
Le président Donald Trump a gracié vendredi 11 personnes, dont neuf reconnues coupables d’avoir violé le Clean Air Act et un ancien associé en affaires du lobbyiste déchu Jack Abramoff. Ces grâces mettent en lumière un schéma dans lequel le système judiciaire traite les riches et les bien connectés très différemment des autres.
Trump a annoncé ces grâces sur sa plateforme Truth Social avant que la Maison-Blanche ne publie la liste officielle. « C’est un grand honneur pour moi de venir de signer des grâces pour six personnes qui ont été persécutées par l’administration Biden, et qui étaient en prison, ou sur le point d’y être envoyées, pour ‘avoir réparé leur voiture’ », a-t-il écrit. « JE LES LIBÈRE TOUS, MAINTENANT ! »
En réalité, les neuf personnes condamnées en vertu du Clean Air Act avaient participé à la désactivation des systèmes de surveillance des émissions sur des véhicules ou à la vente de dispositifs contournant les contrôles antipollution. Ils ne faisaient pas simplement « réparer leur voiture ». Ils dirigeaient des entreprises qui tiraient profit du fait d’aider d’autres à polluer, et les tribunaux les ont reconnus coupables.
Trump prépare le terrain pour ces grâces depuis des mois. Lundi, il a signé un mémorandum informant l’Agence de protection de l’environnement que les Américains peuvent réparer leurs propres véhicules comme bon leur semble, une déclaration radicale qui encourage effectivement le contournement des contrôles d’émissions. Le mémorandum cible également la capacité du California Air Resources Board à évaluer les pièces automobiles du marché secondaire.
La Maison-Blanche a décrit ces grâces comme ayant « soulagé les consommateurs de ces fardeaux réglementaires ». Une autre description possible : le président a utilisé son pouvoir constitutionnel pour annuler des décisions de justice qui tenaient des personnes responsables d’actes ayant nui à la santé publique.
Au-delà des affaires d’émissions, Trump a également gracié Adam Kidan, un ancien associé de Jack Abramoff, le lobbyiste dont le scandale de corruption des années 2000 est devenu un symbole de la culture du « payer pour jouer » à Washington. Kidan a plaidé coupable en 2005 pour fraude et conspiration liées à l’achat d’une flotte de bateaux de jeu et a passé près de six ans en prison. Après sa libération, il a fondé une entreprise de recrutement et, selon des rapports de presse, figurait parmi les hôtes d’une collecte de fonds au domaine Mar-a-Lago de Trump pour un candidat républicain au Congrès de Long Island. Le lien entre le financement de campagne et les grâces présidentielles n’est pas un nouveau schéma dans cette administration.
Trump a également gracié Jack Harvard, un propriétaire de ranch dont la condamnation n’a pas été détaillée par la Maison-Blanche, qui a cité son « dossier irréprochable » après sa condamnation et a noté qu’il avait autorisé les troupes américaines et de l’OTAN à s’entraîner gratuitement sur ses terres.
Le moment choisi pour ces grâces importe. Elles sont intervenues à la veille du week-end du 4 Juillet, lorsque l’attention du public est ailleurs. Elles suivent également un schéma établi lors du premier mandat de Trump, lorsqu’il utilisait les grâces pour récompenser des alliés politiques, des personnalités publiques alignées sur son mouvement, et des individus dont les cas servaient un récit politique sur les excès du gouvernement.
Les contrevenants au Clean Air Act correspondent à cette dernière catégorie. Ils font partie de la guerre plus large de Trump contre la réglementation environnementale, qu’il présente comme une oppression bureaucratique des Américains honnêtes. La réalité est plus prosaïque : ils ont enfreint la loi, ont été condamnés par des jurys, et ont été graciés par un président qui a clairement indiqué que les lois environnementales ne sont pas une priorité.
L’associé d’Abramoff correspond à une catégorie différente : la connexion personnelle. Kidan a aidé à collecter des fonds pour Trump. Il a obtenu une grâce. Le lien de cause à effet n’est pas prouvable dans un seul cas, mais le schéma à travers des dizaines de grâces de Trump est indubitable.
Pour la plupart des Américains, une condamnation pour fraude ou crime environnemental signifie une peine de prison et un casier judiciaire permanent. Pour ceux qui ont les bonnes relations, cela signifie un coup de téléphone de la Maison-Blanche.
Traduit par Lydie

