
TEHRAN. C’est la plus vieille astuce du manuel diplomatique. Vous bombardez un pays pendant des semaines. Vous prétendez avoir anéanti son armée. Puis vous vous asseyez à la table et proposez de négocier. Le message est clair : acceptez nos conditions car il ne vous reste plus aucune carte à jouer.
L’Iran teste aujourd’hui cette proposition. Après des mois de frappes américaines et israéliennes soutenues sur son territoire, Téhéran a accepté une trêve temporaire avec Washington, effective depuis le 29 juin. Des pourparlers techniques sont prévus à Doha. Mais la question la plus importante est celle à laquelle aucun des deux camps ne répond honnêtement : quelle puissance de combat l’Iran possède-t-il réellement encore ?
Sur le papier, les chiffres d’avant-guerre étaient stupéfiants. Le Bureau du directeur du renseignement national américain estimait que l’Iran détenait le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient. Les estimations totales allaient de 2 500 missiles, selon l’armée israélienne, jusqu’à 6 000 selon d’autres analystes. Ce n’étaient pas des pièces de musée. C’étaient des armes prêtes au combat d’une portée allant jusqu’à 2 000 kilomètres, assez rapides à 17 000 kilomètres-heure pour atteindre n’importe quelle cible en Israël en moins de 12 minutes.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé avec insistance que la campagne de bombardements a fonctionné. Il prétend que la capacité de missiles et de drones de l’Iran a été « massivement dégradée » et que des centaines de lanceurs ont été détruits. Le général Dan Caine du Pentagone est plus prudent, reconnaissant que l’Iran « conserve encore certaines capacités missiles » et notant qu’il « est entré dans ce conflit avec beaucoup d’armes ». C’est le genre d’euphémisme qu’un militaire sérieux utilise lorsqu’il ne veut pas se faire prendre à mentir plus tard.
Les Gardiens de la révolution iraniens, quant à eux, insistent sur le fait que leur stock n’est pas épuisé et que la production se poursuit. Ce sont les mêmes Gardiens qui ont tracé une ligne rouge à travers leurs capacités militaires, les déclarant « non négociables » avant les pourparlers avec les États-Unis. Que ce soit une position de négociation ou une déclaration de fait est précisément ce que les pourparlers de Doha sont censés déterminer.
Les images satellite racontent leur propre histoire. L’imagerie commerciale des sites militaires endommagés montre des efforts de reconstruction rapides. Les cratères sont comblés. Les pistes d’atterrissage sont réparées. Des installations que les analystes avaient radiées comme détruites montrent des signes d’activité en quelques semaines. Cela correspond à ce que les services de renseignement américains rapportaient déjà en avril : que malgré le plus intense barrage de frappes de la campagne, l’Iran possédait encore des milliers de missiles et de drones.
Les effectifs sont une autre dimension que les bombardements ne peuvent effacer. L’Iran déploie environ 600 000 soldats réguliers et 200 000 autres dans la milice paramilitaire des Gardiens de la révolution, y compris la force d’élite Al-Qods. La force Al-Qods dirige le réseau de proxies de l’Iran, et là, le tableau est plus complexe. Le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et diverses milices irakiennes ont tous été affaiblis par les combats récents. Ils ne sont plus ce qu’ils étaient. Mais un proxy affaibli n’est pas la même chose qu’un proxy mort. Ces groupes existent toujours. Ils ont toujours des armes. Ils répondent toujours à Téhéran.
Le programme de missiles lui-même n’est pas une improvisation. Il a été construit pendant des décennies sur des conceptions nord-coréennes et russes, avec l’aide chinoise. Cette infrastructure, les usines, les chaînes d’approvisionnement, les connaissances techniques, ne peut être éliminée par des frappes aériennes. Les bombes peuvent détruire les lanceurs. Elles peuvent tuer des techniciens. Mais elles ne peuvent pas effacer ce qui se trouve dans les cerveaux des gens.
Alors, quel est le véritable tableau alors que l’Iran vient à la table des négociations ? D’un côté, le pays a subi de sérieux dommages. Son économie est sous le poids de sanctions paralysantes. Ses proxies sont plus faibles. Un certain nombre de ses missiles ont été détruits. De l’autre côté, il possède encore des milliers de projectiles capables d’atteindre Israël. Il dispose encore de centaines de milliers de soldats entraînés. Il répare encore son infrastructure militaire à un rythme soutenu. Et sa direction a tracé une ligne rouge autour de l’arsenal de missiles, signalant que toute demande de démantèlement sera accueillie par un refus.
La trêve du 29 juin est une pause, pas une paix. Les deux camps savent que des négociations sans rapport de force ne sont que des cérémonies de reddition déguisées en langage diplomatique. L’Iran arrive à la table avec moins de cartes qu’il n’en avait au début de la guerre. Mais il a encore des cartes en main. La question est de savoir si les États-Unis et Israël les ont vraiment comptées correctement, ou s’ils se sont convaincus que les bombardements ont fait ce que les bombes seules ne peuvent pas faire.
, George, 1ban.news
Traduit par Lydie

