
Trois mois d’entraînement à l’équilibre ont significativement amélioré la qualité subjective du sommeil chez des adultes âgés de 64 à 81 ans, sous l’effet d’une inhibition GABAergique renforcée dans le cortex sensorimoteur, selon une étude publiée le 5 juillet dans The Journal of Physiology.
Cette découverte offre une alternative non pharmacologique potentielle pour près de la moitié des adultes de plus de 60 ans qui souffrent de troubles du sommeil. Les options pharmacologiques actuelles qui renforcent l’activité GABAergique, comme les benzodiazépines et les Z-drugs, améliorent le sommeil mais comportent des risques de dépendance, d’effets secondaires cognitifs et de chutes chez les populations âgées.
Ce qu’ils ont découvert
Des chercheurs dirigés par Selin Scherrer et Bjorn Rasch à l’Université de Zurich ont inscrit 36 adultes âgés (64-81 ans) à un programme d’entraînement à l’équilibre de trois mois ou à une condition témoin. Avant et après l’intervention, les participants ont bénéficié d’évaluations complètes :
- La qualité subjective du sommeil mesurée par l’indice de qualité du sommeil de Pittsburgh (PSQI) s’est significativement améliorée dans le groupe d’équilibre (interaction groupe x temps significative, ANOVA à mesures répétées).
- Les paramètres objectifs du sommeil mesurés par polysomnographie nocturne n’ont montré aucun changement significatif, l’architecture, l’efficacité et la continuité du sommeil sont restées comparables entre les groupes.
- La neuroimagerie a révélé une augmentation des niveaux de GABA dans le cortex sensorimoteur mesurée par spectroscopie par résonance magnétique, ainsi qu’une connectivité fonctionnelle sensorimotrice renforcée en IRMf.
- L’inhibition intracorticale mesurée par stimulation magnétique transcrânienne n’a pas montré de différences significatives entre les groupes, mais les individus présentant des augmentations plus importantes de l’inhibition pendant le sommeil ont rapporté de plus grandes améliorations de la qualité subjective du sommeil.
Les analyses de régression ont apporté des nuances : des augmentations plus importantes de la connectivité fonctionnelle étaient associées à des améliorations subjectives du sommeil plus importantes, tandis que des augmentations plus importantes des niveaux de GABA étaient paradoxalement associées à des améliorations moindres, suggérant que la relation entre le renforcement GABAergique et la qualité perçue du sommeil n’est pas simple.
Pourquoi c’est important
Les médicaments du sommeil qui renforcent le GABA, des benzodiazépines aux nouveaux antagonistes doubles des récepteurs de l’orexine, restent largement prescrits malgré les préoccupations concernant leurs effets secondaires. Cette étude montre qu’une intervention physique simple et accessible peut produire des effets neurochimiques similaires sur le système GABA sans les risques pharmacologiques.
L’entraînement à l’équilibre présente un avantage par rapport aux autres interventions physiques : il sollicite spécifiquement le cortex sensorimoteur et ses circuits inhibiteurs, ce que les auteurs démontrent directement par SRM et IRMf. L’intervention est également pratique, elle ne nécessite aucun équipement et peut être pratiquée à domicile ou en groupe.
La dissociation entre l’amélioration subjective (PSQI) et la stabilité objective (PSG) soulève une question importante pour la recherche sur le sommeil : quel indicateur importe le plus pour la qualité de vie d’une personne âgée ? Si un patient estime dormir mieux et rapporte moins de dysfonctionnement diurne, cela pourrait être le critère cliniquement pertinent, même lorsque les mesures EEG restent inchangées.
Limites
L’échantillon était relativement petit (36 participants), et l’étude manquait d’un groupe témoin actif pour la comparaison avec d’autres formes d’exercice ou d’entraînement cognitif. La période d’intervention de trois mois, bien que substantielle, ne fournit aucune donnée sur la durabilité à long terme des bénéfices. Les mesures du GABA et de la connectivité sont corrélationnelles et ne peuvent établir que le renforcement GABAergique sensorimoteur est le mécanisme causal.
L’essentiel
L’entraînement à l’équilibre améliore la façon dont les personnes âgées perçoivent la qualité de leur sommeil, avec des changements mesurables dans les niveaux de GABA cérébral et la connectivité sensorimotrice. Pour une population vieillissante qui lutte contre les problèmes de sommeil mais souhaite éviter les effets secondaires des médicaments, il offre une option sûre et accessible qui mérite d’être essayée.
Traduit par Lydie
Source: Scherrer S, Egger S, Liu X, Wick AZ, Rasch B. Improved subjective sleep quality in older adults by enhancing the GABAergic system in the sensorimotor cortex. The Journal of Physiology. 2026 Jul 5. DOI: 10.1113/JP290164. PMID: 42402889.

