Les succès antiterroristes du Nigeria comportent un avertissement sur le coût de la clémence

Les redditions massives des combattants de Boko Haram et de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique ont offert au Nigeria ses gains antiterroristes les plus significatifs depuis des années. Des milliers de militants ont déposé les armes. L’armée affirme que l’insurrection qui terrorise le nord-est du Nigeria depuis plus d’une décennie est sur ses derniers souffles.

Mais la victoire s’accompagne d’un avertissement que le gouvernement nigérian ferait bien de ne pas ignorer.

“Les redditions massives peuvent affaiblir les groupes armés, mais une réintégration sans justice risque d’alimenter le ressentiment”, écrit Hakeem Najimdeen d’Alafarika for Studies and Consultancy dans une tribune publiée mercredi par Al Jazeera.

L’ampleur du changement

La vague de défections, concentrée dans la région de la forêt de Sambisa dans l’État de Borno, s’est accélérée après la mort du chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, en 2021. Les combattants qui avaient été forcés de rejoindre le groupe ou qui l’avaient rejoint volontairement en sortent en masse, souvent avec leurs familles.

Le Nigeria a développé deux mécanismes principaux pour les gérer : le programme fédéral Operation Safe Corridor et le modèle local Borno de l’État de Borno. Tous deux sont conçus pour démobiliser, réhabiliter et réintégrer les anciens combattants dans la société.

Les anciens combattants rendent leurs armes, suivent un programme de déradicalisation et sont finalement renvoyés dans leurs communautés. Le programme a été salué par les partenaires internationaux comme un modèle pour les transitions post-conflit.

Le problème du pardon

La difficulté réside dans ce qui se produit lorsque les combattants retournent dans des communautés qui se souviennent de ce qu’ils ont fait.

“Une réintégration sans justice risque d’alimenter le ressentiment”, écrit Najimdeen. Les victimes de la violence de Boko Haram — celles qui ont perdu des membres de leur famille, leur foyer ou leurs moyens de subsistance à cause de l’insurrection — sont censées vivre aux côtés d’hommes qui avouent des actes de torture et de meurtre, parce qu’ils suivaient des ordres ou se battaient pour une cause qu’ils croyaient juste.

Un ancien combattant, un homme nommé Kachalla qui a quitté Boko Haram en 2020, a déclaré à RFI qu’il avait commis des actes de torture et des crimes sanglants sur ordre de Shekau. “Je l’ai aussi fait de mon plein gré”, a-t-il admis, “parce qu’on nous enseignait que c’était la bonne chose à faire.”

Ces combattants n’expriment des regrets qu’en privé. En public, ils font face à des “insultes murmurées” de la part de membres de la communauté qui n’ont pas oublié.

Le risque de récidive

Le problème plus profond est qu’une réintégration sans véritable responsabilisation peut créer les conditions de la prochaine insurrection. Les combattants qui passent par des programmes de réhabilitation sans confronter ce qu’ils ont fait — et sans que les communautés aient le sentiment que la justice a été rendue — peuvent récidiver ou transmettre leurs griefs à une nouvelle génération.

Le gouvernement nigérian a souligné que les programmes incluent un suivi et un contrôle. Mais avec des dizaines de milliers d’anciens combattants à traiter, la capacité de supervision significative est limitée.

Une leçon plus large

L’expérience du Nigeria n’est pas unique. Chaque pays qui a fait face à une insurrection de grande ampleur a dû choisir entre punition et réintégration. Les précédents suggèrent que le choix n’est jamais net : l’amnistie risque l’impunité, mais la prison risque la radicalisation.

L’avertissement de Najimdeen est que l’approche actuelle du Nigeria, tout en produisant des gains de sécurité à court terme bienvenus, accumule des problèmes pour plus tard. Les redditions massives vident le champ de bataille. Mais à moins que la paix qui suit ne soit perçue comme juste, le calme qui suit pourrait n’être qu’une pause.

Sources: Al Jazeera (July 8, 2026), RFI

Traduit par Lydie

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