Rubio et Lavrov se rencontrent à Manille alors que les États-Unis tentent de relancer les pourparlers de paix en Ukraine

La guerre en Ukraine connaît un bref tournant diplomatique jeudi à Manille, où le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’entretient avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la première réunion bilatérale de haut niveau depuis que la guerre en Iran a relégué l’Ukraine au second plan des priorités de Washington.

La rencontre dure environ trente minutes, en marge du rassemblement des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN. Le département d’État américain la décrit en une seule phrase : « Ils ont discuté des relations américano-russes et de la nécessité de mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine. »

Mais les deux camps arrivent avec des ordres du jour radicalement différents.

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Le ministère des Affaires étrangères de Moscou affirme que Lavrov « a réaffirmé la volonté de la Russie de parvenir à un règlement politique et diplomatique du conflit », un langage qui semble conciliant jusqu’à ce qu’on lise la condition qui l’accompagne. Lavrov souligne à Rubio « l’inacceptabilité d’un armement supplémentaire » de l’Ukraine et condamne « les politiques déstabilisatrices des pays européens, qui continuent de chercher une ‘défaite stratégique’ de la Russie ».

Autrement dit : la Russie est prête à négocier, à condition que l’Occident cesse de fournir les armes qui permettent à l’Ukraine de survivre.

Lavrov confirme également l’engagement de la Russie envers les propositions convenues lors du sommet Poutine-Trump en Alaska en août 2025, une rencontre qui suscite beaucoup de battage médiatique mais peu de progrès visibles sur le terrain.

L’attention diminuée de l’Amérique

Rubio se montre franc quant à l’état de l’engagement diplomatique américain. Il reconnaît que les efforts pour négocier la fin de la guerre ont « un peu diminué ces derniers mois », une manière diplomatique de dire que la guerre en Iran a accaparé l’attention et les ressources de Washington.

Les États-Unis restent ouverts à jouer un rôle, dit Rubio, « si cette opportunité se présente ». Mais la formulation conditionnelle parle d’elle-même. Les États-Unis ne mènent pas activement un processus de paix. Ils se présentent aux réunions et voient si quelque chose se produit.

« Nous devons avoir une relation avec le gouvernement russe, même si nous avons des domaines de désaccord », déclare Rubio, notant que les deux pays sont les plus grandes puissances nucléaires du monde.

Le contexte plus large de Manille

La rencontre Rubio-Lavrov est une pièce d’un puzzle diplomatique plus vaste à Manille. Les ministres de l’ASEAN passent trois jours à discuter de la guerre renaissante en Iran, du conflit ukrainien et d’un nouvel affrontement en mer de Chine méridionale entre des navires chinois et philippins au banc de Second Thomas, qui éclate le même jour.

Rubio rencontre également le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, qualifiant le nouvel incident en mer de Chine méridionale d’« escalade » et avertissant qu’« un conflit, qu’il soit économique ou autre, entre les États-Unis et la Chine aurait un impact mondial dramatique ».

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong utilise le forum pour condamner le récent essai de missile lancé depuis un sous-marin par la Chine, qu’elle qualifie de « provocateur et déstabilisateur », notant que le missile survole les Philippines avec un préavis minimal.

Ce qui n’était pas sur la table

Il n’est pas question d’un cadre de cessez-le-feu, ni de concessions territoriales, ni d’un calendrier public. La rencontre est, au mieux, une relance du contact diplomatique après des mois de silence. Au pire, une conversation procédurale de trente minutes qui ne change rien.

L’Ukraine n’est pas dans la salle. Le président Zelensky déclare s’être entretenu avec des émissaires américains pour tenter de relancer les pourparlers bloqués, mais rien n’indique que les intérêts de Kiev soient directement représentés à Manille.

Le sommet de l’Alaska entre Trump et Poutine suscite de l’optimisme. Les mois qui suivent montrent à quel point cet optimisme est éloigné d’un véritable règlement. La rencontre de jeudi à Manille marque peut-être le début d’un engagement américain renouvelé, ou elle restera dans les mémoires comme une brève conversation entre deux hommes qui n’ont rien de nouveau à s’offrir.

Traduit par Lydie

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