Selon un sondage, les Taïwanais font plus confiance au Japon qu’aux États-Unis pour les défendre contre la Chine

TAIPEI , Une nouvelle enquête auprès des électeurs taïwanais révèle que le Japon est désormais perçu comme un partenaire sécuritaire plus fiable que les États-Unis en cas d’invasion chinoise, un changement frappant dans l’opinion publique qui pourrait remodeler le calcul stratégique régional.

Le sondage, mené par l’Université nationale Chengchi et l’Academia Sinica en avril 2026 et publié cette semaine par Foreign Policy, a interrogé 1 195 électeurs taïwanais sur leurs perceptions du Japon et la probabilité d’une intervention militaire japonaise dans un conflit transdétroit.

Les résultats remettent en question les hypothèses conventionnelles sur la confiance de Taïwan.

Le Japon surpasse les États-Unis

Les électeurs taïwanais tiennent le Japon en plus haute estime que les États-Unis, que beaucoup considèrent de moins en moins dignes de confiance sous une administration Trump qui a remis en question à plusieurs reprises les engagements de l’alliance. La perception positive du Japon transcende les clivages partisans, y compris parmi les électeurs du Kuomintang, le parti d’opposition traditionnellement pro-chinois auquel on pourrait s’attendre à des sentiments antijaponais.

Parmi les électeurs du KMT, seulement 21,4 % ont une opinion négative du Japon, tandis que 33,9 % voient le Japon positivement. Les 44,7 % restants sont neutres, un contraste frappant avec la posture hostile que pourrait suggérer la relation historique du parti avec le Japon.

« Même les électeurs du KMT n’ont pas de sentiments particulièrement négatifs envers le Japon », notent les chercheurs. « Le soutien au Japon est élevé, même au-delà des lignes partisanes. »

Le facteur Takaichi

Le sondage a révélé une forte corrélation entre les opinions sur la Première ministre japonaise Sanae Takaichi et les attentes d’une aide militaire japonaise. Parmi les personnes ayant une opinion favorable de Takaichi, 64 % pensent que le Japon interviendra probablement ou très probablement en faveur de Taïwan. Parmi celles ayant une opinion défavorable, seulement 20 % partagent cette attente.

Takaichi a clarifié sa position. En novembre 2025, elle a déclaré qu’une attaque chinoise contre Taïwan « pourrait constituer une situation menaçant la survie du Japon », un langage qui invoque les lois de sécurité japonaises de 2015, lesquelles permettent le recours à la force dans des situations menaçant la survie, même lorsque le Japon n’est pas directement attaqué.

La Chine a réagi avec fureur. Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a qualifié ses propos de « choquants ». L’ambassadeur de Pékin à l’ONU les a qualifiés de « menace de force » violant le droit international. Le consul général de Chine à Osaka l’a menacée de décapitation.

Défenses interconnectées

L’enquête a révélé que les électeurs taïwanais qui croient que les États-Unis aideront à défendre Taïwan sont également plus susceptibles de croire que le Japon aidera, et vice versa. Cela suggère que le public considère l’alliance de sécurité américano-japonaise comme un cadre de dissuasion unique. Un conflit autour de Taïwan, à leurs yeux, n’est pas un différend transdétroit mais une affaire régionale impliquant à la fois Washington et Tokyo.

Cette perception crée une pression politique sur le Japon. Si une crise éclatait, les attentes du public taïwanais concernant une intervention japonaise pourraient forcer la main de Tokyo, indépendamment de ce que le gouvernement japonais a promis en privé.

Une relation tendue au niveau des élites

Les résultats positifs du sondage contrastent avec les récentes frictions diplomatiques. En avril, le Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai s’est rendu privément au Japon pour regarder un match de baseball. Ce voyage est devenu une controverse médiatique, et le Japon s’est senti « trahi » par ce coup d’éclat. Les relations au niveau des élites entre l’administration Lai et Tokyo se sont depuis refroidies.

Mais le sondage montre que la société civile taïwanaise a largement dépassé la danse diplomatique. Pour les Taïwanais ordinaires, le Japon n’est plus seulement un partenaire commercial ou une destination touristique ; c’est un allié militaire potentiel en qui ils croient.

Sources : Foreign Policy (7 juillet 2026) ; enquête de Lev Nachman et Wei-Ting Yen, avril 2026

Traduit par Lydie

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