L’exercice physique peut compenser les risques cardiovasculaires et de mortalité liés à un mauvais sommeil, révèle une étude de la UK Biobank

L’exercice physique peut compenser les risques cardiovasculaires et de mortalité liés à un mauvais sommeil, révèle une étude de la UK Biobank

Dormir trop peu ou trop longtemps est associé à un risque accru de maladie cardiovasculaire et de décès prématuré, mais de nouvelles données suggèrent que le maintien d’une activité physique pourrait neutraliser une grande partie de ce danger. Une vaste étude longitudinale publiée dans Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases a révélé que la combinaison d’un sommeil sous-optimal et d’une faible activité physique crée un danger sanitaire synergique, tandis que des niveaux d’activité plus élevés peuvent atténuer, voire inverser ces risques.

L’étude, dirigée par Yiwen Dai du Peking Union Medical College et de l’Université de Pékin, a utilisé les données accélérométriques de 87 879 participants de la UK Biobank pour examiner comment la durée du sommeil et l’activité physique interagissent pour influencer les résultats de santé à long terme. Contrairement à la plupart des recherches antérieures qui reposaient sur le sommeil auto-déclaré, cette enquête a utilisé des trackers d’activité portés au poignet pour mesurer objectivement à la fois le sommeil et les mouvements, offrant ainsi une image plus précise du comportement réel.

Ce que l’étude a révélé

Les participants ont été répartis en trois catégories de sommeil sur la base des lectures accélérométriques : insuffisant (moins de 7 heures par nuit), optimal (7 à moins de 10 heures) et prolongé (10 heures ou plus). L’activité physique a été mesurée comme activité physique modérée à vigoureuse (APMV), telle que la marche rapide, la course ou le cyclisme, et activité physique légère (APL), incluant la marche occasionnelle ou les tâches ménagères.

Les résultats ont montré des interactions additives claires entre le sommeil et l’activité pour l’incidence des maladies cardiovasculaires et la mortalité toutes causes confondues. Les pires résultats se concentraient chez les personnes qui dormaient mal et bougeaient peu.

Parmi les participants avec un faible niveau d’APMV, ceux qui dormaient 10 heures ou plus par nuit présentaient un risque 17 % plus élevé de développer une maladie cardiovasculaire par rapport aux dormeurs optimaux (HR 1,17, IC 95 % 1,01 à 1,36). Les risques de mortalité étaient encore plus frappants. Un faible niveau d’APMV combiné à un sommeil insuffisant augmentait le risque de mortalité toutes causes confondues de 51 % (HR 1,51, IC 95 % 1,21 à 1,89), tandis qu’un faible niveau d’APMV avec un sommeil prolongé l’augmentait de 20 % (HR 1,20, IC 95 % 1,05 à 1,36).

Le résultat le plus frappant concernait ce qui se produisait lorsque les participants faisaient suffisamment d’exercice. Un niveau élevé d’APMV semblait compenser une grande partie du danger lié à un sommeil sous-optimal. Chez les personnes ayant un sommeil prolongé, celles qui avaient également un niveau élevé d’APMV présentaient un risque 24 % plus faible de maladie cardiovasculaire (HR 0,76, IC 95 % 0,60 à 0,97), transformant un facteur de risque en facteur protecteur. De même, un sommeil insuffisant combiné à un niveau élevé d’APMV était associé à un risque de mortalité toutes causes confondues inférieur de 41 % (HR 0,59, IC 95 % 0,40 à 0,85), et un sommeil prolongé avec un niveau élevé d’APMV montrait une réduction de 30 % (HR 0,70, IC 95 % 0,56 à 0,88).

L’activité physique légère a montré des schémas protecteurs similaires, suggérant que même les mouvements de faible intensité peuvent offrir une réduction significative du risque pour les personnes ayant des durées de sommeil sous-optimales.

Pourquoi c’est important

Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de décès dans le monde, et les troubles du sommeil affectent une partie substantielle de la population. Le message de santé publique conventionnel a souvent traité le sommeil et l’exercice comme des cibles comportementales distinctes. Cette étude suggère qu’ils devraient être abordés ensemble.

Le synergie fonctionne dans les deux sens. Un sommeil sous-optimal amplifie les méfaits d’un mode de vie sédentaire, et une faible activité amplifie les méfaits d’un mauvais sommeil. L’implication pratique est que les personnes qui ne peuvent pas atteindre une durée de sommeil idéale, que ce soit en raison de leurs horaires de travail, d’obligations familiales ou de problèmes de santé sous-jacents, peuvent néanmoins protéger leur santé cardiaque par une activité physique régulière. Inversement, celles qui ont du mal à être actives peuvent être plus vulnérables aux effets d’un mauvais sommeil.

L’utilisation d’accéléromètres plutôt que de données auto-déclarées constitue un point fort considérable. De nombreuses études sur le sommeil reposent sur le souvenir qu’ont les participants de leur durée de sommeil, ce qui est notoirement peu fiable. La mesure objective capture la durée réelle du sommeil plus précisément et réduit les biais qui peuvent fausser les résultats observationnels.

Limites

En tant qu’étude observationnelle, les résultats démontrent une association plutôt qu’une causalité. Des variables confusionnelles non mesurées telles que l’alimentation, le statut socio-économique, les comorbidités médicales ou les exigences professionnelles peuvent influencer à la fois le sommeil et les habitudes d’activité. La cohorte de la UK Biobank est également plus saine et plus aisée que la population générale britannique, ce qui peut limiter la généralisabilité. De plus, la qualité du sommeil au-delà de la durée, incluant des facteurs comme la fragmentation du sommeil, l’indice d’éveil et le rythme circadien, n’a pas été directement évaluée et peut affecter indépendamment le risque cardiovasculaire.

L’essentiel

Un sommeil sous-optimal et une faible activité physique se combinent de manière synergique pour augmenter le risque de maladie cardiovasculaire et de décès prématuré. Cependant, des niveaux plus élevés d’activité physique, en particulier l’exercice modéré à vigoureux, semblent atténuer significativement et dans certains cas inverser ces risques. Pour les personnes qui ne peuvent pas atteindre une durée de sommeil optimale, rester physiquement actif peut constituer une stratégie compensatoire puissante pour protéger la santé cardiaque et la longévité.

Source : Yiwen Dai, et al. « Joint associations of accelerometer-measured sleep duration and physical activity with cardiovascular disease and all-cause mortality: a longitudinal cohort study. » Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 2026. DOI : 10.1016/j.numecd.2026.104849. PMID : 42386465.

Traduit par Lydie

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