Désarmement fictif : pourquoi Netanyahu a rejeté le plan de Trump pour Gaza

Le mot choisi par Netanyahu était fictif. S’adressant dimanche à son cabinet, le premier ministre israélien a rejeté en termes clairs le plan du Conseil de la paix des États-Unis pour Gaza, déclarant que l’enjeu était un véritable désarmement, et non un désarmement fictif. Le document est le plan en 15 points au cœur de l’initiative du président Donald Trump pour Gaza, approuvé par le Hamas fin juillet. La réponse d’Israël à l’allié qui l’avait élaboré a été non.

La logique du plan était simple sur le papier. Le Hamas remettrait ses armes à une autorité de gouvernance palestinienne en formation, et Israël commencerait à retirer ses forces en parallèle du désarmement. Il avait été conçu pour offrir à chacun une issue : le Hamas obtient un processus, les Palestiniens une autorité, Israël les armes et Trump l’accord. C’était le dessein. Ce que le plan n’avait pas anticipé, c’est que l’homme qui devait l’accepter déciderait que le mot fictif était un meilleur produit politique.

Netanyahu n’a laissé aucune place à l’interprétation. Il a déclaré qu’Israël rejetait le document en 15 points, que l’armée n’effectuerait aucun retrait tant que le Hamas ne serait pas véritablement désarmé et qu’elle continuerait à contrecarrer les menaces contre ses forces et ses citoyens. C’est une exigence qu’il appartient à Israël de définir, sans arbitre extérieur, et le rejet intervient après plus d’une semaine de critiques croissantes contre le plan à Jérusalem.

Le rejet est plus difficile pour Washington, car le plan s’était déjà plié une fois devant Israël. Après la rencontre de Netanyahu avec les responsables du Conseil de la paix la semaine dernière, l’instance est revenue sur sa propre conception : Israël, a déclaré l’instance, ne se retirerait qu’après un désarmement complet. Cet assouplissement n’a rien changé. Netanyahu est resté campé sur ses positions à la table du cabinet, déclarant qu’Israël discutait toujours avec Washington de ses objections, que Washington avait des idées, dont certaines acceptables pour Israël et d’autres non, et qu’Israël savait tenir bon sur ces questions.

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Il faut lire la politique qui se cache derrière le mot. Netanyahu fait face à des élections, et les sondages le placent dans une course serrée. Ses alliés d’extrême droite, la base qui maintient sa coalition en vie, réclament un nouveau vote du cabinet pour tuer le plan pour Gaza sans appel. Un premier ministre qui aurait accepté un dispositif américain de retrait progressif et de remise des armes tendrait à sa propre coalition la corde pour le pendre. Le rejeter, bruyamment, dans le langage de la sécurité nationale, est le choix sûr. Le mot fictif vise autant sa propre aile droite que le plan. Pour un dirigeant engagé dans une course serrée, le plan est un passif et le rejet un gage : il dit que l’homme qui n’a rien signé reste celui qui décide.

Voici la contradiction à laquelle le plan ne peut échapper : ceux qui ont bâti le Conseil de la paix disent eux-mêmes qu’un désarmement complet du Hamas n’est pas réalisable de manière réaliste. Ce qui signifie que l’exigence d’Israël porte sur une chose que tous les acteurs concernés savent impossible. C’est précisément pour cela qu’il est sans risque pour Netanyahu de la formuler. Un objectif qui ne peut jamais être atteint ne peut jamais lui être reproché.

Le plan de Trump donnait à Israël une couverture et au Hamas un processus. Netanyahu a gardé la couverture et refusé le processus. Le document en 15 points n’est pas mort ; il repose entre les mains d’un homme qui a décidé que lui dire non lui coûte moins que lui dire oui. C’est le schéma de cette alliance : Israël accepte la protection américaine et refuse les conditions américaines, et plus l’allié est proche, plus le refus est facile. Le Conseil de la paix devait être le moment où les intérêts des deux hommes s’aligneraient enfin. Dimanche a rappelé qu’ils ne s’alignent jamais tout à fait.

Traduit par Lydie

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