
Une nouvelle analyse poolisée de deux essais contrôlés randomisés apporte les preuves causales les plus solides à ce jour qu’un manque chronique de sommeil pourrait directement entraîner une prise de poids. Les adultes ayant réduit leur sommeil d’environ 78 minutes par nuit pendant six semaines ont gagné près d’un demi-kilogramme de poids corporel et ont montré des augmentations mesurables du tour de taille et du volume corporel total, selon les résultats publiés le 7 juillet dans les _Annales de médecine interne_.
L’étude, menée par des chercheurs du Columbia University Irving Medical Center, a regroupé les données de deux essais croisés rigoureusement conçus portant sur 95 adultes âgés de 20 ans et plus présentant un risque cardiométabolique élevé et dormant habituellement sept heures ou plus par nuit. Chaque participant a complété deux phases de six semaines : une avec un sommeil adéquat et une avec une réduction de 1,5 heure du sommeil nocturne, séparées par une période de sevrage de plusieurs semaines. La conception croisée, dans laquelle chaque personne sert de son propre témoin, renforce considérablement les inférences causales qui peuvent être tirées.
Ce qu’ils ont trouvé
La restriction de sommeil a produit des changements cohérents sur plusieurs mesures anthropométriques et comportementales. Comparée à un sommeil adéquat, la période de restriction de six semaines a été associée à :
- Augmentation du poids corporel de 0,45 kg (IC à 95 % : 0,33 à 0,57)
- Augmentation du tour de taille de 0,52 cm (IC à 95 % : 0,25 à 0,79)
- Augmentation du volume corporel total de 0,56 L (IC à 95 % : 0,19 à 0,93)
- Élévation de la leptine de 2,03 ng/mL (IC à 95 % : 0,38 à 3,68)
- Augmentation du temps sédentaire de 17,2 minutes par jour (IC à 95 % : 11,7 à 22,7)
Les participants ont atteint une réduction moyenne du sommeil de 78,4 minutes par nuit (IC à 95 % : -83,5 à -73,3), correspondant étroitement à l’objectif protocolaire de 90 minutes. L’adiposité a été évaluée par IRM, et les chercheurs ont également suivi les biomarqueurs de la balance énergétique et l’activité physique.
La conclusion concernant la leptine est notable. La leptine, une hormone produite par les cellules graisseuses, signale la satiété au cerveau ; des niveaux circulants plus élevés reflètent généralement une plus grande masse grasse corporelle. L’augmentation observée est cohérente avec les changements de poids et d’adiposité, bien que les chercheurs précisent que la relation pourrait être complexe et bidirectionnelle.
Pourquoi c’est important
L’obésité reste l’un des défis de santé publique les plus pressants du siècle, et le sommeil est de plus en plus reconnu comme un levier potentiel aux côtés de l’alimentation et de l’exercice. Cependant, la plupart des preuves liant le manque de sommeil à la prise de poids proviennent d’études observationnelles, qui ne peuvent prouver la cause et l’effet. La présente analyse, fondée sur des essais croisés randomisés, comble cette lacune.
« Cette analyse poolisée fournit des preuves causales solides qu’un sommeil modérément court et prolongé entraîne une prise de poids », écrivent les auteurs. Les tailles d’effet étaient modestes mais cliniquement significatives au niveau de la population. Une augmentation d’un demi-kilogramme sur six semaines, si elle se maintient ou se cumule sur plusieurs mois et années, pourrait se traduire par un changement substantiel du poids corporel et du risque cardiométabolique.
Les résultats ont également des implications sur la manière dont les cliniciens abordent la gestion du poids. Les recommandations actuelles mettent l’accent sur la restriction calorique et l’augmentation de l’activité physique, mais les auteurs suggèrent que « les programmes de gestion du poids et de prévention des maladies cardiométaboliques devraient envisager d’intégrer des stratégies de sommeil pour promouvoir un sommeil adéquat ». Pour les personnes qui peinent à perdre ou maintenir leur poids, l’optimisation de la durée du sommeil pourrait être une intervention négligée mais accessible.
Limites
Les auteurs notent plusieurs limitations. L’intervention de six semaines peut avoir été trop courte pour détecter des changements dans la composition corporelle, qui met souvent plus de temps à se manifester que les variations du poids corporel global. L’échantillon poolisé, bien que plus grand que chaque essai individuellement, avait une puissance statistique limitée pour évaluer les différences entre sous-groupes selon le sexe ou le statut ménopausique. Les tailles d’effet étaient modestes pour tous les résultats mesurés, et la signification clinique des changements individuels doit être interprétée avec prudence.
Conclusion
Une période de six semaines de sommeil modérément réduit (environ 1,3 heure de moins par nuit) a entraîné des augmentations mesurables du poids corporel, du tour de taille et du temps sédentaire chez les adultes à risque cardiométabolique élevé. Ces résultats renforcent l’argument selon lequel le sommeil devrait être traité comme une composante essentielle de la gestion du poids, aux côtés de l’alimentation et de l’activité physique. Même des réductions modestes et soutenues du sommeil peuvent s’accumuler en changements significatifs au fil du temps.
Source
Faris M Zuraikat, Samantha E Scaccia, Justin A Cochran, Bin Cheng, Keith M Diaz, Seth A Creasy, Edward L Melanson, Wei Shen, Brooke Aggarwal, Sanja Jelic, Marie-Pierre St-Onge. « Prolonged Short Sleep and Its Effect on Body Weight and Composition: A Pooled Analysis of Randomized Trials. » _Annals of Internal Medicine_, 7 juillet 2026. DOI : 10.7326/ANNALS-25-01660. PMID : 42407080. ClinicalTrials.gov : NCT02960776, NCT02835261. Financement : National Institutes of Health et American Heart Association.
Traduit par Lydie

