37 820 femmes enceintes sur le chemin d’Ebola, et une réponse d’un milliard de dollars qui les ignore

L’épidémie d’Ebola dans l’est du Congo est la plus rapide jamais enregistrée, et elle frappe les femmes avec une cruauté particulière : presque chaque grossesse touchée par le virus se solde par la mort du fœtus. Les moyens de prévenir ces grossesses existent et sont bon marché. Une petite partie d’entre eux est déjà achetée et payée, et dort dans un entrepôt en Belgique. Les États-Unis dépensent près d’un milliard de dollars pour combattre l’épidémie. Ils n’expédient pas les contraceptifs.

C’est ce que dénonce une lettre que deux sénatrices américaines ont adressée cette semaine au secrétaire d’État Marco Rubio. Jeanne Shaheen, la démocrate la plus haut placée de la commission des relations étrangères du Sénat, et Lisa Murkowski, républicaine de l’Alaska, demandent au département d’État trois choses : débloquer les 608 millions de dollars que le Congrès a alloués à la planification familiale internationale pour l’exercice budgétaire en cours, distribuer pour 1,7 million de dollars de fournitures de planification familiale déjà achetées et entreposées à Geel, en Belgique, qui seront sinon détruites, et accorder une exemption humanitaire afin que le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) puisse mener ses programmes de santé reproductive dans les zones touchées.

Les chiffres de la lettre sont sans appel. Ebola pendant la grossesse entraîne un taux de perte fœtale de près de 100 % et un risque catastrophique de mortalité maternelle par hémorragie. Dans la région touchée, on estime à 642 000 le nombre de femmes en âge de procréer, et environ 37 820 sont enceintes. Lors de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest de 2014-2016, la mortalité maternelle a augmenté d’environ 75 %, en partie parce que les femmes enceintes évitaient les centres de santé par peur d’y attraper le virus. Ce schéma se répète, et le conflit dans l’Ituri et le Nord-Kivu aggrave la situation : les déplacements, les violences basées sur le genre et le sexe de survie propagent le virus dans une population déjà en mouvement.

L’épidémie dépasse tous les précédents. Causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, elle a infecté plus de 3 300 personnes et en a tué plus de 1 400 en RDC, selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Elle a dépassé les 1 000 cas confirmés dans les 40 jours suivant l’activation de la riposte ; l’épidémie de 2018 au Nord-Kivu avait mis environ 235 jours pour atteindre ce seuil. C’est désormais la troisième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée. L’Ouganda, qui a accueilli des cas en provenance du Congo, s’est déclaré exempt de la maladie le 28 juillet. La RDC est loin d’en avoir fini.

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L’argument des sénatrices est que la planification familiale n’est pas une question secondaire de la riposte à Ebola ; c’est la riposte, pour les femmes des zones touchées. Les préservatifs bloquent la transmission. Les contraceptifs préviennent les grossesses qui se terminent par une mortinaissance ou une mort maternelle. Les soins post-viol répondent à la violence sexuelle qui est l’un des moteurs de l’épidémie. Les médicaments anti-hémorragiques traitent les saignements qui tuent les mères. L’UNFPA travaille déjà dans 29 zones de santé en RDC et en Ouganda, l’argent pourrait donc être mobilisé immédiatement, sans qu’il soit nécessaire de construire de nouveaux systèmes.

La Maison-Blanche n’a pas répondu publiquement à la lettre. La demande s’inscrit dans un schéma familier : de l’argent alloué par le Congrès, une riposte qui coûte déjà près d’un milliard de dollars, et un fossé là où la politique de l’administration rencontre les besoins de l’épidémie. Les sénatrices ont écrit que l’investissement dans la planification familiale volontaire est rationnel sur le plan budgétaire en plus d’être moralement urgent.

L’épidémie finira par s’éteindre. La question est de savoir combien des 37 820 femmes enceintes seront encore debout à ce moment-là. Les fournitures sont en Belgique. L’argent est dans le budget. Ce qui manque, c’est l’ordre de les faire bouger.

Traduit par Lydie

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