Les femmes en sous-poids dans la vingtaine plus susceptibles de signaler des symptômes d’insomnie, selon une enquête japonaise

Introduction. Une vaste enquête en ligne menée au Japon a révélé que les femmes en sous-poids dans la vingtaine sont plus susceptibles de signaler des symptômes d’insomnie, mais ce lien n’apparaît pas chez les adolescentes ni chez les femmes de plus de 30 ans. Cette découverte constitue l’un des premiers efforts visant à documenter une relation spécifique à l’âge entre l’insuffisance pondérale et les problèmes de sommeil dans une population générale de femmes en âge de procréer. Publiée le 11 juillet dans Sleep Health, l’étude a analysé les réponses à une enquête de plus de 5 600 femmes japonaises âgées de 12 à 49 ans, issues d’un panel national en ligne.

Ce qu’ils ont trouvé. Les chercheurs dirigés par Momoko Kayaba de l’Institut international de médecine intégrative du sommeil (WPI-IIIS) de l’Université de Tsukuba ont mené une enquête transversale en ligne de novembre à décembre 2023. Des réponses valides ont été obtenues auprès de 996 adolescentes âgées de 12 à 18 ans et de 4 689 femmes adultes âgées de 18 à 49 ans.

L’insuffisance pondérale a été définie à l’aide des seuils d’indice de masse corporelle standard au Japon. Parmi les adolescentes, 14,7 % étaient en sous-poids. Chez les femmes adultes, la proportion était nettement plus élevée, à 23,5 %.

L’enquête a évalué deux résultats distincts liés au sommeil. Le premier était un profil de dette de sommeil accompagné de somnolence diurne, capturant un comportement où le sommeil insuffisant s’accumule au fil du temps. Le second était des symptômes d’insomnie auto-déclarés, reflétant des difficultés à s’endormir, à rester endormie ou à se réveiller trop tôt. Les chercheurs ont utilisé des modèles de régression logistique ajustés pour une série de facteurs sociodémographiques et de mode de vie, notamment l’âge, l’éducation, le statut d’emploi, le tabagisme, la consommation d’alcool et l’activité physique.

Parmi les adolescentes, l’insuffisance pondérale n’a montré aucune association statistiquement significative avec l’un ou l’autre des résultats liés au sommeil. Le tableau était différent pour les femmes adultes. L’insuffisance pondérale était significativement associée aux symptômes d’insomnie auto-déclarés, mais cette connexion était limitée aux femmes dans la vingtaine. Aucune association n’a été observée entre l’insuffisance pondérale et le profil de dette de sommeil avec somnolence diurne dans aucun groupe d’âge. Les chercheurs ont également détecté une interaction statistique entre l’âge et l’insuffisance pondérale, ce qui signifie que la relation entre les deux s’affaiblissait progressivement à mesure que les femmes vieillissaient.

L’équipe a également exploré si les résultats pouvaient s’expliquer par des différences de mode de vie ou de comportements de santé. Après ajustement pour ces facteurs de confusion potentiels, l’association dans le groupe des 20 ans est restée statistiquement significative, suggérant que le lien n’est pas simplement un artefact des différences de mode de vie entre les femmes en sous-poids plus jeunes et plus âgées.

Pourquoi c’est important. L’insuffisance pondérale est un problème de santé bien reconnu chez les personnes en âge de procréer, associé à des irrégularités menstruelles, une densité minérale osseuse réduite, des problèmes de fertilité et des complications pendant la grossesse. Alors que des recherches approfondies ont examiné la relation entre l’obésité et les troubles du sommeil, bien moins d’attention a été accordée à l’extrémité opposée du spectre pondéral. Les résultats suggèrent que les jeunes femmes adultes en sous-poids pourraient représenter un groupe justifiant une attention clinique pour les symptômes d’insomnie, même si le même schéma ne s’applique pas aux adolescentes ni aux femmes dans la trentaine et la quarantaine.

La spécificité d’âge de la découverte est notable. Le sommeil et la régulation métabolique partagent des voies neuroendocriniennes qui se chevauchent, notamment l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et la signalisation de l’hormone de croissance. Les auteurs proposent que ces voies puissent fonctionner différemment selon les stades de développement, la vingtaine représentant une fenêtre de vulnérabilité particulière. Les résultats indiquent la possibilité que l’évaluation du sommeil pourrait être intégrée dans des stratégies de santé plus larges visant à soutenir les jeunes femmes en sous-poids, bien que les chercheurs précisent que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour établir ce qui motive cette connexion.

Limites. L’étude présente plusieurs limitations que les auteurs reconnaissent directement. En tant qu’enquête transversale, elle capture un seul point dans le temps et ne peut établir de relation de cause à effet. Les mesures du sommeil ont été auto-déclarées par questionnaires plutôt que par des outils objectifs validés tels que l’actigraphie ou la polysomnographie, ce qui peut introduire un biais de déclaration. L’échantillon a été tiré d’un panel en ligne au Japon, ce qui peut limiter la généralisabilité à d’autres populations ou aux personnes sans accès à Internet. La confusion résiduelle due à des facteurs non mesurés, notamment les conditions de santé mentale, les comportements alimentaires, les habitudes alimentaires et le statut socioéconomique, ne peut être exclue. Les auteurs appellent spécifiquement à d’autres études utilisant des mesures de sommeil validées et des conceptions longitudinales pour confirmer les résultats et clarifier les mécanismes sous-jacents.

En résumé. Selon cette vaste enquête japonaise, l’insuffisance pondérale est associée aux symptômes d’insomnie auto-déclarés chez les femmes adultes dans la vingtaine, mais pas chez les adolescentes ni les femmes plus âgées. Cette découverte identifie une fenêtre d’âge spécifique dans laquelle les problèmes de sommeil peuvent mériter une attention dans le cadre d’approches globales de l’insuffisance pondérale chez les jeunes femmes. Les résultats soulignent également que la relation entre le poids corporel et le sommeil n’est pas uniforme tout au long de la vie.

Source. Kayaba M, Ogata H, Yumen Y, Takayama Y, Kiyono K, Nose-Ogura S, Nagai N. Sleep problems and underweight among adolescent girls and adult women aged 12-49 years: A cross-sectional, web-based survey in Japan. Sleep Health. Publié en ligne le 11 juillet 2026. doi: 10.1016/j.sleh.2026.06.005. PMID: 42431813.

Traduit par Lydie

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