
Une analyse rétrospective de 12 036 patients atteints d’apnée obstructive du sommeil dans un seul centre du sommeil révèle que les deux tiers, soit 66,3 %, présentent une OSA positionnelle (POSA), définie par un index d’apnée-hypopnée en position dorsale au moins double de l’IAH en position non dorsale. Publiée le 4 juillet dans Sleep & Breathing, l’étude fournit l’une des plus vastes caractérisations du profil clinique et polysomnographique de la POSA à ce jour.
Cette découverte est importante car la POSA répond différemment au traitement par rapport à l’OSA non positionnelle. Les patients dont les événements respiratoires se concentrent en position dorsale bénéficient souvent d’une thérapie positionnelle, des dispositifs ou des stratégies qui les maintiennent sur le côté, ce qui peut réduire ou éliminer le besoin de CPAP.
Ce qu’ils ont trouvé
Les chercheurs ont analysé les dossiers de tous les patients ayant subi une polysomnographie dans un seul centre entre septembre 2017 et août 2023. Parmi les 12 036 patients diagnostiqués avec une OSA, ils ont classé chaque cas comme POSA (IAH dorsal au moins deux fois l’IAH non dorsal) ou non-POSA, et ont subdivisé la POSA en prédominance dorsale (p-POSA) et exclusive dorsale (e-POSA).
Résultats clés :
- 66,3 % des patients OSA répondaient aux critères de POSA.
- 27,8 % présentaient une OSA exclusive dorsale (e-POSA).
- Les patients POSA avaient un IAH global considérablement plus bas (24,1 contre 44,4 événements/heure, p < 0,001), un IMC plus bas (29,2 contre 31,4 kg/m², p < 0,001), et étaient légèrement plus jeunes que les patients non-POSA.
- Aucune différence globale selon le sexe pour la POSA, mais l’e-POSA était plus fréquente chez les femmes (p < 0,001).
- Après ajustement pour la sévérité de l’IAH, la POSA restait indépendamment associée à une latence de sommeil et REM plus courte, un temps de sommeil total plus long, une meilleure efficacité du sommeil, plus de N3 (sommeil profond), une meilleure oxygénation (SpO2 moyenne plus élevée, T90 plus basse) et un indice d’éveil plus faible (tous p < 0,01).
- Ces différences étaient plus prononcées à des niveaux d’IAH plus bas et s’atténuaient avec l’augmentation de la sévérité de la maladie (interactions groupe x IAH significatives, p < 0,05).
Un chevauchement notable est apparu avec l’OSA liée au REM : parmi les patients POSA, 32,0 % présentaient également une OSA REM (IAH-REM au moins deux fois l’IAH-NREM), et près de 70 % des patients atteints d’OSA REM montraient une dépendance positionnelle. Cette asymétrie, la dépendance positionnelle était plus fréquente dans l’OSA REM que l’inverse, suggère des mécanismes qui se chevauchent mais distincts.
Pourquoi c’est important
La thérapie positionnelle est souvent sous-utilisée. Ces données clarifient que la POSA est la forme dominante d’OSA, et non un sous-type de niche, et qu’elle présente un profil cohérent : sévérité plus faible, IMC plus bas et meilleure architecture du sommeil indépendamment de l’IAH. La constatation que les caractéristiques de la POSA sont les plus distinctes dans les cas légers soutient une intervention précoce, la thérapie positionnelle pourrait être plus efficace lorsqu’elle est initiée avant que la condition ne progresse.
La découverte du chevauchement avec l’OSA REM est cliniquement pertinente. Les patients atteints d’OSA à prédominance REM qui présentent également une dépendance positionnelle pourraient répondre à une approche combinée position-stade de sommeil, plutôt que de recourir par défaut à la CPAP.
Limites
Les données proviennent d’un seul centre du sommeil (conception rétrospective). La population du centre, les schémas de référence et les seuils diagnostiques peuvent ne pas être généralisables à d’autres contextes. Les seuils de sévérité de l’IAH pour définir la POSA varient selon les études, et la classification binaire de l’étude peut simplifier à l’excès un spectre continu de dépendance positionnelle.
En résumé
Deux patients sur trois atteints d’OSA présentent une forte composante positionnelle. La condition est plus légère, associée à un IMC plus bas et moins perturbatrice pour l’architecture du sommeil que l’OSA non positionnelle. Ces résultats soutiennent une utilisation plus large de la thérapie positionnelle comme traitement de première intention ou adjuvant, en particulier chez les patients atteints d’une maladie moins sévère.
Source : Rosa CFA, Chillcce KAS, Cahali MB, Boldt MS, Soares VHD. Analysis of positional obstructive sleep apnea features in 12,000 patients at a sleep center. Sleep & Breathing. 2026 Jul 4;30(4):207. DOI: 10.1007/s11325-026-03755-3. PMID: 42400703.
Traduit par Lydie

