Drones, inspecteurs, logiciels : la contre-attaque de Pékin contre Washington

La Chine a répondu mercredi aux mesures commerciales de Washington par un ensemble de mesures visant les segments de la relation technologique où elle dispose d’un rapport de force, et cette liste montre comment les deux économies se battent désormais avec leurs systèmes industriels plutôt qu’avec leurs barèmes tarifaires.

Le ministère du Commerce a interdit aux organisations chinoises et à leurs ressortissants tout rapport avec six entités américaines, dont Applied DNA Sciences et l’organisation Human Rights in China. Il a par ailleurs interdit à Compliance Testing LLC, une société américaine, d’opérer en Chine pour avoir travaillé avec la Commission fédérale des communications d’une manière qui, selon lui, portait atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la Chine. Il a ordonné un examen au cas par cas des exportations de drones vers les États-Unis, y compris les composants et les technologies qui les sous-tendent. Il a ouvert un examen de sécurité des logiciels d’impression et des outils bureautiques achetés à l’étranger. Et le régulateur des marchés a retiré aux entreprises américaines le droit d’effectuer les inspections d’usine de suivi pour la certification CCC, obligeant les fabricants américains d’électronique à recruter des auditeurs hors des États-Unis.

Les déclencheurs n’avaient rien de mystérieux. Washington a interdit en décembre dernier l’importation de drones chinois, puis a révisé la règle pour autoriser certains modèles, et a interdit la semaine dernière l’importation de nouveaux robots humanoïdes et d’onduleurs de puissance fabriqués à l’étranger, ce qui revient à un embargo technologique visant Pékin. La décision de Washington a également été prise en vertu de sa loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act), qui interdit les marchandises produites avec du travail forcé, et 43 entreprises chinoises supplémentaires ont été ajoutées à sa liste d’entités. Chaque mesure offrait une prise à Pékin, et Pékin les a toutes utilisées.

La déclaration du ministère du Commerce était à la fois prudente et menaçante. Le ministère y affirmait que les actions américaines violaient gravement le consensus important dégagé par les deux chefs d’État et portaient gravement atteinte aux droits et intérêts légitimes de la Chine, et que la Chine n’avait d’autre choix que de prendre les contre-mesures nécessaires en réponse. Il exhortait Washington à abandonner ses mesures et à mettre fin à ce qu’il qualifiait de pratiques erronées, et avertissait que de nouvelles sanctions suivraient de nouvelles restrictions.

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La règle sur les drones mérite l’attention au-delà du symbolisme. La Chine domine le marché civil des drones, et les consommateurs, les entreprises et les agences américains dépendent des pièces et des appareils finis chinois. Un examen au cas par cas n’est pas une interdiction ; c’est un robinet que Pékin peut actionner à volonté. La règle de certification fonctionne de la même manière : elle augmente discrètement le coût de la vente d’électronique en Chine. Ce sont des mesures conçues pour se faire sentir dans les conseils d’administration américains et dans les bilans américains, et pas seulement dans les comptes rendus diplomatiques.

La liste des cibles comporte aussi un élément inédit. Riposter contre un groupe de défense de droits comme Human Rights in China n’est pas une pratique courante de guerre commerciale ; cela indique que Pékin considère la campagne de pression américaine comme autant politique que commerciale, et qu’il y répondra de la même manière. L’inclusion d’une ONG parmi les entités interdites est un avertissement selon lequel aucun segment de l’écosystème américano-chinois n’est à l’abri.

Le contexte politique donne tout son sens au calendrier. Le président Xi Jinping est attendu à Washington en septembre, et les deux présidents se sont rencontrés à Pékin en mai, avec des discours publics sur le réchauffement des relations. Les contre-mesures sont, entre autres, une manière de fixer les conditions de cette visite : Pékin peut se présenter à la rencontre de septembre avec de nouvelles mesures en main et l’avertissement que d’autres sont disponibles.

Rien de tout cela n’est nouveau dans son principe. Ce qui est nouveau, c’est l’éventail des instruments. Sanctions, examens des exportations, règles de certification, enquêtes sur les logiciels : la boîte à outils s’élargit à chaque round, et chaque camp dispose désormais d’une échelle d’escalade bâtie sur les dépendances de l’autre. La guerre commerciale a cessé d’être une affaire de droits de douane pour devenir une guerre de systèmes industriels, menée avec des inspecteurs et des audits de logiciels autant qu’avec des droits. Chaque round durcit aussi les présupposés des deux camps : Washington suppose que Pékin répondra toujours de la même manière, Pékin suppose que Washington continuera d’élargir ses listes, et aucune de ces suppositions n’est mise à l’épreuve tant qu’un camp ne décide pas de cesser d’escalader. La rencontre de septembre se tiendra sur une liste de griefs plus longue que celle que les deux présidents ont discutée en mai.

Traduit par Lydie

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