1 639 exécutions l’an dernier, et maintenant les mots de 26 pays

L’UE, rejointe par 26 gouvernements dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, a publié mercredi une déclaration commune condamnant les exécutions de manifestants en Iran dans les termes les plus fermes que les signataires aient pu trouver. La déclaration a été diffusée par l’intermédiaire du ministère canadien des Affaires étrangères et annoncée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

La déclaration affirme que le recours à la peine capitale pour faire taire la dissidence, intimider des communautés et punir des personnes exerçant leurs droits humains ne peut jamais être justifié, et que le peuple iranien doit être libre d’exercer ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique sans crainte. Elle appelle l’Iran à abolir immédiatement la peine de mort, à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement et à écouter la voix de son peuple qui réclame le changement.

Barrot a écrit sur les réseaux sociaux que sept mois après les crimes de masse commis contre le peuple iranien, qui s’est soulevé pour réclamer justice et dignité, le régime continue de faire couler le sang en multipliant les exécutions, et que cette répression insoutenable et inhumaine doit cesser.

Le record derrière les mots

Support independent reporting built on evidence, transparency, and scientific rigor.

Help us grow

Les chiffres donnent à la déclaration tout son poids. En 2025, les autorités iraniennes ont mis à mort au moins 1 639 personnes, selon l’organisation Iran Human Rights, basée en Norvège, et l’ECPM, le groupe français de lutte contre la peine de mort. Il s’agit du total annuel le plus élevé depuis 1989. Le 5 août, l’ONU a averti que le rythme était devenu alarmant : pas moins de 56 personnes exécutées depuis mars pour des chefs d’accusation de menace contre la sécurité nationale, et plus d’une centaine d’autres risquant le même sort. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a indiqué en juillet que des dizaines de personnes avaient été exécutées pour des chefs d’accusation liés à la sécurité et aux troubles.

Les exécutions n’ont pas commencé avec la guerre, mais la guerre les a multipliées. Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, fin février, le rythme des mises à mort judiciaires s’est fortement accéléré. Une grande partie des morts avaient été condamnés pour avoir participé aux manifestations de décembre contre les prix et contre le gouvernement, et les tribunaux ont traité ces dossiers tout au long de la guerre. Jusqu’à deux pendaisons par jour, selon le décompte des reportages français qui ont accompagné l’annonce.

Ce que la déclaration ne fait pas

Les absents de la liste comptent. Les États-Unis, qui mènent la guerre contre l’Iran et dont les frappes et les sanctions ont donné à l’État sécuritaire de Téhéran ses pouvoirs de guerre, ne figurent pas parmi les signataires. La déclaration est une affaire européenne et du Commonwealth, plus une poignée d’autres pays, et elle intervient alors que les appareils de Washington sont encore dans les airs au-dessus de cibles iraniennes. Les alliés qui condamnent les exécutions ne sont pas la puissance qui pourrait, en toute vraisemblance, les arrêter.

L’Iran a exécuté plus de 1 600 personnes en une seule année tout en étant condamné par les mêmes gouvernements, année après année, et ces condamnations n’ont rien changé. La réponse du régime à la déclaration de mercredi peut être prédite : elle sera rejetée comme une ingérence occidentale, et les exécutions se poursuivront.

Pourquoi les mots comptent encore

Mais les déclarations ne sont pas rien. Le format commun est le signal. Une vingtaine de gouvernements, dont la plupart n’ont pas l’habitude de se coordonner sur l’Iran, se sont accordés sur un texte commun qui désigne les exécutions comme le motif de la déclaration, et ils l’ont fait à un moment où la guerre fait de chaque déclaration sur l’Iran une déclaration sur la guerre. Le message adressé à Téhéran est que ses alliés dans la région ne sont pas les seuls à observer, et le message adressé aux manifestants, dont beaucoup attendent leur procès, est que leurs dossiers sont recensés à l’étranger.

Les signataires ne disposent d’aucun mécanisme pour faire appliquer cet appel. Aucune sanction n’y est attachée, aucun délai n’est fixé, aucune conséquence n’est brandie. La déclaration est ce sur quoi les signataires ont pu s’accorder, et elle s’arrête là où s’arrête leur pouvoir. C’est là la vérité, et c’est une vérité qu’il vaut la peine de dire clairement : 1 639 exécutions, une année, un record depuis 1989, et la réponse de vingt-six gouvernements et de l’Union européenne est une déclaration de mots. La question est de savoir si les mots atteindront les personnes dans les prisons avant que les tribunaux ne les atteignent.

Traduit par Lydie

Sources : Franceinfo (AFP), Reuters, Global Affairs Canada, L’Orient Today

Scroll to Top