
Les souris femelles présentent des troubles respiratoires du sommeil plus sévères, causés par une sensibilité accrue au CO2
Les différences sexuelles dans les troubles respiratoires du sommeil sont bien documentées chez l’humain : les hommes sont plus susceptibles de souffrir d’apnée obstructive du sommeil, tandis que les femmes rapportent davantage d’insomnies. Mais les mécanismes biologiques sous-jacents restent mal compris. Une nouvelle étude publiée dans Sleep par des chercheurs de l’Université George Washington et de l’Université Johns Hopkins apporte des preuves, à partir d’un modèle murin, que le sexe féminin lui-même, par l’intermédiaire des hormones ovariennes, pourrait entraîner un phénotype plus sévère de trouble respiratoire du sommeil.
Ce qu’ils ont découvert
Dashdulam Davaanyam et ses collègues ont implanté des électrodes EEG et EMG à des souris C57BL/6J et ont enregistré une polysomnographie complète dans une chambre de pléthysmographie corporelle entière. Ils ont ensuite testé les réponses respiratoires à l’hypoxie (faible taux d’oxygène) et à l’hypercapnie (dioxyde de carbone élevé), et ont répété toutes les mesures chez des souris femelles après ovariectomie.
Les souris femelles ont montré une fragmentation du sommeil significativement plus importante que les mâles, avec des éveils plus fréquents. Elles présentaient également un indice d’apnée plus élevé et une plus grande variabilité respiratoire pendant le sommeil. La principale différence physiologique : les souris femelles avaient une chimiosensibilité au CO2 nettement accrue. Leur réponse ventilatoire à l’hypercapnie était plus forte que celle des mâles, et cette différence dépendait des chémorécepteurs périphériques, en particulier des corpuscules carotidiens. L’inactivation des corpuscules carotidiens par hyperoxie a éliminé l’hyperréactivité au CO2 chez les femelles mais n’a eu aucun effet chez les mâles, localisant ainsi la différence sexuelle au niveau de la chémosensation périphérique.
L’ovariectomie chez les souris femelles a réduit la chimiosensibilité au CO2, confirmant que les hormones ovariennes contribuent à cette réponse accrue. Cependant, l’indice d’apnée a augmenté après l’ovariectomie, suggérant que les hormones ovariennes pourraient jouer un double rôle : amplifier la chimiosensibilité tout en protégeant contre les apnées.
Les chémoréflexes hypoxiques n’ont montré aucune différence significative entre les sexes.
Pourquoi c’est important
Cette étude fournit un cadre mécanistique pour comprendre les différences sexuelles dans les troubles respiratoires du sommeil au niveau des circuits neuronaux et des hormones. La découverte que les chémorécepteurs périphériques sont à l’origine de l’hyperréactivité féminine au CO2 est novatrice et désigne le corpuscule carotidien comme cible thérapeutique potentielle pour des traitements spécifiques au sexe.
Le double rôle des hormones ovariennes, augmenter la sensibilité au CO2 tout en réduisant la fréquence des apnées, complexifie le tableau et pourrait aider à expliquer les schémas observés chez l’humain, où les femmes préménopausées ont une prévalence d’apnée plus faible que les hommes, mais où les femmes postménopausées perdent partiellement cette protection. Les données d’ovariectomie chez la souris reflètent cette transition ménopausique.
Limites
L’étude a été menée sur des souris C57BL/6J, une seule souche consanguine. Les résultats pourraient ne pas être directement transposables à l’humain, et la relation entre la chimiosensibilité au CO2 et l’apnée du sommeil clinique n’est pas entièrement cartographiée entre les espèces. La taille de l’échantillon et le moment précis du cycle œstral n’étaient pas détaillés dans le résumé disponible.
En résumé
Les souris femelles présentent des troubles respiratoires du sommeil plus sévères que les mâles, caractérisés par davantage d’éveils, une fréquence d’apnée plus élevée et une sensibilité accrue au CO2 causée par les corpuscules carotidiens et modulée par les hormones ovariennes. Ces résultats fournissent une base biologique pour comprendre les différences sexuelles dans l’apnée du sommeil humaine et suggèrent le chémoréflexe périphérique comme cible pour des interventions spécifiques au sexe.
Source
Davaanyam D, et al. Sex Differences in the Sleep Architecture and Sleep-Disordered Breathing in C57BL/6J Mice. Sleep. 2026 Jun 27:zsag176. doi: 10.1093/sleep/zsag176. PMID: 42364162.
Traduit par Lydie

