Le Tigre au pouvoir : le président novice de la Colombie porte la lutte jusque dans les champs de coca

Le nouveau président de la Colombie a 48 ans, il est avocat de formation, novice en politique par l’expérience, et il se fait appeler le Tigre. Abelardo de la Espriella a prêté serment vendredi à Cali, dans le Sud-Ouest instable du pays, sous haute sécurité, et a prononcé son premier discours devant un parterre de soldats. Son message, répété depuis, est une promesse de force : bombarder les camps narco-terroristes, détruire les plants de coca et éliminer tout bandit qui refuserait de se rendre. Il a prévenu que ceux qui ne se soumettraient pas seraient éliminés et que personne ne pourrait dire qu’il n’avait pas été averti.

Le chemin du Tigre vers la présidence passe par la salle d’audience, et non par la campagne électorale. Espriella a bâti sa fortune comme avocat de la défense, avec une clientèle qui comptait des paramilitaires liés au trafic de drogue, des footballeurs et des escrocs. Il est entré tardivement en politique, a fait campagne sur un programme d’ordre et de sécurité, et a remporté l’élection en juin avec le soutien de Donald Trump, qui a prédit une bien meilleure relation avec la Colombie sous son nouveau dirigeant. Il possède la double nationalité américaine, ce qui attire l’attention dans un pays qui garde une longue mémoire de l’intervention des États-Unis, et il a fait du salut militaire sa marque de fabrique.

Son programme se lit comme une liste de tout ce que son prédécesseur, Gustavo Petro, n’a pas fait. Là où Petro a ouvert des pourparlers de paix avec les groupes armés, Espriella exclut toute négociation et promet une répression. Là où Petro s’est heurté à Washington et a critiqué Israël, Espriella recherche une alliance stratégique avec les deux. Il a promis dix méga-prisons, un programme économique ultralibéral assorti de profondes coupes budgétaires, et un retour aux valeurs sociales conservatrices, centrées sur la famille et le catholicisme. Le pays dont il hérite est le premier producteur mondial de cocaïne, avec plus de 330 000 hectares cultivés en coca, et il a affirmé que l’éradication commencerait par les plants eux-mêmes, la source de la violence qu’il s’est engagé à faire cesser.

La cérémonie elle-même a rompu avec tous les précédents. Le serment n’a pas été administré par les officiels habituels de Bogota, mais par le président du Sénat, dans le théâtre d’une université privée de Cali, après que le Congrès a voté le déplacement de l’investiture vers l’ouest. Le vice-président entré en fonction à ses côtés, Jose Manuel Restrepo, a apporté son propre poids au ticket présidentiel. Le cadre a été choisi délibérément : Cali se trouve à proximité des territoires où opèrent les groupes armés qu’il a juré d’écraser, et la cérémonie a envoyé le message que le nouveau gouvernement ira au combat plutôt que d’attendre qu’il vienne jusqu’à la capitale.

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La couverture française de son arrivée, et les reportages en anglais qui ont suivi, s’accordent sur l’essentiel mais divergent sur l’interprétation. Certains voient un homme fort doté d’un plan ; d’autres voient un novice au tempérament colérique, protégé derrière une vitre blindée, dont le style conflictuel pourrait approfondir les divisions d’un pays déjà polarisé. Les invités de son investiture racontaient leur propre histoire : le président de l’Argentine, des dirigeants conservateurs venus de toute la région et le patron du football mondial étaient tous à Cali, un rassemblement qui ressemblait moins à une cérémonie nationale qu’à une réunion de la droite de l’hémisphère.

Le véritable test n’est pas la rhétorique, mais la guerre qu’il a promise. Les groupes armés de Colombie ont survécu à un demi-siècle de campagnes menées contre eux, ont vu passer des gouvernements de tous bords, et connaissent le terrain bien mieux que n’importe quel avocat fraîchement assermenté. Les États-Unis ont promis un milliard de dollars de soutien, et Washington a décrit la nouvelle ère des relations dans des termes qui correspondent à ceux d’Espriella. Que la guerre du Tigre brise l’économie de la drogue ou se contente de l’alimenter, que la promesse de la force mette fin à la violence ou s’y ajoute, c’est la question à laquelle sa présidence apportera une réponse. Le discours est terminé. Le bombardement des champs de coca, s’il doit venir, n’a pas encore commencé.

Traduit par Lydie

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