
L’UE durcit le ton envers la Chine alors que le déséquilibre commercial alimente les craintes de désindustrialisation
L’Union européenne reconnaît enfin ce que ses industriels clament depuis des années : la relation commerciale avec la Chine ne fonctionne pas, et les coûts ne sont plus théoriques.
Les discussions entre le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles cette semaine se sont déroulées sur fond de chiffres alarmants. Le déficit commercial de l’UE en biens avec la Chine a atteint 360 milliards d’euros en 2025, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Les exportations européennes vers la Chine ont chuté de 6,5 %, tandis que les importations chinoises en Europe ont augmenté de 6,4 %. Le déséquilibre représente environ un milliard d’euros par jour, chaque jour.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques commerciales. Ils reflètent une transformation structurelle qui vide l’industrie européenne de sa substance. Les fabricants chinois, soutenus par des subventions d’État, du crédit bon marché et la machine de politique industrielle du PCC, produisent des biens à des prix que les usines européennes ne peuvent pas égaler. Acier, produits chimiques, machines, batteries, véhicules électriques, secteur après secteur, la production chinoise submerge les capacités européennes.
Les économistes utilisent des mots comme « désindustrialisation » et « vidage » pour décrire ce qui se passe. L’OCDE estime que les entreprises chinoises reçoivent entre trois et neuf fois plus de soutien public que les fabricants des autres économies avancées. Les usines européennes ferment ou suppriment des emplois alors que la production se déplace vers la Chine pour accéder à ce marché.
« L’UE doit agir avant que la Chine ne paralyse les industries européennes », a averti Manfred Weber, président du Parti populaire européen (centre droit), plus tôt ce mois-ci. Un sentiment qui aurait été marginal à Bruxelles il y a quelques années, mais qui est désormais proche du consensus.
L’UE a pris des mesures prudentes pour répondre à la situation. La Commission européenne a imposé des tarifs protectionnistes sur les véhicules électriques chinois et mis en place des sauvegardes pour bloquer le dumping de l’acier. Sur les 21 nouvelles enquêtes antidumping et antisubventions ouvertes par l’UE, 18 ciblent des producteurs chinois. Mais ces mesures ont été fragmentaires, appliquées secteur par secteur, et les critiques estiment qu’elles sont trop lentes pour répondre à l’ampleur du défi.
La politique est difficile. L’Allemagne, le plus grand exportateur de l’UE, s’est longtemps opposée à une confrontation avec Pékin parce que la Chine reste un marché important pour ses constructeurs automobiles. L’Espagne a cultivé des liens étroits avec Xi Jinping. Mais les deux pays reconsidèrent leur position alors que le déficit commercial se creuse et que leurs propres industries ressentent la pression. Le chancelier allemand Friedrich Merz montre des signes de changement de position. Le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden a déclaré que la relation commerciale « ne peut pas être à sens unique » et l’a qualifiée de « menace existentielle pour nos industries ».
La division au sein de l’UE a été exposée le mois dernier lorsque la France, l’Italie, les Pays-Bas et la Lituanie ont publié un document conjoint appelant à de nouvelles mesures pour limiter la dépendance excessive à l’égard de certains pays étrangers, y compris d’éventuels droits de douane ou quotas supplémentaires. L’Espagne figurait parmi les signataires mais s’est ensuite publiquement distancée.
Parallèlement, la Chine a exploité sa domination dans le traitement des minéraux critiques. Pékin a imposé des restrictions à l’exportation sur les terres rares en avril 2025 en réponse aux tarifs américains, et ces restrictions ont également touché les entreprises européennes. Le message de Pékin est clair : le levier économique fonctionne dans les deux sens, et l’Europe a plus à perdre.
Un diplomate européen a décrit la nouvelle réalité sans détour : « Nous vivons dans un monde de loups désormais. Nous ne vivons plus dans un monde de poneys roses et d’arcs-en-ciel. »
Pendant des décennies, l’Europe a parié que l’engagement économique avec la Chine libéraliserait progressivement son système et l’intégrerait dans l’ordre commercial fondé sur des règles. Le pari n’a pas porté ses fruits. Le capitalisme d’État chinois a produit une machine économique qui concurrence à des conditions que les entreprises européennes ne peuvent pas égaler, soutenue par un gouvernement qui considère les excédents commerciaux comme un objectif stratégique, et non comme un résultat de marché.
La question est de savoir si l’UE peut passer de l’identification du problème à sa résolution avant que sa base industrielle ne se réduise à un point de non-retour.
Traduit par Lydie

