
Une amplitude circadienne réduite prédit une leptine élevée chez les résidents de l’Arctique, indépendamment de la photopériode
La réduction de l’amplitude des rythmes circadiens, mesurée via la température du poignet, l’activité physique et l’exposition lumineuse, est associée de manière indépendante à des niveaux élevés de leptine matinale chez les résidents de l’Arctique, et ce indépendamment des changements saisonniers extrêmes de la durée du jour, selon une nouvelle étude publiée dans Chronobiology International.
Cette découverte suggère que la faiblesse du rythme circadien, plutôt que la photopériode elle-même, constitue un moteur clé du risque métabolique dans les environnements de haute latitude, et qu’un variant courant du gène CLOCK (rs1801260, ou CLOCK 3111) amplifie considérablement cet effet.
Ce qu’ils ont découvert
Gubin et ses collègues ont étudié 64 résidents de l’Arctique à travers des saisons aux photopériodes contrastées, en utilisant l’actigraphie du poignet pour mesurer les amplitudes circadiennes de la température du poignet (WTA), de l’activité physique (PAA) et de l’exposition lumineuse, parallèlement aux concentrations matinales de leptine sanguine et au génotypage de CLOCK 3111.
Dans des modèles multivariés entièrement ajustés :
- L’amplitude de la température du poignet était négativement associée à la leptine (bêta = -0,344), une amplitude thermique atténuée prédisait une leptine plus élevée.
- L’amplitude de l’activité physique présentait une association négative similaire (bêta = -0,323).
- L’efficacité du sommeil était également inversement liée à la leptine (bêta = -0,265).
- Une amplitude normalisée plus importante de l’exposition à la lumière bleue était associée à une WTA accrue (bêta = 0,256) et à une leptine plus faible (bêta = -0,171).
Toutes les associations ont été maintenues après ajustement pour la photopériode, l’âge, le sexe et l’indigénéité.
Le polymorphisme CLOCK 3111 a fortement modéré la relation entre la température du poignet et la leptine. Chez les homozygotes TT, la corrélation était fortement négative (r = -0,509), tandis que chez les porteurs CC, une tendance non significative vers une association positive a été observée (r = 0,282), une différence statistiquement significative (p = 0,021). Pour les individus TT, une amplitude de température du poignet inférieure à 1 °C multipliait par près de quatre le risque d’avoir une leptine matinale dépassant 13 ng/mL (OR = 3,93, IC à 95 % : 1,69 – 9,17) par rapport à ceux dont l’amplitude dépassait 1,5 °C.
Pourquoi c’est important
La leptine est un régulateur clé de l’appétit et de la dépense énergétique, et des niveaux élevés sont associés à une résistance à la leptine et à un dysfonctionnement métabolique. Dans les régions arctiques et subarctiques, où les photopériodes extrêmes perturbent l’entraînement circadien, la capacité à maintenir des rythmes circadiens robustes pourrait constituer un tampon métabolique essentiel.
La découverte que le génotype CLOCK 3111 peut stratifier le risque, les porteurs TT avec une faible amplitude de température du poignet présentaient un odds ratio de près de 4 pour une leptine élevée, ouvre la possibilité d’utiliser des mesures circadiennes simples basées sur l’actigraphie combinées au génotypage pour un dépistage ciblé du risque métabolique dans les populations de haute latitude et chez les travailleurs postés.
Limites
L’échantillon de l’étude (n = 64) est modeste, et le seuil de leptine de 13 ng/mL était exploratoire. La conception transversale ne permet pas d’établir un lien de causalité, la perturbation circadienne pourrait entraîner une élévation de la leptine, ou l’état métabolique pourrait altérer l’amplitude circadienne. Une réplication dans des cohortes longitudinales plus larges est nécessaire.
L’essentiel
Des amplitudes circadiennes plus faibles de la température du poignet, de l’activité physique et de l’exposition à la lumière bleue prédisent une leptine matinale élevée chez les résidents de l’Arctique, indépendamment de la photopériode. Le génotype CLOCK 3111 TT amplifie fortement le risque, identifiant un phénotype circadien-métabolique potentiellement exploitable.
Source : Gubin D, et al. Circadian amplitude and CLOCK 3111 polymorphism predict morning leptin in Arctic residents, independent of photoperiod. Chronobiol Int. 2026 Jun 29:1-14. DOI : 10.1080/07420528.2026.2693222
Traduit par Lydie

