La seule technologie que la Chine soustrait à tous, sauf à l’Iran

La fondation nationale des sciences de Chine a discrètement ajouté à son programme de coopération avec l’Iran le seul domaine que Pékin protège avec le plus grand soin : l’extraction et le traitement des terres rares. L’annonce, faite cette semaine, inscrit ces métaux stratégiquement sensibles à l’ordre du jour des ateliers conjoints annuels que les fondations scientifiques chinoise et iranienne organisent ensemble, aux côtés de sujets aussi anodins que la surveillance de la pollution et la construction parasismique.

Les sommes en jeu sont presque ridiculement faibles. La partie chinoise avance environ 30 000 yuans, soit environ 4 200 dollars, par atelier. L’Iran prendra en charge les voyages internationaux de ses participants et l’hébergement des chercheurs chinois qui se rendent dans le pays. Cinq domaines ont été retenus pour le programme de cette année. Quatre d’entre eux relèvent de l’ordinaire de l’échange scientifique : capteurs nanotechnologiques pour la détection de maladies, suivi de la pollution, construction parasismique, usines plus propres. Le cinquième est l’exploration et le traitement des terres rares, une chaîne technologique que la Chine a mis des décennies à bâtir et qu’elle a cherché à protéger de tout transfert à l’étranger.

Pourquoi ce point compte

Les terres rares ne sont pas une matière première de niche. Elles entrent dans les missiles, les avions de chasse, les radars, les moteurs électriques et les aimants au cœur des armes modernes. L’Iran a déjà recensé des anomalies en terres rares sur environ 7 000 kilomètres carrés (environ 2 700 miles carrés) de son territoire. La Chine raffine, selon les estimations, 85 à 91 % des terres rares mondiales, une domination bâtie sur un savoir-faire de traitement qu’aucun autre pays n’a été capable de reproduire rapidement. La combinaison est simple : l’Iran a les minerais, la Chine a le savoir pour les transformer en quelque chose d’utilisable, et l’atelier est un véhicule pour faire circuler ce savoir.

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Le moment n’a rien d’accidentel. C’est un pays en guerre. L’offensive américano-israélienne contre l’Iran est en cours depuis la fin février, et le camp américain y a épuisé une grande partie de son arsenal de précision à longue portée. Les sanctions occidentales bloquent l’accès de l’Iran à la plupart des technologies avancées. La Chine, qui a refusé de se joindre à ces sanctions et entretient un partenariat stratégique de 25 ans avec Téhéran, est la seule grande puissance en mesure de combler ce vide.

Un atelier n’est pas une mine

L’argumentaire des sceptiques s’écrit tout seul. Un atelier de 4 200 dollars ne construit pas une raffinerie. Le traitement des terres rares est une lourde entreprise industrielle : usines de séparation, chaînes d’approvisionnement en réactifs, des années d’ingénieurs formés. L’échange scientifique entre les deux fondations est antérieur à la guerre, et les quatre autres sujets du programme sont routiniers. Qualifier cela de transfert de technologie stratégique revient peut-être à surinterpréter une modeste ligne budgétaire académique.

Mais les sceptiques passent à côté de ce que ce point signale lui-même. Pékin ne met pas le traitement des terres rares sur la table pour n’importe qui. Cette technologie fait partie des plus protégées de l’arsenal industriel chinois, objet de contrôles à l’exportation, de sanctions pénales en cas de fuite, et d’un âpre différend avec Washington sur qui aura le droit de raffiner les minerais du monde. Que la Chine accepte d’en discuter ouvertement avec l’Iran, dans un programme dont les détails sont publiés, signifie que la relation est passée à un nouveau stade. L’atelier est le pied dans la porte. Si la coopération s’approfondit, les étapes suivantes, levés d’exploration, usines pilotes, coentreprises, coûteront plus de 4 200 dollars, et elles seront franchies.

Ce que cela signifie pour Washington

Pour les États-Unis, le moment ne pourrait guère être pire. Washington a passé deux ans à tenter de briser l’emprise de la Chine sur les terres rares, avec un succès limité, et mène désormais une guerre contre un pays qui repose sur un trésor inexploré des mêmes minerais. L’idée que les terres rares iraniennes puissent un jour être traitées avec la technologie chinoise est précisément l’issue que la politique américaine était conçue pour empêcher. Les sanctions ne l’ont pas empêché. Les contrôles à l’exportation ne l’ont pas empêché. Quelques ateliers, modestement financés et ouvertement annoncés, pourraient le déclencher.

Les calculs de la Chine sont assez faciles à lire. L’Iran est un allié de guerre, un État riche en minerais et un acheteur de produits chinois à qui peu d’autres acceptent de vendre. Le programme sur les terres rares approfondit les trois relations à la fois, et il le fait au grand jour, ce qui suggère que Pékin ne s’inquiète pas de la réaction. Le signal n’est pas dans l’argent. Il est dans le point inscrit à l’ordre du jour.

Traduit par Lydie

Sources : South China Morning Post, Times Now, Sputnik International, CSIS

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