
L’acupuncture active les neurones GABA dans le noyau réticulaire thalamique pour traiter l’insomnie, selon une étude chez la souris
Une nouvelle étude mécanistique menée par des chercheurs chinois apporte l’une des preuves les plus solides à ce jour que l’acupuncture améliore le sommeil en activant directement les neurones GABAergiques dans le noyau réticulaire thalamique (TRN), une région cérébrale reconnue comme la porte d’entrée du sommeil et de l’éveil.
Publiée dans le Journal of Traditional Chinese Medicine, l’étude a utilisé des outils modernes des neurosciences, notamment la photométrie par fibre, la chimiogénétique et les enregistrements EEG, pour retracer la voie causale allant de la stimulation par aiguille d’acupuncture à l’activité neuronale spécifique, jusqu’à des changements mesurables dans le comportement de sommeil chez la souris.
Ce qu’ils ont découvert
L’équipe de recherche, dirigée par L U Xiaoxiao de l’Université de médecine traditionnelle chinoise de Chengdu, a utilisé un modèle d’insomnie bien établi dans lequel les souris sont traitées au PCPA (para-chlorophénylalanine), un inhibiteur de la synthèse de la sérotonine qui produit une perturbation sévère du sommeil. Les souris traitées au PCPA ont montré un sommeil fragmenté, une latence de sommeil prolongée et une durée totale de sommeil réduite par rapport aux témoins sains.
L’acupuncture sur des points spécifiques a inversé ces déficits de manière significative. La latence du sommeil a diminué et la durée totale du sommeil a augmenté dans le groupe acupuncture par rapport aux souris PCPA non traitées, avec une signification statistique à P < 0,01.
Pour comprendre le mécanisme neuronal, l’équipe a utilisé des souris Vgat-Cre, une lignée génétiquement modifiée dans laquelle les neurones GABAergiques expriment la recombinase Cre. Ils ont injecté un virus indicateur de calcium GCaMP6m dans le TRN et utilisé la photométrie par fibre pour enregistrer les signaux calciques en temps réel, un indicateur de l’activité neuronale. L’acupuncture a augmenté de manière robuste les signaux calciques dans les neurones GABA du TRN, indiquant que la procédure activait ces cellules.
Les enregistrements EEG ont confirmé que les souris traitées au PCPA présentaient une puissance élevée dans les bandes Beta et Gamma, des motifs associés à l’éveil cortical et à la vigilance, ainsi qu’une puissance Delta réduite, la marque du sommeil profond non-REM. L’acupuncture a inversé ces trois signatures : la puissance Delta a augmenté tandis que les puissances Beta et Gamma ont diminué (P < 0,01).
La preuve la plus convaincante est venue d’une manipulation chimiogénétique. Les chercheurs ont injecté un virus DREADD inhibiteur (hM4Di) dans le TRN de souris Vgat-Cre, leur permettant de silencer les neurones GABA sur demande en administrant le ligand clozapine-N-oxyde. Lorsque les neurones GABA du TRN ont été inhibés par chimiogénétique, les effets promoteurs du sommeil de l’acupuncture ont été complètement abolis. Cette expérience causale a confirmé que l’acupuncture agit spécifiquement à travers ces neurones et non par une voie indirecte ou non ciblée.
Pourquoi c’est important
L’insomnie touche environ 10 à 30 % de la population adulte mondiale, et les traitements de première ligne actuels, y compris la thérapie cognitivo-comportementale et les médicaments hypnotiques, présentent des limitations significatives. L’acupuncture est largement utilisée en médecine est-asiatique pour les troubles du sommeil, mais son mécanisme d’action au niveau des circuits neuronaux reste mal compris.
Cette étude fournit une chaîne causale claire : l’acupuncture active les neurones GABA du TRN, qui facilitent ensuite les oscillations thalamocorticales caractéristiques du sommeil. Le TRN est une fine couche de cellules GABAergiques qui entoure le thalamus et agit comme un stimulateur cardiaque des fuseaux de sommeil et de l’activité à ondes lentes. En démontrant que les neurones GABA du TRN sont à la fois nécessaires et suffisants pour les effets du sommeil de l’acupuncture, l’étude comble le fossé entre la pratique traditionnelle et les neurosciences systémiques modernes.
L’utilisation de la chimiogénétique et de la photométrie par fibre, des techniques qui ont suivi une trajectoire digne d’un prix Nobel au cours de la dernière décennie, amène l’étude de l’acupuncture dans le même cadre expérimental utilisé pour disséquer toute autre question neuroscientifique.
Limites
En tant qu’étude chez la souris, ces résultats ne peuvent pas être directement extrapolés à l’humain. Bien que le TRN soit conservé chez les mammifères, les points d’acupuncture spécifiques, les paramètres de stimulation et les relations dose-réponse chez les patients humains restent à établir. Le modèle PCPA, bien que standard, modélise une forme spécifique d’insomnie provoquée par une déplétion en sérotonine et pourrait ne pas capturer l’hétérogénéité de l’insomnie humaine, qui peut impliquer le stress, un décalage circadien, des comorbidités psychiatriques et d’autres facteurs.
L’étude n’a pas non plus examiné si des sessions d’acupuncture répétées produisent des changements durables dans la fonction des neurones GABA du TRN ou dans la plasticité synaptique, une question importante pour la traduction clinique.
Conclusion
L’acupuncture améliore le sommeil chez les souris insomniaques par un mécanisme neuronal spécifique : l’activation des neurones GABAergiques dans le noyau réticulaire thalamique. Le silençage chimiogénétique de ces neurones bloque complètement l’effet, démontrant une causalité plutôt qu’une simple corrélation. Ces résultats ouvrent une voie neurobiologique concrète pour comprendre comment l’acupuncture pourrait fonctionner dans l’insomnie humaine et suggèrent que le TRN est une cible thérapeutique potentielle.
Source
L U Xiaoxiao, X U Yipeng, Zhou Minjie, Zhang Chengshun, Cai Dingjun, Zhao Zhengyu. « Role of gamma-aminobutyric acid-ergic neurons in the thalamic reticular nucleus in regulating sleep-wake cycles in mice treated with acupuncture for insomnia. » Journal of Traditional Chinese Medicine 2026;46(3):552-560. PMID: 42365403. DOI: 10.19852/j.cnki.jtcm.2026.03.003.
Traduit par Lydie

