
Le gouvernement japonais a fixé son premier objectif national de reconstruction de réacteurs nucléaires depuis la catastrophe de Fukushima en 2011 : deux à cinq nouvelles unités d’ici les années 2040. La décision a été adoptée lors d’une réunion des ministres du cabinet au bureau du Premier ministre vendredi, dans le cadre d’une politique énergétique révisée destinée à préparer le pays à une pénurie d’électricité qu’il voit déjà venir.
Les réacteurs japonais sont conçus pour fonctionner pendant environ 60 ans, et le parc qui a survécu à la remise en question post-Fukushima arrive en fin de vie. À mesure que les anciennes unités sont démantelées, l’écart dans l’approvisionnement en électricité se creuse, et le gouvernement prévoit désormais que le pays devra reconstruire 11 à 14 réacteurs d’ici les années 2050, en plus de la première vague. La Première ministre Sanae Takaichi a déclaré que le gouvernement fera avancer des politiques visant à garantir les investissements dans les centrales nucléaires et qu’il promouvra des programmes de formation des ingénieurs et des travailleurs que l’industrie a perdus au cours de la dernière décennie et demie. Le ministre de l’Industrie, Ryoichi Akazawa, a présenté des plans visant à réduire la charge pesant sur les collectivités locales qui accueillent des réacteurs et à faire progresser les études en révisant la politique de base de sélection des sites de stockage définitif des déchets radioactifs de haute activité.
C’est la première fois que le gouvernement dans son ensemble fixe un objectif de reconstruction de centrales nucléaires depuis la triple fusion du cœur de la centrale de Fukushima n° 1 en 2011, lorsque le pays a de fait abandonné l’idée de construire de nouveaux réacteurs et a passé la décennie et demie suivante à redémarrer les anciens, un examen de sûreté après l’autre. Les nouvelles orientations placent toujours la reconstruction de la préfecture de Fukushima et le démantèlement de la centrale endommagée en tête de l’ordre du jour.
Dans son programme énergétique de base adopté lors d’une réunion du cabinet en février 2025, le gouvernement a déclaré une politique d’utilisation maximale de l’énergie nucléaire et s’est fixé pour objectif de porter la part du nucléaire dans le mix d’approvisionnement en électricité à environ 20 % au cours de l’exercice 2040. La décision de vendredi transforme cette préférence en un chiffre : non plus seulement des redémarrages, mais des reconstructions, planifiées et budgétisées.
Les déchets radioactifs de haute activité nécessitent un site de stockage définitif, et aucune collectivité n’en veut. Le plan du gouvernement consiste à réviser la politique de base et à faire progresser les études, si bien que la recherche d’un site se poursuit. Tant qu’aucun site n’existe, chaque nouveau réacteur construit aujourd’hui est une promesse faite aux générations futures selon laquelle quelqu’un résoudra le problème des déchets, et cette promesse est brisée depuis des décennies.
Le Japon planifie à nouveau ouvertement l’énergie nucléaire. Les raisons sont arithmétiques, pas idéologiques : les anciens réacteurs prennent leur retraite, le réseau aura besoin d’électricité, et les alternatives ne sont pas prêtes. La question des déchets reste sans réponse, et la première mesure annoncée par le gouvernement a été une étude, pas un site de construction.
Traduit par Lydie

