
Le syndrome des jambes sans repos fait partie de ces affections qui semblent presque anodines jusqu’à ce qu’on les vive. L’envie irrésistible de bouger les jambes, généralement plus forte en soirée et la nuit, peut retarder l’endormissement d’une heure ou plus et fragmenter le peu de sommeil qui survient. Pour les millions de personnes qui vivent avec le SJSR, le paysage thérapeutique a considérablement changé ces dernières années. Les agonistes dopaminergiques, autrefois traitement de référence, sont désormais utilisés avec prudence en raison du risque d’augmentation, une aggravation paradoxale des symptômes. Les options de première intention actuelles, les ligands alpha-2-delta comme la gabapentine et la prégabaline, fonctionnent bien pour beaucoup, mais pas pour tous. Cela pousse cliniciens et chercheurs à explorer de nouvelles voies pharmacologiques, et un essai exploratoire récent mené en Espagne suggère qu’une combinaison à doses fixes de THC et de CBD mérite un examen plus approfondi.
Ce qu’ils ont découvert
L’étude, dirigée par Laura Lillo Triguero et ses collègues à l’Hospital Universitario de Getafe et à l’Hospital Ruber Internacional de Madrid, a inclus 18 adultes atteints de SJSR modéré à sévère. Seize des participants souffraient de sclérose en plaques avec SJSR secondaire, tandis que deux présentaient un SJSR idiopathique. Au départ, le groupe obtenait un score moyen de 22,44 sur l’échelle internationale des jambes sans repos (IRLS), ce qui les place fermement dans la fourchette sévère. Leur sommeil, mesuré par actigraphie, était également compromis : l’efficacité moyenne du sommeil était de 83,64 %, la latence d’endormissement de 26,71 minutes et l’éveil après endormissement (WASO) d’un peu plus de 40 minutes par nuit.
Tous les participants ont reçu une combinaison à doses fixes de 2,7 mg de delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de 2,5 mg de cannabidiol (CBD), avec possibilité d’ajustement à la quatrième semaine. Après un mois, les scores IRLS avaient considérablement diminué, et l’amélioration s’est maintenue à trois mois (p < 0,001 pour les deux points temporels). Après un an, 12 des 18 participants d'origine (66,66 %) poursuivaient le traitement, et leurs scores IRLS montraient une amélioration soutenue (p = 0,000). Parmi les indicateurs du sommeil, le WASO a montré une réduction statistiquement significative (p = 0,015), tandis que la latence d'endormissement et l'efficacité globale du sommeil n'ont pas changé de manière significative. La somnolence diurne, mesurée par l'échelle de somnolence d'Epworth, et la qualité de vie, mesurée par l'EQ-5D, n'ont pas non plus montré de changements significatifs dans ce petit échantillon.
Pourquoi c’est important
La logique qui sous-tend l’essai des cannabinoïdes dans le SJSR repose sur la neurobiologie. La dérégulation du glutamate dans le striatum jouerait un rôle dans cette affection, et les cannabinoïdes sont connus pour inhiber la libération de glutamate dans cette région. Ce mécanisme offre une voie d’action différente de celle des agonistes dopaminergiques ou des ligands alpha-2-delta, ce qui est important car les patients atteints de SJSR alternent souvent entre plusieurs traitements au cours de leur vie. Disposer d’une autre classe de médicaments avec un mécanisme distinct pourrait offrir des options à ceux qui ne répondent pas aux thérapies existantes ou qui développent une tolérance.
Le taux d’observance durable est également notable. Un taux de poursuite des deux tiers à un an dans un cadre ouvert (où les patients savent exactement ce qu’ils prennent) suggère que la combinaison a été suffisamment bien tolérée pour que la plupart des participants continuent. C’est un signal significatif, même s’il ne s’agit pas d’une lecture définitive de l’efficacité.
Limites
Il s’agit d’un essai exploratoire, ouvert, sans contrôle placebo, ce qui signifie que les effets placebo ne peuvent être exclus. L’échantillon est limité à 18 participants, et la majorité présentait un SJSR secondaire à la sclérose en plaques plutôt qu’un SJSR idiopathique primaire, de sorte que les résultats pourraient ne pas être généralisables à toutes les populations SJSR. Les auteurs déclarent des relations avec plusieurs sociétés pharmaceutiques, ce qui est courant pour les travaux initiés par des chercheurs dans ce domaine, mais mérite d’être noté. Sans phase randomisée contrôlée par placebo, le signal d’efficacité reste suggestif plutôt que concluant. Des essais contrôlés plus vastes chez des patients atteints de SJSR idiopathique seraient nécessaires avant de pouvoir formuler des recommandations cliniques.
Conclusion
Le THC/CBD (2,7 mg / 2,5 mg) a produit des améliorations significatives et durables de la sévérité du SJSR sur 12 semaines et un an dans une petite étude ouverte, avec les deux tiers des patients toujours sous traitement au suivi d’un an. L’éveil après endormissement s’est également amélioré. Ces résultats sont suffisamment encourageants pour justifier un essai contrôlé par placebo correctement dimensionné, mais ils ne soutiennent pas encore une utilisation clinique de routine. Pour les patients atteints de SJSR et leurs cliniciens, cette étude ajoute les cannabinoïdes à la liste des mécanismes à surveiller. Pas encore une option thérapeutique, mais un signal authentique dans un domaine qui en a besoin.
Traduit par Lydie
Source
Lillo Triguero L, Pilo de la Fuente B, Diaz Diaz J, Lopez Riolobos C, Aladro Benito Y. Tetrahydrocannabinol/cannabidiol in the treatment of restless legs syndrome. J Neurol. 2026;273(7):440. DOI: 10.1007/s00415-026-13975-y. PMID: 42387200.

