
L’une des entreprises les plus génératrices de cash de l’histoire de la technologie vient de dépenser plus d’argent qu’elle n’en a gagné : la cause est le déploiement massif des infrastructures d’intelligence artificielle.
Alphabet, la maison mère de Google, a déclaré un free cash flow négatif de 5,9 milliards de dollars pour le deuxième trimestre 2026, la première fois qu’elle affiche un chiffre négatif depuis son introduction en Bourse en 2004. La cause est presque entièrement attribuable aux dépenses d’investissement : l’entreprise a consacré 44,9 milliards de dollars aux infrastructures en un seul trimestre, soit plus du double des 21,7 milliards de dollars dépensés à la même période l’an dernier.
L’ampleur des dépenses est difficile à surestimer. Les capex trimestriels d’Alphabet dépassent désormais les budgets d’infrastructure annuels de la plupart des entreprises du Fortune 500. L’entreprise a relevé ses prévisions de capex pour l’ensemble de l’année 2026 à pas moins de 205 milliards de dollars, contre une précédente estimation de 180 à 190 milliards. L’essentiel de ces dépenses est consacré à la construction de centres de données, à l’achat de TPU et GPU, ainsi qu’au réseau physique nécessaire à l’entraînement et au déploiement des modèles d’IA de pointe.
Le moment est notable car les résultats opérationnels d’Alphabet étaient par ailleurs solides. Le chiffre d’affaires a atteint 119,8 milliards de dollars, en hausse de 24 % sur un an, et la marge opérationnelle s’est maintenue à un niveau sain de 34 %. La croissance des revenus du cloud a continué de s’accélérer à mesure que les entreprises adoptent l’infrastructure IA de Google. La consommation de cash n’est pas le signe d’une entreprise en difficulté ; c’est le signe d’une entreprise qui fait un pari délibéré et colossal.
Mais ce pari a des conséquences. Le free cash flow est ce qui finance les rachats d’actions, les dividendes, les acquisitions et le remboursement de la dette. Avec un cash flow négatif, Alphabet puise soit dans ses réserves de trésorerie, soit sur les marchés obligataires. L’entreprise a fait les deux, émettant des obligations plus tôt cette année pour financer l’expansion de ses centres de données. La trésorerie et les titres négociables d’Alphabet s’élevaient à environ 110 milliards de dollars à la fin du T2, lui offrant une marge de manœuvre substantielle, mais le rythme de consommation implique que cette marge se réduit à chaque trimestre.
Alphabet n’est pas seul dans cette situation. Les quatre plus grandes entreprises technologiques américaines (Alphabet, Microsoft, Amazon et Meta) devraient dépenser ensemble 725 milliards de dollars en infrastructures IA en 2026. Chacune fait face à la même dynamique structurelle : leurs ambitions en matière d’IA nécessitent des capitaux à une échelle qui dépasse même leurs énormes flux de trésorerie d’exploitation.
La question pour les investisseurs est de savoir si cette vague de dépenses produira un jour des rendements justifiant l’investissement. Les produits d’IA de Google, notamment Gemini 3.6 Flash et ses services cloud IA, génèrent des revenus, mais pas encore à une échelle qui compense l’investissement dans les infrastructures. L’entreprise parie que les dépenses actuelles créeront une avance insurmontable en matière de capacités d’IA au cours des trois à cinq prochaines années, un pari dont l’issue déterminera si ce trimestre marque un creux temporaire ou le début d’un nouveau cycle d’investissement.
Sources : Alphabet passe en free cash flow négatif pour la première fois alors que les capex IA doublent à 44,9 milliards de dollars (Tom’s Hardware, 28 juillet 2026) ; Google brûle du cash pour la première fois alors que les dépenses IA portent les capex 2026 à 205 milliards de dollars (Firstpost, 26 juillet 2026) ; Google déclare un free cash flow négatif de 6 milliards de dollars au T2 alors que les dépenses IA doublent (Crypto Briefing, 23 juillet 2026)
Traduit par Lydie

