Un pari à 1 150 milliards de dollars sur la guerre, et ce qu’il a fallu pour l’adopter

La Chambre des représentants a adopté mercredi son projet de loi annuel sur la politique de défense par 216 voix contre 212, le scrutin le plus serré de mémoire récente. La loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA), qui autorise un montant sans précédent de 1 150 milliards de dollars de dépenses militaires, a franchi l’étape de la Chambre presque entièrement selon les lignes de parti. Sept républicains ont voté non. Six démocrates ont voté oui.

La NDAA est une législation « incontournable » depuis 65 années consécutives. Ce qui était autrefois la chose la moins politique que le Congrès faisait chaque session, financer l’armée, augmenter la solde des troupes, acheter du matériel, est devenu un champ de bataille pour chaque guerre et chaque combat culturel que le pays mène à la fois.

Ce que l’argent achète

Le projet de loi autorise des augmentations de solde allant jusqu’à 7 % pour les troupes, finance l’acquisition d’armements et le développement de systèmes de défense, et couvre le coût de la guerre en Iran, qui a déjà consommé 37,5 milliards de dollars. L’ampleur est historique : 1 150 milliards de dollars représentent environ le double du budget de la défense d’il y a dix ans, largement en raison du conflit au Moyen-Orient.

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Le même texte a été bloqué au Sénat la semaine dernière, où les démocrates l’ont empêché d’atteindre le seuil de 60 voix nécessaire pour avancer. Les républicains du Sénat affirment qu’ils tenteront à nouveau avant la pause d’août.

La nouveauté de cette année : le droit de vote

Ce qui rend cette NDAA différente, c’est le bagage qu’elle transporte. Les républicains de la Chambre ont voté pour rattacher le projet de loi au « SAVE America Act », une législation soutenue par Trump qui renforcerait les exigences d’identification des électeurs et restreindrait le vote par correspondance. Cette manœuvre signifie que le Sénat devra examiner les deux textes ensemble, ou aucun. Les démocrates au Sénat n’ont pas les votes nécessaires pour adopter les restrictions de vote, de sorte que la manœuvre pourrait effectivement tuer la NDAA pour la première fois en 65 ans.

Le budget militaire est utilisé comme levier pour des objectifs politiques intérieurs. Cela n’est pas inhabituel en soi, le Congrès attache des amendements à des lois incontournables depuis des générations. Ce qui est inhabituel, c’est le risque. Si le Sénat ne parvient pas à démêler les deux textes, l’armée entrera dans le prochain exercice sans dépenses autorisées.

La division sur l’Iran

Les démocrates qui ont voté contre le projet de loi ont cité une seule objection primordiale : la guerre en Iran. Le conflit est profondément impopulaire parmi la base démocrate, et voter pour la NDAA est de plus en plus perçu comme une approbation de la décision de Trump de rejoindre Israël dans l’attaque de l’Iran sans l’approbation du Congrès. Cette question constitutionnelle, si le président a l’autorité de mener une guerre sans déclaration, n’a jamais été résolue. Le vote sur la NDAA est l’endroit où elle se joue dans la pratique.

Au-delà de la guerre, les démocrates se sont opposés aux dispositions élargissant la coopération en matière de technologie militaire avec Israël et au langage affectant les troupes transgenres, deux questions de guerre culturelle qui rendent le compromis bipartite plus difficile chaque année.

La suite

Le processus de la NDAA comporte plusieurs étapes. Le Sénat doit adopter sa propre version. Un comité de conférence de sénateurs et de représentants doit négocier un compromis. Ensuite, les deux chambres doivent approuver le texte final. Puis le président doit le signer. À chaque étape, l’attachement du SAVE America Act menace de faire échouer l’ensemble.

La série de 65 ans pourrait tenir. Mais le fait qu’elle soit en doute, que le financement de l’armée américaine soit pris en otage par un combat sur le droit de vote, en dit long sur le fonctionnement de Washington en 2026. La NDAA n’est plus une obligation sacrée. C’est une monnaie d’échange.

Traduit par Lydie

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