
L’étude de Tamara Dubowitz sur le vieillissement cognitif des résidents noirs des quartiers à faible revenu de Pittsburgh était presque achevée. La subvention de cinq ans, d’un montant de 9,6 millions de dollars, octroyée par le National Institute on Aging (NIA), avait déjà absorbé environ 7 millions de dollars, suivait une cohorte d’environ 600 résidents majoritairement afro-américains au moyen d’entretiens et de mesures de santé, et sa date d’achèvement était en vue. Le 4 août 2026, le directeur du NIH, Jay Bhattacharya, a envoyé une lettre à l’Université de Pittsburgh indiquant que la subvention serait intégralement résiliée.
Cette décision s’inscrit dans une nouvelle vague de résiliations ciblant la recherche sur les disparités de santé au sein des National Institutes of Health. La lettre de Bhattacharya invoquait ses priorités déclarées, à savoir des résultats de santé mesurables et des approches axées sur les solutions, en faisant valoir que l’étude reposait sur des données subjectives issues de sondages et d’entretiens et que les facteurs de stress liés au quartier (chômage, accès à l’éducation, sécurité) échappent tous à la sphère d’influence de la recherche biomédicale. Le NIH a conclu que la subvention ne déboucherait pas sur des interventions de santé exploitables et ne pouvait pas être modifiée sans transformer complètement les travaux.
Une deuxième chercheuse à Pittsburgh, un précédent à Emory
Une deuxième chercheuse de l’Université de Pittsburgh, Ann Cohen, risque le même sort. Sa subvention, également octroyée par le National Institute on Aging, examine les facteurs de santé et socioéconomiques du déclin cognitif à l’aide d’analyses sanguines et d’imagerie cérébrale, avec 5,2 millions de dollars dépensés sur les 9,6 millions attendus. Elle n’avait pas encore reçu de lettre de résiliation, mais le HHS a informé la commission des crédits du Sénat que sa subvention était annulée, conformément à une disposition prévoyant un préavis de trois jours ouvrables dans le projet de loi de financement du NIH pour l’exercice 2026.
La vague a commencé avec la subvention de Negar Fani à l’Université Emory, une étude du National Institute of Mental Health sur les modifications cérébrales causées par la discrimination raciale chez 220 volontaires noirs d’Atlanta, attribuée en décembre 2024. Le NIH a envoyé un deuxième avis d’attribution la résiliant à la mi-juillet 2026, des sources de l’agence la présentant comme la première d’une série de résiliations prévues. Le système NIH RePORTER répertorie désormais la subvention comme résiliée sous l’autorité du département.
Le fondement juridique et statutaire
L’argument juridique du NIH repose sur de nouvelles clauses figurant dans les subventions attribuées après le 1er octobre 2025, qui permettent l’annulation lorsqu’une subvention ne correspond plus aux priorités de l’agence. L’agence expose désormais son raisonnement dans des lettres, un changement par rapport aux vagues précédentes qui avaient suscité des remontrances judiciaires.
La campagne précédente fournit le contexte. Au début de 2025, le NIH a annulé plus de 1 700 subventions touchant à l’hésitation vaccinale, à la DEI, à la santé des personnes transgenres et à d’autres sujets politiquement sensibles ; environ la moitié ont ensuite été rétablies après qu’un juge fédéral a jugé les résiliations arbitraires et capricieuses. Une lettre de recherche publiée dans JAMA a dénombré 694 subventions totalisant 1,81 milliard de dollars, résiliées entre fin février et début avril 2025 dans 24 des 26 instituts du NIH, le NIMH et le NIMHD étant les plus touchés. Les sénatrices Patty Murray et Tammy Baldwin et la représentante Rosa DeLauro ont ensuite fait état d’au moins 2 370 subventions actives résiliées, privant plus de 210 institutions de 4,9 milliards de dollars ; le décompte de STAT portait le total 2025 à plus de 2 600 subventions et 8,9 milliards de dollars.
En août 2025, la Cour suprême, dans une décision rendue à 5 contre 4, a suspendu l’ordonnance de rétablissement d’un tribunal inférieur, estimant que les contestations des résiliations de subventions relèvent probablement de la Court of Federal Claims. Une décision de juillet 2026 dans l’affaire New Jersey c. OMB a jugé que les agences ne peuvent pas résilier des subventions sur la base de priorités adoptées après l’attribution de la subvention, une décision qui ne couvre techniquement pas le NIH mais indique la direction que prend le droit.
Le coût humain
Pour les chercheurs, le calendrier est le détail le plus cruel. Les deux chercheuses de Pittsburgh ont reçu le 20 juin 2026 des versements annuels longtemps retardés, et on leur a désormais indiqué qu’elles ne pourront dépenser les fonds que pour clôturer leurs projets. Les résiliations, font-elles valoir, gaspillent des millions déjà investis, entraîneront des suppressions d’emplois et vont à l’encontre de la loi fédérale qui exige que la recherche du NIH sur la maladie d’Alzheimer prenne en compte les disparités de santé. L’Université de Pittsburgh estime que les subventions du NIH résiliées lui ont coûté 40 millions de dollars à ce jour. Les chercheuses ont fait appel au Congrès et explorent des recours juridiques, mais, les projets étant si proches de leur terme, la question la plus immédiate est de savoir ce qu’il adviendra des données déjà collectées et des résidents qui les ont fournies.
Traduit par Lydie
Sources
- Science (ScienceInsider), “NIH Director Bhattacharya kills more health disparities grants,” August 5, 2026. DOI: 10.1126/science.zvq4uwd
- Science (ScienceInsider), “NIH is again terminating grants that the Trump administration dislikes,” July 24, 2026
- Pittsburgh Post-Gazette, August 6, 2026
- NIH RePORTER records: 5R01AG072652 (Dubowitz), 5R01AG072641 (Cohen), 5R01MH138893 (Fani)
- JAMA research letter (Liu et al.), May 2025
- U.S. Senate Committee on Appropriations (minority), June 9, 2025
- Inside Higher Ed, July 21, 2026; Dorsey & Whitney client alert, July 27, 2026

