La procrastination liée aux troubles du sommeil via le chronotype vespéral dans une grande étude japonaise

La procrastination est indépendamment liée aux troubles du sommeil, et cette association est en partie expliquée par une tendance au chronotype vespéral, être un couche-tard, selon une étude transversale portant sur près de 3 000 adultes japonais publiée dans Sleep Medicine.

Le lien entre la tendance à remettre les choses à plus tard et un mauvais sommeil avait déjà été noté auparavant, mais on ignorait si cette connexion tenait après avoir pris en compte les traits de TDAH, les habitudes d’hygiène du sommeil et les facteurs liés au mode de vie. La nouvelle étude menée par Masumi Osao et ses collègues de l’Université médicale de Tokyo, de l’Institut de recherche neuropsychiatrique et de l’Institut des sciences de Tokyo est parmi les premières à tester si le chronotype, la préférence naturelle d’un individu pour l’activité matinale ou vespérale, agit comme un pont entre la procrastination et un mauvais sommeil.

Ce qu’ils ont découvert

Les chercheurs ont analysé les données de 2 971 adultes âgés de 18 à 59 ans ayant répondu à une enquête en ligne. Les participants ont rempli des questionnaires validés couvrant le comportement de procrastination, la qualité du sommeil (Indice de qualité du sommeil de Pittsburgh, ou PSQI), le chronotype (Questionnaire réduit de matinalité-vespéralité) et les traits de TDAH (Échelle d’auto-évaluation du TDAH chez l’adulte).

Même après ajustement pour l’âge, le sexe, les facteurs liés au mode de vie, les pratiques d’hygiène du sommeil et les symptômes de TDAH, les résultats ont montré :

  • Une association directe significative entre la procrastination et les troubles du sommeil : taille d’effet 0,43 (IC à 95 % [0,30, 0,55], p < 0,001). Cela signifie que les procrastinateurs obtenaient de moins bons scores de qualité du sommeil indépendamment de leur chronotype ou d’autres facteurs.
  • Un effet indirect plus faible mais significatif via le chronotype vespéral : 0,07 (IC à 95 % [0,05, 0,10]). Cela suggère qu’une partie de la raison pour laquelle les procrastinateurs dorment moins bien est qu’ils ont tendance à être des types vespéraux, qui sont à leur tour plus sujets aux problèmes de sommeil.
  • Le modèle de médiation global, la procrastination menant à un chronotype plus vespéral, qui à son tour contribue aux troubles du sommeil, a été confirmé par bootstrap avec 5 000 rééchantillonnages.

Un résultat particulièrement révélateur est apparu lorsque les chercheurs ont divisé l’échantillon selon les traits de TDAH. La voie de médiation (procrastination vers chronotype vespéral vers troubles du sommeil) était présente chez les participants sans traits de TDAH élevés mais était absente chez ceux présentant des traits de TDAH. Cela suggère que le mécanisme liant la procrastination au mauvais sommeil diffère selon le profil de TDAH d’une personne.

Pourquoi c’est important

La procrastination est un comportement quasi universel, mais pour certaines personnes, elle devient un schéma chronique qui interfère avec le fonctionnement quotidien et la santé. Les troubles du sommeil, à leur tour, sont liés à un large éventail de résultats physiques et mentaux, notamment les maladies cardiovasculaires, l’altération de la fonction immunitaire, la dépression et le déclin cognitif.

La découverte que le chronotype vespéral partiellement médie le lien procrastination-sommeil pointe vers une cible d’intervention potentielle. Les stratégies comportementales visant à décaler le chronotype, telles que l’exposition à la lumière matinale, des heures de réveil constantes et la limitation de l’utilisation des écrans en soirée, pourraient être particulièrement utiles pour les procrastinateurs qui se retrouvent pris dans un cycle d’activité tardive et de mauvais sommeil.

L’étude souligne également l’importance de prendre en compte les traits de TDAH lors du traitement des problèmes de sommeil chez les personnes qui procrastinent. Chez les personnes atteintes de TDAH, le chronotype vespéral n’expliquait pas le lien entre la procrastination et les troubles du sommeil, ce qui peut refléter des mécanismes sous-jacents différents tels que l’impulsivité ou une dérégulation circadienne intrinsèque. Les cliniciens peuvent avoir besoin de stratégies différentes pour les patients avec et sans TDAH lorsqu’ils s’attaquent aux problèmes de sommeil liés à la procrastination.

Limites

Cette étude présente plusieurs limitations importantes. Premièrement, le design transversal capture les associations à un moment donné, ce qui signifie que la causalité ne peut pas être inférée. Il reste possible que les troubles du sommeil mènent à davantage de procrastination, ou qu’un troisième facteur explique les deux. Deuxièmement, toutes les données ont été collectées via des questionnaires d’auto-évaluation, qui sont sujets à un biais de rappel et peuvent ne pas refléter parfaitement le sommeil ou le comportement objectifs. Troisièmement, l’échantillon était entièrement composé d’adultes japonais recrutés par le biais d’une enquête en ligne, ce qui peut limiter la généralisabilité à d’autres cultures, groupes d’âge ou populations cliniques.

L’essentiel

La procrastination est indépendamment associée aux troubles du sommeil, et une tendance au chronotype vespéral explique en partie cette relation, bien que la voie de médiation n’était évidente que chez les personnes sans traits de TDAH. Les résultats suggèrent que les interventions axées sur le chronotype pourraient aider certains procrastinateurs à améliorer leur sommeil, tandis que ceux présentant des traits de TDAH pourraient avoir besoin d’une approche différente. D’autres études longitudinales et d’intervention sont nécessaires pour confirmer ces schémas et tester les voies causales.

Source

“Association of procrastination on eveningness and sleep problems.” Masumi Osao, Yuta Takano, Yoko Komada, Shunsuke Takagi, Yuichi Inoue. Sleep Medicine, Vol. 147, 109149 (2026). DOI: 10.1016/j.sleep.2026.109149. PMID: 42470901.

Divulgations : Certains auteurs ont déclaré des conflits d’intérêts incluant des honoraires de conseil ou de conférence d’Eisai, Takeda, Astellas, Shionogi, Philips Japan et d’autres sociétés pharmaceutiques et de dispositifs médicaux. Les détails complets sont disponibles dans la publication originale.

Traduit par Lydie

Scroll to Top