
Le data center texan d’Amazon s’appuiera sur une centrale à gaz autorisée à polluer plus que toute autre centrale électrique des États-Unis
Amazon a confirmé être à l’origine de l’un des plus grands projets de production d’électricité au gaz naturel de l’histoire américaine : une centrale de 7,65 gigawatts dans l’ouest du Texas, construite pour alimenter un campus de data centers d’IA qui, au moins dans un premier temps, ne tirera rien du réseau électrique de l’État.
L’entreprise a acheté la parcelle GW Ranch dans le comté de Pecos, près de la frontière du Nouveau-Mexique, et achètera l’électricité d’une centrale de Pacifico Energy en cours de construction sur le même terrain. Cleanview, une société d’analyse énergétique, a identifié Amazon comme client principal du projet le 7 août, et l’entreprise a confirmé l’achat le même jour. The New York Times et The Verge ont publié à leur tour leurs propres reportages le 8 août.
Un permis plus important que tous ceux du pays
La centrale, qui utiliserait 35 turbines à gaz, a reçu en janvier 2026 un permis d’émissions texan autorisant jusqu’à 33 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an. Il s’agit du permis de pollution atmosphérique le plus important jamais accordé aux États-Unis, selon le Texas Tribune, qui rapportait en juillet que cette autorisation équivaut à près de 5 % des émissions annuelles totales de gaz à effet de serre du Canada.
Ce chiffre importe même si les centrales électriques fonctionnent rarement à leur plafond autorisé. Si l’installation approchait un jour de sa limite, sa production annuelle de CO2 dépasserait celle de la plus grande centrale à charbon des États-Unis, Plant Bowen, en Géorgie, ce qui en ferait le premier émetteur individuel de pollution climatique du pays. Les documents réglementaires examinés par The New York Times décrivent le même scénario.
Hors réseau, au gaz
La déclaration d’Amazon sur le projet met l’accent sur l’autosuffisance : l’électricité proviendra de nouvelles capacités de production construites sur le terrain lui-même, épargnant aux foyers texans tout impact sur leurs factures, selon la version de l’entreprise, avec une conception destinée à basculer vers un service raccordé au réseau lorsque les délais d’interconnexion le permettront. Amazon présente cet arrangement comme un moyen de payer l’intégralité du coût de sa propre demande d’électricité plutôt que de le répercuter sur les consommateurs.
La construction est déjà visible depuis l’espace. Les images satellites examinées par Cleanview le 24 juillet montrent des travaux de défrichement en cours sur le site, et Amazon a déposé trois permis de construire auprès des autorités réglementaires de l’État pour des structures de data centers. L’entreprise affirme que le campus créera des milliers d’emplois.
La question de l’eau fait aussi partie de l’argumentaire. Amazon indique que l’installation utilisera des eaux souterraines saumâtres impropres à la consommation humaine ou à l’irrigation des cultures, des systèmes de refroidissement conçus pour consommer le moins d’eau possible et, potentiellement, des eaux produites par les opérations pétrolières et gazières comme source secondaire non potable. Pacifico, de son côté, a présenté des projets allant jusqu’à 750 mégawatts de solaire sur site et 1,8 gigawatt de stockage par batteries à GW Ranch.
La demande d’IA derrière ce projet
Le projet est une réponse directe à la pénurie de puissance de calcul. Lors de la conférence téléphonique avec les investisseurs du 30 juillet, le directeur général Andy Jassy a indiqué qu’AWS avait connu au dernier trimestre une croissance plus rapide qu’au cours de l’un quelconque des dix-huit précédents, portée par les charges de travail d’IA. Il a ajouté que la demande de puissance de calcul de l’entreprise dépasse ce qu’elle peut actuellement fournir, un déficit qui devrait persister une bonne partie de l’année prochaine.
GW Ranch marque aussi un tournant stratégique : c’est le premier projet de ce type pour Amazon. L’entreprise a historiquement alimenté ses installations via les réseaux traditionnels et fait valoir environ 10 gigawatts de capacités sans carbone déjà engagées au Texas dans 40 projets distincts. Sa prochaine initiative pourrait suivre la même méthode : le 6 août, Amazon a reconnu des discussions avec l’équipe à l’origine d’une centrale à gaz de 4,5 gigawatts prévue sur l’ancien site charbonnier de Homer City, en Pennsylvanie.
Un modèle pour l’industrie
Amazon est loin d’être seule. Selon le suivi de Cleanview, près de 60 projets de centrales à gaz hors réseau ont été annoncés depuis le début de 2025, pour une capacité cumulée d’environ 90 gigawatts. Microsoft et Chevron construisent un campus hors réseau de 2 gigawatts à quelque 48 km (30 miles) à l’ouest de GW Ranch ; le complexe Abilene de Stargate étend sa propre flotte de turbines. Le Texas compte désormais plus de 80 gigawatts de centrales à gaz dans son pipeline de construction, plus que tout autre pays à l’exception de la Chine, et environ la moitié de cette capacité est dédiée aux data centers, selon Global Energy Monitor.
Cette vague entre en collision directe avec les engagements climatiques. Amazon reste signataire du Climate Pledge, son objectif de zéro émission nette d’ici à 2040, alors même que ses émissions totales ont augmenté au rythme du déploiement de l’IA. L’analyse de Cleanview est sans détour sur la tension : un permis de cette taille repousse ces objectifs encore plus hors de portée, quelles que soient les intentions déclarées de l’entreprise.
Le Texas, de son côté, tente de concilier ce boom avec sa politique. En juin, le gouverneur Greg Abbott a chargé les autorités réglementaires de l’État de facturer aux développeurs de data centers les modernisations du réseau déclenchées par leurs projets, tout en protégeant les foyers des hausses de tarifs qui en résultent. Le modèle GW Ranch, qui consiste à produire sur site et à se raccorder plus tard, est à bien des égards la réponse de l’industrie à cette pression. Savoir si c’est une réponse que le climat peut absorber est une autre question.
Traduit par Lydie

