Le Japon approuve la baisse de la taxe sur l’alimentation, dont le financement reste une promesse

Le gouvernement japonais a approuvé mercredi le changement fiscal le plus important depuis près de quatre décennies : la taxe à la consommation sur l’alimentation passe de 8 % à 1 % pendant deux ans à compter d’avril 2027. C’est la première réduction d’un impôt qui n’a cessé d’augmenter depuis son introduction en 1989. Le même jour, un porte-parole du gouvernement a déclaré que Tokyo s’emploierait à gagner la confiance des marchés dans ce plan. L’ordre de ces deux déclarations importe.

L’approbation est intervenue lors d’une réunion extraordinaire du Conseil des ministres, après que l’alliance au pouvoir entre le Parti libéral-démocrate et le Parti japonais de l’innovation a achevé ses procédures internes plus tôt dans la journée. La baisse s’accompagne d’aides en espèces pour les familles aux revenus modestes, qui ramèneraient leur taux effectif sur l’alimentation à zéro. Le gouvernement prévoit un programme fiscal plus large en septembre et un projet de loi lors de la session extraordinaire d’automne de la Diète.

Sur le plan politique, cette décision tient une promesse de la campagne électorale de février du PLD. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la baisse de la taxe sur l’alimentation d’objectif de longue date, et c’est sa réponse à l’érosion du soutien populaire provoquée par la hausse du coût de la vie : son taux d’approbation est tombé à 57 % en juillet, contre 69 % en juin. Mais la baisse divise son propre parti. Une majorité du PLD la soutient, mais des cadres éminents ont publiquement pris position contre la réduction du taux, craignant un chaos économique et politique, et la querelle a ouvert une brèche entre Takaichi et les figures dirigeantes du parti.

L’arithmétique reste le point non résolu. La baisse de la taxe sur l’alimentation devrait coûter plusieurs trillions de yens par an, et les estimations du manque à gagner total atteignent des dizaines de trillions de yens. Le gouvernement affirme qu’il évitera les obligations de financement du déficit et puisera plutôt dans les recettes fiscales excédentaires, mais il n’a pas présenté de feuille de route concrète pour le financement. C’est cet écart qui rendait nécessaire, en premier lieu, la promesse du porte-parole sur la confiance des marchés.

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Les marchés observent la situation sous un angle précis. Le yen se négocie près de ses niveaux les plus faibles depuis environ quatre décennies, ce qui fait monter le prix de l’alimentation et du carburant importés, et les rendements obligataires grimpent. La Banque du Japon s’est réunie sous cette pression fin juillet, et le gouvernement a passé des semaines à rassurer les investisseurs quant à son respect de l’indépendance de la banque centrale, la ministre des Finances Satsuki Katayama soulignant que la relation est normale et fluide. Une importante baisse d’impôt annoncée sans financement clair complique ce message.

Les dirigeants d’entreprise l’ont dit ouvertement. Le président de la Fédération des organisations économiques du Japon, Yoshinobu Tsutsui, a demandé que les sources de financement soient clarifiées dans le cadre du processus budgétaire, le maintien de la confiance des marchés étant une condition préalable fondamentale. Le président de l’Association japonaise des dirigeants d’entreprise, Akio Yamaguchi, a averti que ramener effectivement la taxe sur l’alimentation à zéro pourrait susciter une inquiétude considérable sur le marché. La Chambre de commerce et d’industrie du Japon s’est concentrée sur le volet pratique, en notant que le rétablissement du taux en 2029 exigera l’adhésion du public et des entreprises.

Il y a aussi la question de ce que cette baisse fait à tout le reste de l’agenda de Takaichi. Son gouvernement s’articule autour d’une feuille de route d’investissement de 370 trillions de yens pour les industries stratégiques, et une baisse d’impôt qui exige des dizaines de trillions de yens de financement entrera en concurrence avec elle sur le terrain de la crédibilité. Si les marchés acceptent le plan, le yen pourrait se maintenir ; s’ils y voient une politique expansionniste sans financeur, le yen s’affaiblit davantage, les prix des importations montent, et le soulagement que la baisse d’impôt était censée apporter est rongé par l’inflation.

Le pari est que les électeurs remarqueront la baisse des prix alimentaires avant que les marchés ne remarquent les recettes manquantes. La promesse du porte-parole suggère que le gouvernement sait que l’ordre de l’attention pourrait s’inverser.

Traduit par Lydie

Sources

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