Expulsions massives, un an après : la moitié des Américains s’y oppose, et la machine continue de tourner

Une année d’expulsions massives a produit une étrange stabilité dans l’opinion publique américaine. Les chiffres ont à peine bougé. Une nouvelle enquête AP-NORC montre qu’environ la moitié du pays estime que l’administration a outrepassé ses prérogatives en éloignant les immigrants présents aux États-Unis sans statut légal. Ce chiffre n’a pas bougé depuis plus d’un an, survivant aux opérations de répression menées à l’échelle des villes, aux déploiements massifs d’agents fédéraux et à au moins dix décès liés à des affrontements avec des agents de l’immigration depuis le début de la campagne.

La stabilité est toute l’histoire. Une politique aussi agressive, avec un coût humain aussi visible, devrait faire bouger les sondages. Ce n’est pas le cas. Le pays s’est installé dans un clivage permanent, et l’administration a appris qu’un clivage suffit.

Les chiffres

Le sondage montre que 47 % des adultes américains estiment que le président a outrepassé son autorité en matière d’expulsions. Environ la moitié estiment qu’il est allé trop loin dans la restriction de l’immigration légale. Sur ces deux questions, environ trois personnes sur dix jugent le niveau d’application de la loi approprié, et environ deux sur dix en veulent davantage.

La répartition partisane explique tout le reste. Moins de deux républicains sur dix estiment que le président est allé trop loin dans les éloignements ou dans les limites imposées à l’immigration légale. Les républicains évaluent Trump plus favorablement sur l’immigration que sur tout autre sujet, y compris l’économie et l’Iran, où sa cote a baissé même auprès de ses propres partisans. L’administration n’a pas besoin d’une majorité pour faire tourner la machine. Elle a besoin de sa base, et la base est satisfaite.

Support journalism that values evidence, context, and accuracy above everything else.

Help keep us independent

L’opposition la plus vive se concentre sur les tactiques. Une majorité d’Américains rejettent l’utilisation des contrôles routiers pour traquer et détenir des immigrants, la méthode à l’origine de deux fusillades mortelles de l’ICE dans le Maine, et rejettent l’envoi d’agents fédéraux dans les villes américaines. La tolérance du public s’arrête là où l’application de la loi touche des Américains ordinaires vaquant à leurs occupations, pas là où elle touche les immigrants.

Une année d’application de la loi

La campagne a commencé avec une promesse de vitesse et d’ampleur, et elle a tenu les deux. Les agents fédéraux ont ratissé les villes et les églises. Les écoles et les hôpitaux sont devenus un terrain contesté, et les affrontements ont tourné au drame plus d’une fois. Le décompte de l’AP d’au moins dix décès impliquant des agents de l’immigration est un chiffre que l’administration ne conteste pas vraiment, mais qu’elle refuse de commenter.

Rien de tout cela n’a entamé le noyau de la coalition républicaine. Les données d’AP-NORC classent toujours l’immigration comme le meilleur sujet du président auprès de son propre parti, une position qui a survécu à une semaine de juillet au cours de laquelle trois personnes sont mortes dans des affrontements avec des agents de l’Immigration and Customs Enforcement. Ces décès ont fait l’actualité nationale pendant une journée. La coalition n’a pas vacillé.

Pourquoi les sondages ne bougent pas

Il y a deux façons de lire cette situation. La première est que le pays a normalisé la campagne. Une année d’application quotidienne de la loi a fait de l’expulsion massive un fait de la vie américaine, et les opinions publiques s’adaptent aux faits, même désagréables. La proportion de ceux qui jugent l’effort excessif s’est stabilisée parce que le choc s’est estompé.

La seconde lecture est que cette politique ne vise pas du tout les sondages. Le public de l’administration, ce sont ses propres électeurs, à qui l’on a promis une répression et qui la regardent se dérouler. Les 47 % qui s’y opposent ne sont pas le public visé. Ils votent contre Trump pour d’autres raisons, sur d’autres sujets. L’immigration est le sujet qui maintient sa coalition unie, et la coalition est ce que les sondages ne peuvent pas mesurer.

Il y a des signes que la stratégie a des limites. Les Américains sont plus enclins à désapprouver qu’à approuver la façon dont l’ICE applique la loi, et une majorité rejette les tactiques les plus agressives. Sa cote de popularité globale a baissé au fil de son mandat. Mais sur l’immigration, le seul sujet sur lequel son propre parti est le plus loyal, la machine continue de tourner, parce que la machine a été construite pour la base, et la base n’a pas bronché.

L’année à venir

Les élections de mi-mandat ont lieu dans quelques mois. Le pari de l’administration est que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte, que l’enthousiasme de la base l’emporte sur le malaise du pays, et que les dix morts, les rafles et le flux constant de vols d’expulsion seront retenus par ceux qui les voulaient, pas par ceux qui s’y opposaient.

Le sondage AP-NORC suggère que le pari tient toujours. La moitié du pays dit stop. L’autre moitié, ou du moins une partie suffisante, dit de continuer. Un an après, la machine tourne toujours, et rien dans les chiffres n’indique qu’elle s’arrêtera.

Sources

Traduit par Lydie

Scroll to Top