
Une loi entrée en vigueur le 1er juillet fait de l’assimilation ethnique le devoir officiel de tous les niveaux de gouvernement et autorise les citoyens à signaler quiconque menace l’« unité ethnique ».
En mars 2026, l’Assemblée populaire nationale de Chine a adopté la « Loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès » par 2 756 voix contre 3. Elle est entrée en vigueur le 1er juillet. Cette loi est le signal le plus fort à ce jour que Xi Jinping entend intensifier un projet déjà agressif d’intégration nationale et mobiliser toute la machinerie de l’État, des médias et de l’éducation au tourisme et à la gestion des migrations.
Xi a décrit les groupes ethniques de Chine comme devant être « serrés comme des grains de grenade », petits, semblables et rouges. La nouvelle loi constitue sa tentative de transformer cette métaphore en politique.
Les dispositions de la loi sont vastes. Elle affirme le mandarin comme langue de l’enseignement de base dans toute la Chine, une mesure qui met effectivement fin à l’éducation bilingue dans les régions où l’on parle ouïghour, tibétain, mongol et coréen. Elle fait de la construction d’une identité ethnonationale chinoise unifiée la responsabilité de tous les niveaux de gouvernement et de toutes les parties de l’appareil du parti-État. Elle ordonne aux gouvernements locaux d’encourager les membres de différents groupes ethniques à vivre et à étudier ensemble, et de renforcer les services dans les villes où les migrants issus des minorités s’installent pour des opportunités économiques.
La disposition la plus frappante autorise tous les citoyens à signaler tout comportement qui nuit à « l’unité ethnique et au progrès ». Le langage est volontairement vague. Dans un système où la catégorie juridique « comportement qui nuit à l’unité ethnique » peut inclure le fait de parler une langue minoritaire en public, de porter des vêtements traditionnels ou de remettre en question les politiques ethniques du parti, la disposition de signalement transforme chaque citoyen en surveillant. C’est un mécanisme de surveillance déguisé en devoir civique.
La loi est la réponse de Xi à un problème qui hante le parti depuis des décennies : les responsables locaux ont soit surclassifié les tensions ethniques, soit sous-signalé la discrimination pour éviter les risques de carrière. La nouvelle loi signifie à tous les niveaux de gouvernement que l’assimilation n’est pas une tâche optionnelle ou une réponse aux crises ; c’est une responsabilité fondamentale et régulière.
Il s’agit d’une rupture nette avec l’approche précédente de la Chine. La loi de 1984 sur l’autonomie ethnique régionale avait prévu des mesures de discrimination positive, un symbolisme multiculturel et des exemptions politiques pour les régions minoritaires. Cette époque est révolue. Depuis 2016, sous Xi, l’accent s’est régulièrement déplacé vers ce que le parti appelle la « sinisation », l’élimination des éléments culturels et religieux étrangers de la vie des minorités. Au Xinjiang, cela a signifié une détention de masse, la séparation des familles et le travail forcé. Au Tibet, cela a signifié le démantèlement quasi total de l’éducation bilingue. Dans tout le pays, les mosquées ont vu leurs dômes et leurs minarets retirés. L’écriture arabe a été effacée des devantures de magasins, des restaurants et des maisons privées.
La loi n’est pas simplement répressive. Elle contient également des dispositions visant à réduire les écarts sociaux, économiques et culturels entre les régions : construction de réseaux interrégionaux pour les transports, l’énergie, l’alimentation et la protection de l’environnement ; création d’un marché national unifié ; expansion des services pour les migrants issus des minorités dans les villes. L’approche duale, à la fois la carotte et le bâton, suggère que Pékin comprend que l’assimilation forcée seule crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Sous la confiance de la loi, cependant, se cache une note d’anxiété. Les problèmes ethniques de la Chine n’ont pas disparu. La violence au Xinjiang, les protestations au Tibet, la résistance silencieuse en Mongolie-Intérieure ; aucun de ces problèmes n’a été résolu par la répression. La loi peut faciliter la punition de la dissidence, mais elle ne répond pas aux griefs sous-jacents qui la produisent. Comme l’a dit un analyste : « La loi vise à discipliner la bureaucratie et à inculquer à chaque cadre un sens de responsabilité personnelle pour la mise en œuvre de la politique ethnique. » Il ne s’agit pas d’écouter ce que veulent réellement les communautés minoritaires.
Le test de la loi n’aura pas lieu à Pékin, où les votes ont été comptés, mais à Kachgar, Lhassa et Hohhot, où les nouvelles règles seront appliquées. Une loi qui exige l’unité par la surveillance et le signalement ne construit pas l’unité. Elle construit le silence.
Traduit par Lydie

