L’Iran affirme qu’aucune négociation n’est en cours. Les États-Unis disent qu’un accord est proche. Les deux déclarations sont vraies.

Pendant trois jours au début du mois d’août, le dossier public sur les négociations avec l’Iran s’est contredit au vu de tous. Téhéran affirmait ne pas négocier avec Washington. Le président Trump disait que les deux parties discutaient, ou s’apprêtaient à discuter, et que le trafic maritime à travers le détroit pouvait reprendre sous un jour. Les responsables américains affirmaient ensuite qu’un accord sur le détroit était proche, le secrétaire au Trésor Scott Bessent évoquant un accord sous un jour ou deux.

Lues dans l’ordre, ces informations ne s’annulent pas. Elles décrivent une seule négociation vue depuis trois pièces différentes. Voici la chronologie, jour par jour.

Lundi 3 août : le démenti et l’échéance

Le ministère iranien des Affaires étrangères a donné le ton. Le porte-parole Esmaeil Baghaei a insisté sur l’absence de négociations avec les États-Unis, seulement des discussions techniques avec Oman sur la réouverture du détroit, cet étroit passage par lequel transitaient environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux avant le début de la guerre en février.

Trump a répondu depuis la Maison-Blanche, au beau milieu de la signature d’un décret présidentiel. Un journaliste a demandé où se tiendraient les négociations ; Trump a répondu que le monde le saurait sous un jour ou deux, que les événements iraient vite, d’une manière ou d’une autre, et que le trafic maritime à travers le détroit pourrait reprendre dès le lendemain. Son plan comportait deux étapes : rouvrir d’abord la voie maritime, puis s’occuper de la dénucléarisation.

Support evidence-based journalism. At 1ban.news, every article is built on careful research, multiple sources, and a commitment to accuracy over sensationalism. If you value independent reporting, please consider supporting our work.

Soutenir 1ban.news

Sur Truth Social, il a accusé les dirigeants iraniens de duplicité, décrivant des dirigeants qui demandent des rencontres, voient les discussions commencer, puis annoncent fièrement que rien ne se passe. Devant les journalistes, il a déclaré que Téhéran avait une dernière chance de signer un texte acceptable avant ce qu’il a appelé une décapitation, répétant son exigence d’un accord ou d’une reddition totale, et a précisé que le blocus naval resterait en place jusque-là. Il a également écarté tout péage iranien sur le détroit.

The Guardian, qui a consigné la journée heure par heure, a repéré le schéma : Trump a dit avoir de nouveau mis de côté des frappes massives planifiées parce que les alliés du Golfe poussaient à la diplomatie, un décompte que le journal chiffre à douze depuis le début de la guerre, reculant à chaque fois devant la force brandie.

Derrière les passes d’armes, la machine avançait lentement. Des sources gouvernementales pakistanaises ont indiqué que les intermédiaires n’avaient fixé ni date ni lieu pour la reprise des négociations au point mort.

Lundi soir 3 août : le Pakistan passe à l’action

Tard lundi, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a téléphoné au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et lui a demandé de venir à Islamabad dès que cela lui conviendrait. Le président de l’Assemblée nationale du Pakistan, Ayaz Sadiq, a séparément invité le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Pakistan a déjà emprunté cette voie. Il a accueilli en avril la première rencontre américano-iranienne depuis des décennies, et en juin le mémorandum d’entente d’Islamabad a été signé par le Premier ministre Shehbaz Sharif, le président Masoud Pezeshkian et Trump. Le bilan depuis lors n’est pas encourageant : un cessez-le-feu conclu en avril s’est effondré en quelques jours, et après que le mémorandum a tenu à peine un mois, le blocus américain des ports du sud de l’Iran a été rétabli. Baghaei a réaffirmé que le Pakistan reste le médiateur, le Qatar étant prêt à aider en cas de besoin. Pezeshkian a qualifié le mémorandum d’ancre de la future politique étrangère de l’Iran.

Mardi 4 août : la prudence des experts

L’analyse d’Al Jazeera, publiée mardi en milieu de journée, constatait des diplomates engagés et des analystes sceptiques. Asif Durrani, ancien ambassadeur du Pakistan en Iran, a qualifié le mémorandum de pierre angulaire plutôt que de lettre morte. Grace Wermenbol, qui a occupé des fonctions de sécurité nationale aux États-Unis, a déclaré que les effondrements répétés avaient épuisé la confiance qu’exige un cessez-le-feu durable. Mehran Kamrava, de l’université de Georgetown au Qatar, a mis en cause Washington plutôt qu’Islamabad : les États-Unis, a-t-il soutenu, n’ont pas de stratégie de sortie et ne cessent de déplacer les poteaux de but, tandis que l’Iran veut garder la main sur le détroit, ce qu’il ne peut faire qu’avec Oman et le consentement discret des autres États du Golfe.

Mardi soir 4 août et mercredi matin : l’accord prend forme, les dernières nouvelles

Les informations les plus récentes datent de mardi soir et de mercredi matin, et elles étaient les plus encourageantes. Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que les négociations irano-omanaises avaient progressé sans être arrivées à leur terme, et que le détroit reste ouvert au trafic. Bessent a dit à CNBC qu’un accord pourrait être conclu sous un jour ou deux et faire évoluer le conflit vers une situation plus proche de la normale. À Téhéran, des sources diplomatiques ont évoqué la possibilité d’un accord d’ici la fin de la journée de mercredi.

Dans ses informations de mercredi matin, l’Associated Press a esquissé les contours de ce qui se dessine : les navires entreraient dans le golfe Persique par un couloir contrôlé par l’Iran et en sortiraient par un couloir géré par Oman, selon deux responsables régionaux. Tout, note l’AP, repose sur le lever par Washington de son blocus naval des ports iraniens, et l’administration a par le passé refusé tout arrangement qui confierait à l’Iran le commandement du détroit.

Baghaei a décrit les discussions avec Oman comme positives et en cours, visant des couloirs sûrs pour le trafic dans les deux sens. Des responsables iraniens ont indiqué que ce qui reste à régler comprend le mécanisme de réouverture de la voie maritime, les redevances et les dispositifs de sécurité.

L’émir du Qatar s’est entretenu avec Trump par téléphone mardi ; son cabinet a indiqué que l’appel avait porté sur les moyens de réduire l’écart entre les deux gouvernements en vue d’un règlement durable, et Doha a exhorté les deux parties à s’en tenir au mémorandum conclu à la mi-juin.

La situation sécuritaire ne s’est pas détendue entre-temps. Un cargo a signalé aux autorités maritimes britanniques avoir été heurté par quelque chose de non identifié dans le détroit, près des eaux omanaises. Un cargo battant pavillon indien a coulé au large du Yémen après avoir été éperonné par une embarcation chargée d’explosifs ; les garde-côtes yéménites ont mis l’équipage en sécurité. Les Houthis ont revendiqué une frappe de drone contre une cible sensible à l’aéroport saoudien de Najran, et l’Arabie saoudite y a suspendu ses opérations.

Ce qu’il faut surveiller

Mercredi matin, aucun accord n’avait été annoncé. La contradiction apparente est structurelle : l’Iran négocie avec Oman et affirme ne pas négocier avec les États-Unis ; Washington affirme être dans la pièce. Les deux déclarations peuvent être vraies, car l’objet actuel est limité, un mécanisme de circulation des navires, et non un règlement de la guerre.

Le bilan des cinq derniers mois plaide pour la prudence. Des cessez-le-feu et des mémorandums se sont effondrés en quelques semaines, et la confiance nécessaire à un accord durable s’est érodée. Un accord peut survenir sous quelques jours. Ou le schéma peut se répéter : des paroles de progrès, puis une nouvelle salve de frappes.

Traduit par Lydie

Sources

Scroll to Top