeil autoévaluée le lendemain matin. Le taux de conformité était élevé, à 92,4%, produisant plus de 4 200 points de données pour l’analyse.

Ce qu’ils ont découvert

Au niveau intra-individuel, comparant l’état émotionnel d’une personne d’un jour à l’autre, des niveaux quotidiens plus élevés de colère, d’anxiété, de tristesse et de stress perçu prédisaient chacun une qualité de sommeil significativement plus faible cette nuit-là. À l’inverse, les jours où les participants déclaraient un plus grand bonheur entraînaient un meilleur sommeil.

Les effets inter-individuels, comparant les personnes entre elles sur l’ensemble de la semaine d’étude, étaient encore plus importants. Les personnes présentant des niveaux généralement plus élevés d’affect négatif et de stress perçu sur la semaine avaient en moyenne une qualité de sommeil nettement inférieure. Le bonheur au niveau inter-individuel expliquait 9,5% de la variance de la qualité du sommeil, l’effet le plus fort de l’étude.

Parmi les neuf stratégies de régulation émotionnelle évaluées (réévaluation, acceptation, résolution de problèmes, suppression, évitement, distraction, soutien social, rumination), seule la rumination montrait un lien significatif avec la qualité du sommeil : les participants qui utilisaient habituellement la rumination plus fréquemment rapportaient une qualité de sommeil inférieure.

Pourquoi c’est important

Le début de l’âge adulte est une période critique pour le développement émotionnel et la santé du sommeil. Les résultats suggèrent que des interventions ciblant le traitement émotionnel quotidien, en particulier la réduction de la rumination et l’augmentation de l’affect positif, pourraient avoir des effets mesurables sur la qualité du sommeil dans cette tranche d’âge. L’étude montre également que les états émotionnels quotidiens comptent au-delà des traits de personnalité stables, soulignant la valeur de la régulation émotionnelle de moment en moment pour un sommeil sain.

Limites

Les participants étaient majoritairement des femmes (80,1%) et issus de programmes de psychologie de deux universités suisses, ce qui limite la généralisabilité. La qualité du sommeil a été mesurée par un seul élément d’autoévaluation, et non par polysomnographie ou actigraphie. Le plan d’étude observationnel ne peut établir de causalité, et l’association entre l’affect négatif et le sommeil pourrait refléter une causalité inverse ou des facteurs sous-jacents communs tels que les troubles anxieux.

L’essentiel

Ce que vous ressentez pendant la journée se répercute sur votre sommeil la nuit. Chez les jeunes adultes, la colère, l’anxiété, la tristesse et le stress quotidiens dégradent chacun la qualité du sommeil, tandis que le bonheur la protège. La rumination, le fait de ressasser répétitivement des pensées négatives, semble particulièrement néfaste au niveau habituel.

Source

Ariu A, Meyer AH, Munsch S, Messerli-Bürgy N. « Dynamic Interactions Between Daily Emotional Processing and Sleep Quality in Emerging Adults. » Journal of Sleep Research, Early View e70406 (2026). DOI : 10.1111/jsr.70406. Accès libre (CC BY 4.0).

Traduit par Lydie

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