Cinq mois après le début de la guerre, la plupart des Américains ignorent toujours pourquoi les États-Unis combattent l’Iran

Cinq mois après le début de la guerre contre l’Iran, le pays qui la mène n’a toujours pas appris pourquoi. Un nouveau sondage Reuters/Ipsos révèle que 69 % des Américains, dont quatre Républicains sur dix, estiment que le président Trump n’a pas clairement expliqué les objectifs de la campagne militaire américaine. À peine un tiers soutient la guerre, le taux le plus bas depuis le début du conflit, le 28 février.

La guerre n’a jamais été populaire. Le jour où les frappes ont commencé, 27 % des Américains y étaient favorables et 29 % se disaient indécis. À la mi-mars, le soutien était monté à 37 %. Il a depuis diminué, et il se maintient désormais sous la barre des 40 % depuis cinq mois consécutifs. Le contraste avec les guerres américaines précédentes est saisissant : environ 70 % du pays soutenaient la guerre en Irak au cours de ses premiers mois, et environ 90 % approuvaient l’invasion de l’Afghanistan, selon les sondages Gallup. Aucun consensus de ce type ne s’est jamais formé autour de ce conflit.

L’autre enseignement du sondage explique pourquoi. Trump a avancé trois justifications différentes depuis février : aider les Iraniens à renverser leurs dirigeants, détruire la capacité de missiles balistiques de l’Iran et empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire. Chaque version comporte un objectif différent, un point d’aboutissement différent et une définition différente de la victoire. Les Américains le remarquent. Interrogés sur la clarté des objectifs, la plupart ont répondu non.

Les coûts s’accumulent d’une manière que les électeurs peuvent constater. Dix-huit soldats américains ont été tués, et des milliers de personnes sont mortes en Iran et au Liban, où des combattants soutenus par l’Iran ont affronté les forces israéliennes. Aux États-Unis, la guerre a fait passer le prix de l’essence d’environ 79 cents le litre (3 dollars le gallon) avant le conflit à plus de 1,05 dollar le litre (4 dollars le gallon) aujourd’hui. Chaque plein est un rappel d’une guerre que beaucoup d’Américains disent ne pas comprendre.

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La donne politique se retourne contre le président. En novembre, les Républicains défendront de minces majorités au Congrès lors des élections de mi-mandat. Parmi les électeurs indépendants, révèle le sondage, le candidat démocrate au Congrès devance le républicain de 36 points contre 20, et les indépendants préfèrent aussi les démocrates sur l’économie. Des stratèges républicains concèdent en privé le dilemme : une guerre sans objectif clair rend difficile de faire campagne sur le bilan économique, censé être l’argument le plus solide du parti cette année.

La Maison-Blanche, elle, ne concède rien. La porte-parole Olivia Wales a déclaré que Trump ne prendrait pas ses décisions en fonction de sondages d’opinion mouvants, et a répété l’objectif d’empêcher l’Iran d’acquérir un jour une arme nucléaire. Elle a affirmé que ce qui importe le plus aux Américains, c’est d’avoir un commandant en chef qui prend des mesures audacieuses pour assurer leur sécurité. Le sondage, mené en ligne de vendredi à dimanche, a interrogé 1 246 adultes américains, avec une marge d’erreur de trois points de pourcentage.

Trump a fait campagne en 2024 sur la promesse de tenir les États-Unis à l’écart des conflits durables. Il avait d’abord prédit que la guerre contre l’Iran durerait quatre à cinq semaines, et il s’est agacé des comparaisons avec le Vietnam. Cinq mois plus tard, les combats se poursuivent, les objectifs déclarés ne cessent de changer, et les deux tiers du pays affirment ne pas savoir à quoi sert cette guerre. À un moment donné, une guerre sans objectif déclaré cesse d’être une politique pour devenir une habitude. Le sondage suggère que la plupart des Américains préféreraient rompre avec cette habitude.

Traduit par Lydie

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