Le commerce reprend à Nathu La, le col où l’Inde et la Chine se sont affrontées

Samedi, la route commerciale transfrontalière du col de Nathu La, dans l’est de l’Himalaya, a rouvert, six ans après sa fermeture par l’Inde. Le col se trouve à plus de 4 300 mètres (14 108 pieds) à la frontière entre le Sikkim et le Tibet, où des caravanes de yaks transportaient autrefois la soie et le sel entre les empires. Il avait été fermé en 2020, lorsque la pandémie et les affrontements meurtriers de la vallée de Galwan avaient fait tomber les relations indo-chinoises à leur point le plus bas depuis des décennies.

La réouverture avait été convenue à l’avance. Elle fait suite à la 24e session du dialogue des représentants spéciaux indo-chinois, en août 2025, au cours de laquelle le conseiller à la sécurité nationale Ajit Doval et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi étaient convenus de rétablir le commerce transfrontalier par trois cols himalayens : Nathu La au Sikkim, Shipki La en Himachal Pradesh et Lipulekh en Uttarakhand. Elle fait également suite à la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères S. Jaishankar et Wang Yi à Manille le 22 juillet, consacrée à la paix aux frontières et à la coopération pratique. Le col est le fruit de ce que les analystes appellent une stabilisation lente, prudente et calibrée, et non une percée.

L’histoire de cette route est celle de la relation en miniature. Nathu La est resté ouvert pendant des siècles, jusqu’à ce que la guerre sino-indienne de 1962 le ferme pendant plus de quatre décennies. Il a rouvert en 2006, résultat d’une diplomatie patiente plutôt que d’une demande commerciale, et le commerce a repris sur une base modeste et saisonnière. Puis vint 2020 : la pandémie, le renforcement des troupes à la frontière dans l’est du Ladakh, et les combats au corps à corps dans la vallée de Galwan, qui ont laissé des soldats morts des deux côtés. Le col s’est refermé.

L’ampleur de ce qui a repris est modeste. Environ 600 commerçants indiens enregistrés dépendent de cette route, qui transporte les marchandises d’une frontière montagneuse : produits locaux, denrées alimentaires et petites fabrications, échangés durant une courte saison commerciale à une altitude qui éprouve chaque chargement. Le tonnage ne rivalisera jamais avec les ports ni les corridors industriels. Le commerce de l’Inde avec la Chine approche 151 milliards de dollars par an, avec un déficit d’environ 112 milliards de dollars, et Nathu La n’entamera ni l’un ni l’autre de ces chiffres. Le différend frontalier lui-même, les patrouilles et les effectifs militaires le long de la ligne de contrôle effectif, reste non résolu.

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Ce que fait le col est différent et plus difficile à mesurer. Il procure aux commerçants, aux chauffeurs et aux porteurs des districts frontaliers du Sikkim un gagne-pain qui dépend d’une frontière calme. Il donne aux entreprises locales accès à une activité commerciale qui serait autrement intenable dans des districts montagneux isolés. Il donne aux deux gouvernements un exemple concret de coopération au milieu d’une relation bâtie sur la suspicion. Une nouvelle route entre Rongli et Menla est déjà en construction pour améliorer l’accès au col.

La montagne n’a pas bougé. La politique, elle, a bougé un peu. Le commerce ne résoudra pas la question frontalière. Mais la réouverture de Nathu La est un petit pari selon lequel l’économie peut survivre à l’inimitié : que les habitants de la frontière qui dépendent du col constituent un électorat en faveur de la paix, et que chaque convoi qui le franchit rend la négociation suivante un peu moins susceptible d’échouer. Le col a déjà été fermé par des guerres. Pour l’instant, il est ouvert, et les caravanes reprennent leur route.

Traduit par Lydie

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