
L’Iran a exécuté trois hommes cette semaine, et le pouvoir judiciaire en a profité pour mettre le pays en garde contre les « infiltrés ». Le message était clair : la guerre avec les États-Unis et Israël n’est pas le seul combat que mène le régime.
Mehdi Khanaki a été mis à mort mercredi après qu’un tribunal révolutionnaire l’a reconnu coupable d’être un « élément actif d’un groupe terroriste ». La télévision d’État a montré les forces de sécurité perquisitionner un domicile à Karaj, près de Téhéran, où elles auraient trouvé des armes de poing, des munitions et des explosifs. Il avait été arrêté lors des manifestations nationales qui ont éclaté en janvier et inculpé pour « action opérationnelle en faveur du régime sioniste, des États-Unis et de groupes hostiles ».
Deux autres hommes ont été exécutés dimanche dans une affaire distincte impliquant seize prévenus liés aux manifestations meurtrières d’Ispahan le 8 janvier. Les autorités ont affirmé qu’ils avaient participé au meurtre de policiers. Des militants basés à l’étranger ont contesté le récit officiel, dénonçant l’absence de procédure régulière et le recours à la torture.
Le contexte plus large
Ces exécutions ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans un schéma de répression intérieure qui s’est accéléré depuis le début de la guerre américano-israélienne le 28 février. Les manifestations qui ont commencé dans le centre de Téhéran le 28 décembre, motivées par des griefs économiques, se sont transformées en un défi national contre le régime. Des milliers de personnes ont été tuées, principalement les 8 et 9 janvier. Le régime qualifie les troubles de coup d’État orchestré par les États-Unis et Israël. Les preuves de cette affirmation sont minces, mais elle sert un objectif : transformer la dissidence intérieure en un acte d’agression étrangère, ce qui justifie la réponse sécuritaire.
Le chef de la magistrature, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, s’exprimant lors d’une réunion télévisée lundi avec le président Massoud Pezeshkian et de hauts juges cléricaux, a appelé à l’unité et mis en garde contre les « alarmistes, les semeurs de rumeurs, les hypocrites et les infiltrés ». Son langage était prudent. Il a déclaré que ces personnes pouvaient se faire passer pour des initiés et tenter de dresser les gens les uns contre les autres. C’est le vocabulaire d’un régime qui craint davantage l’ennemi intérieur que l’ennemi extérieur.
L’appel de Mojtaba Khamenei
Le fils du guide suprême, Mojtaba Khamenei, a appelé à une « unité sacrée » au sein de la population et des factions politiques. L’expression elle-même est révélatrice. Le fait que la direction doive demander l’unité signifie qu’elle sait que l’unité s’effrite.
La liste noire des médias
Le 13 juillet, le ministère du Renseignement a publié une liste de dizaines de réseaux médiatiques, 61 figures « humano-médiatiques » individuelles et 310 comptes en ligne qu’il considère comme « hostiles ». L’avertissement était explicite : envoyer des photographies, des vidéos ou des informations à toute entité listée peut entraîner la prison et l’exclusion permanente de l’emploi public, à moins qu’une accusation plus grave ne soit invoquée. C’est une loi qui criminalise le journalisme lui-même, et elle a été annoncée en vertu de la loi sur la sécurité adoptée après la guerre de douze jours avec Israël l’année dernière.
Le timing est important. L’Iran mène une guerre sur plusieurs fronts : une guerre militaire avec les États-Unis et Israël, une guerre économique de sanctions et de blocus pétrolier, et une guerre intérieure contre une population qui est descendue dans la rue lors des plus grandes manifestations depuis la révolution de 1979. Le régime exécute des gens, met les journalistes sur liste noire et met en garde contre les infiltrés parce qu’il ne peut pas se permettre de paraître faible. La question est de savoir si cette stratégie tient lorsque la guerre ne se déroule pas bien.
Traduit par Lydie

