
Dans la ville soudanaise assiégée d’el-Obeid, les enfants ont peur de marcher jusqu’à l’école à cause des drones. Le trajet jusqu’à la classe traverse désormais une guerre où les armes les moins chères survolent les rues civiles, et où les personnes qui meurent le plus souvent sont celles qui ne peuvent pas se cacher.
L’ONU a compté le coût. Au moins 330 enfants ont été tués ou blessés au Soudan au cours des six premiers mois de 2026, et les attaques de drones représentent 60 % de ces victimes, selon l’UNICEF. Dans le Kordofan du Nord, dont el-Obeid est la capitale, les frappes de drones et d’autres attaques ont tué au moins 18 enfants et en ont blessé 17 autres depuis mai. Les victimes étaient âgées de deux mois à 17 ans.
Ces frappes ne sont pas des accidents. Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a documenté 15 attaques de drones sur el-Obeid et ses environs en trois semaines au mois de juin, tuant au moins 45 civils. Les armes ont touché des marchés, des écoles, des stations-service, les infrastructures d’eau et des véhicules civils. Volker Turk, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a déclaré devant le Conseil des droits de l’homme à Genève que les attaques étaient incessantes, que les habitants étaient confrontés à des choix impossibles et que certaines personnes vendaient leurs biens pour financer leur fuite de la ville. Pour beaucoup, le coût du transport et les attaques constantes sur les routes rendent le départ impossible.
Les deux camps font voler des drones : les Forces de soutien rapide (FSR), la force paramilitaire qui assiège la ville, et les Forces armées soudanaises, l’armée nationale. La semaine dernière, le commandant des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo, connu sous le nom d’Hemeti, a indiqué à ses commandants qu’ils n’avaient plus besoin d’attendre les ordres du haut commandement et qu’ils pouvaient lancer des contre-offensives à leur propre discrétion. Les organisations humanitaires craignent que cela signifie davantage d’attaques contre les civils, et non moins.
El-Obeid abrite plus d’un demi-million de personnes, dont au moins 100 000 personnes déplacées de villes déjà détruites, comme el-Fasher dans le Darfour du Nord. Les FSR contrôlent désormais toutes les routes qui sortent de la ville, à l’exception de celle qui mène à l’est. L’aide n’a pas atteint la population depuis deux mois. L’UNICEF prévient que 500 000 civils sont en danger dans la ville et ses environs, et que toute nouvelle détérioration exposerait davantage d’enfants à la mort, aux blessures et au déplacement. Sheldon Yett, le représentant de l’agence au Soudan, a déclaré que pour de nombreux enfants, il ne restait aucun lieu sûr.
La guerre dans son ensemble est l’une des pires de ce siècle. Depuis le déclenchement des combats en avril 2023 entre l’armée et les FSR, au moins 59 000 personnes ont été tuées, 13 millions de personnes ont été déplacées et une grande partie du pays a basculé dans la famine. Trente millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire. Les déplacements au Kordofan ont augmenté de près des deux tiers en trois mois, et l’Organisation internationale pour les migrations a recensé plus de 100 incidents de déplacement forcé en moins de neuf mois, soit en moyenne un tous les deux à trois jours. Le Conseil des droits de l’homme a ordonné une enquête sur la catastrophe qui se déroule à el-Obeid.
Ce qui rend el-Obeid différente, c’est ce qui est en train d’être détruit. Une ville assiégée perd son marché, son hôpital, son eau. Mais une école que les enfants ont trop peur de fréquenter est une perte d’un autre genre : c’est l’avenir, abandonné rue après rue. Les drones sont bon marché, pas les enfants. Pourtant, la guerre continue et les salles de classe restent vides.
Traduit par Lydie

