
Deux Nations, Deux Fusées Inaugurales : Le Long March 10B chinois et le Vikram-I indien s’apprêtent à des lancements historiques
Image à la une : [Représentations du Long March 10B (à gauche) et du Vikram-I de Skyroot Aerospace (à droite) ; crédits : CASC/Chinarocket (gauche), Skyroot Aerospace (droite)]
Un rare double lancement orbital se déroule cette semaine. Le Long March 10B partiellement réutilisable de la Chine et le premier lanceur orbital entièrement privé de l’Inde, le Vikram-I de Skyroot Aerospace, préparent tous deux leur vol inaugural à quelques jours d’intervalle, chacun représentant une étape majeure dans les ambitions spatiales de son pays.
Long March 10B : La fusée réutilisable commerciale chinoise
Le Long March 10B, une fusée à deux étages de moyenne levée développée par Chinarocket, la branche commerciale de CASC, doit décoller du complexe de lancement commercial Wenchang-2 sur l’île de Hainan. Haute de 70 mètres avec un diamètre de 5 mètres, elle peut livrer 16 tonnes métriques en orbite terrestre basse en configuration réutilisable.
La fusée est propulsée par sept moteurs YF-100K au kérosène sur le premier étage, générant 8 750 kilonewtons de poussée au niveau de la mer. Dans une approche de récupération inédite, le premier étage visera un capture par filet en mer sur une plateforme marine plutôt qu’un atterrissage propulsif sur un droneship. Le second étage introduit un moteur YF-219 au méthane, le premier étage orbital chinois à utiliser du propulseur methalox.
Le Long March 10B est optimisé pour la mégaconstellation Guowang de la Chine, avec une capacité de 11 tonnes métriques vers une orbite de 900 kilomètres, conçue pour le lancement par lots de satellites internet. Il s’agit de la variante commerciale de la famille Long March 10, qui comprend également une version super-lourde habitable pour l’atterrissage lunaire de la Chine d’ici 2030 et une variante réutilisable moyenne pour le service de la station spatiale Tiangong.
Un test de récupération en février 2026 a vu un article d’essai du premier étage effectuer un amerrissage contrôlé à environ 200 mètres de sa plateforme de récupération, une étape de validation clé.
Vikram-I : L’Inde passe au privé
Le Vikram-I indien, nommé « Aagaman » (sanskrit pour « Arrivée ») et construit par Skyroot Aerospace basée à Hyderabad, a sa fenêtre de lancement ouverte le 12 juillet depuis le centre spatial Satish Dhawan à Sriharikota. La fusée de 26 mètres, entièrement en composite de carbone, peut hisser 350 kilogrammes sur une orbite de 500 kilomètres, ciblant le marché des petits satellites.
Le véhicule à propergol solide à quatre étages utilise des moteurs solides de la série Kalam : les Kalam-1000, Kalam-250 et Kalam-100, avec un quatrième étage propulsé par quatre moteurs hypergoliques Raman-I imprimés en 3D. La fusée peut être assemblée et prête au lancement en 24 à 72 heures sur le pas de tir.
Quatre charges utiles, un mélange de clients nationaux et internationaux dont un satellite Skyroot, embarqueront pour le vol inaugural. Skyroot a été fondée en 2018 par les anciens scientifiques de l’ISRO Pawan Kumar Chandana et Naga Bharath Daka, et a levé environ 95,5 millions de dollars à ce jour. Son campus Infinity de 20 000 mètres carrés à Hyderabad peut produire une fusée orbitale par mois.
Le précurseur suborbital de l’entreprise, le Vikram-S, a été lancé en novembre 2022, devenant la première fusée privée indienne à atteindre l’espace. Skyroot vise désormais à capturer 10 % du marché mondial des petits satellites, estimé à environ 25 milliards de dollars d’ici 2033, et à passer à des lancements mensuels d’ici 2027.
Trajectoires complémentaires
Les deux fusées inaugurales desservent des marchés très différents malgré leur lancement la même semaine. Le Long March 10B cible le déploiement de mégaconstellations de moyenne levée depuis le secteur public chinois, tandis que le Vikram-I vise le créneau des petits satellites depuis une startup privée indienne. Les deux sont des pionniers : le LM-10B teste la réutilisabilité pour la flotte de lancement commerciale chinoise, et le Vikram-I teste si l’Inde peut produire un service de lancement orbital privé commercialement viable.
Traduit par Lydie

