Occupation sans date de fin : Katz visite la « zone de sécurité » et ordonne à l’armée de rester

Le ministre israélien de la Défense a traversé mercredi les villages détruits du sud du Liban et a demandé à l’armée de préparer une occupation de longue durée. Israël Katz, qui visitait la bande de territoire libanais que son pays occupe depuis le printemps, a déclaré que les troupes resteraient non pas pour des mois mais pour une durée indéterminée, et qu’il en irait de même en Syrie et à Gaza.

Katz a affirmé qu’Israël ne se retirerait pas de la zone de sécurité, terme qu’il emploie pour désigner le territoire qu’il occupe, que l’armée était là pour protéger les communautés du nord et ses propres forces, et qu’elle dégagerait la zone et ne se retirerait en aucune circonstance des zones de sécurité au Liban, en Syrie ou à Gaza.

Cette visite n’avait rien d’une inspection de routine. Selon les comptes rendus de la tournée, Katz a demandé à l’armée de se préparer, sur le papier comme sur le terrain, à un séjour de plusieurs années au Liban, tout en poursuivant la destruction de maisons et de ce qu’Israël appelle l’infrastructure terroriste. L’ampleur de l’occupation est déjà considérable : une superficie de plus de 600 kilomètres carrés (environ 232 miles carrés), une bande d’une profondeur d’environ dix kilomètres (environ 6 miles) le long de la frontière, avec des dizaines de villages occupés ou rasés. Sous le château des croisés de Beaufort, où Katz a évoqué la destruction des tunnels qui s’y trouvaient, les forces israéliennes ont déclenché d’importantes explosions il y a une dizaine de jours.

Le mécanisme de paix qui ne fonctionne pas

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Ce qui frappe, ce n’est pas qu’Israël refuse de se retirer. Il le répète depuis juin. Ce qui a changé mercredi, c’est le ton et l’ordre administratif : un ministre qui enjoint à son armée de préparer une installation durable, tandis que la machine diplomatique censée mettre fin à l’occupation reste à l’arrêt.

Aux termes de l’accord-cadre conclu fin juin, l’armée libanaise devait se déployer dans le sud, en commençant par des zones d’essai qu’Israël devait remettre une fois le Hezbollah désarmé. Le Hezbollah a rejeté l’accord et conserve ses armes. La condition n’est donc pas remplie, les zones pilotes restent occupées et Israël continue de raser les villages. Un cessez-le-feu tient depuis juin, mais c’est un cessez-le-feu au sein duquel des équipes de démolition continuent de travailler.

Washington, de son côté, prépare un nouveau cycle de négociations israélo-libanaises à Rome début septembre, selon un responsable du département d’État américain. Le schéma est désormais bien connu : les pourparlers sont programmés, ils ont lieu, la condition du désarmement n’est pas remplie et l’occupation se poursuit. L’ordre donné par Katz mercredi indique à l’armée quelle issue le gouvernement israélien attend réellement.

Trois occupations, une seule doctrine

La déclaration sur le Liban était accompagnée de deux autres. En Syrie, les forces israéliennes conservent une présence militaire sans date de départ annoncée. À Gaza, Israël occupe plus de 60 % du territoire dans le cadre d’un cessez-le-feu qui tient depuis octobre 2025, et la semaine dernière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté une feuille de route américaine qui prévoyait le désarmement du Hamas et un retrait israélien à terme, affirmant que les troupes ne partiraient pas tant que le Hamas ne serait pas réellement désarmé.

Réunissez les trois, et la politique tient en une seule phrase : Israël maintiendra son armée partout où il estimera que sa sécurité l’exige, jusqu’à ce que des ennemis auxquels il ne fait pas confiance désarment, et c’est le gouvernement israélien qui décide du moment où cela s’est produit. L’accord de juin était censé briser cette logique en liant le retrait à un désarmement vérifiable. Le refus du Hezbollah a laissé cette logique intacte.

Les coûts sont déjà comptés

L’occupation du Liban a un prix qui n’est pas abstrait. Selon Beyrouth, plus de 4 300 personnes ont été tuées dans la guerre qui a commencé en mars, lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes vers Israël en soutien à l’Iran et qu’Israël a répondu par des frappes aériennes et une invasion terrestre. Les deux pays restent techniquement en guerre. La « zone de sécurité » est un territoire occupé selon toutes les définitions qui comptent, et le ministre qui en est responsable dit désormais que l’armée doit s’y installer.

On peut défendre la position d’Israël, et ce n’est pas là un argument frivole. Les communautés du nord d’Israël ont été visées par des tirs de roquettes ; le Hezbollah est armé et hostile ; l’État libanais n’a aucune présence militaire dans le sud à même de prendre la relève. L’argument de Katz, selon lequel Israël défend ses habitants contre les éléments djihadistes, est l’argument que toute puissance occupante a avancé, et la répétition ne le rend pas meilleur.

Mais les pourparlers de septembre à Rome ressemblent désormais moins à une négociation qu’à une formalité accomplie pendant que l’occupation se consolide. Un ministre ne donne pas l’ordre de préparer administrativement un séjour de longue durée s’il compte partir. L’occupation du Liban avait été présentée comme temporaire. Elle se construit comme permanente, et il en va de même à Gaza et en Syrie.

Traduit par Lydie

Sources: Al Jazeera, L’Orient Today (AFP), Daily Sabah, RTE

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