Caché à la vue de tous : l’échographie détecte l’apnée du sommeil chez les personnes qui ne correspondent pas au profil type

Une équipe du National Taiwan University Hospital a démontré qu’un appareil d’échographie tenu par une machine peut détecter une apnée obstructive du sommeil modérée à sévère chez des personnes qui ignorent totalement en souffrir. Dans une étude prospective portant sur 1 101 adultes se présentant pour un bilan de santé de routine, l’examen a identifié des cas d’apnée du sommeil chez des individus ayant un indice de masse corporelle normal, un faible score de somnolence diurne et aucune plainte de ronflement. Bon nombre de ces personnes présentaient ce que les auteurs appellent une AOS infraclinique : un affaissement des voies aériennes suffisamment grave pour produire des scores anormaux à l’indice d’apnée-hypopnée, mais assez léger pour que la personne n’ait jamais consulté à ce sujet.

Ce qu’ils ont découvert

L’étude a recruté des participants entre mai 2020 et novembre 2022 au Health Management Center du National Taiwan University Hospital. Chaque personne a subi une échographie sous-mentale standardisée utilisant un transducteur tenu par une machine guidé par un faisceau laser pour aligner la position de la tête. L’appareil, autorisé par la Food and Drug Administration américaine, a réalisé un balayage sectoriel automatisé de 30 degrés des régions rétropalatine, oropharyngée et rétroglossique. Le logiciel a mesuré l’observabilité des voies aériennes supérieures et la largeur de la lumière aérienne visible pendant la respiration normale et sous la pression négative d’une manœuvre de Müller.

Sur les 1 101 participants (52 % d’hommes), l’échographie a classé 323 personnes comme à haut risque, 277 comme à risque moyen et 501 comme à faible risque d’AOS modérée à sévère. Dans le groupe à haut risque, 97 ont subi une polysomnographie nocturne de confirmation. La valeur prédictive positive pour toute AOS (IAH de 5 ou plus) était de 94,8 %. Pour l’AOS modérée à sévère (IAH de 15 ou plus), la VPP était de 72,2 %. Lorsque l’analyse s’est concentrée sur l’IAH en position dorsale, la VPP pour un IAH dorsal de 15 ou plus a atteint 82,5 %.

Une analyse en sous-groupe des patients confirmés atteints d’AOS a révélé une histoire plus frappante. Parmi les 44 participants atteints d’AOS mais avec un IMC inférieur à 27, l’IAH médian était de 22,4 et l’IAH médian en position dorsale de 30,9. Près de la moitié de ces participants non obèses souffraient d’AOS sévère. Leurs niveaux de désaturation en oxygène ne différaient pas significativement de ceux des 48 participants obèses, ce qui signifie que le groupe non obèse était cliniquement tout aussi compromis. Ils étaient cependant plus âgés (médiane de 59 ans contre 55 ans) et avaient un tour de cou plus petit.

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Fait crucial, l’ensemble de la cohorte présentait de faibles scores à l’échelle de somnolence d’Epworth. Le score moyen d’ESS dans le groupe à haut risque était de 4,0 plus ou moins 4,0, bien en dessous du seuil qui déclenche habituellement une orientation vers une clinique du sommeil. Ces personnes ne se plaignaient pas de fatigue. Elles se présentaient à un bilan de santé annuel standard sans aucun problème de sommeil en tête.

Pourquoi c’est important

La plupart des protocoles de dépistage de l’apnée du sommeil reposent sur l’obésité et la somnolence diurne comme critères d’entrée. STOP-BANG et l’échelle d’Epworth sont sensibles mais pas spécifiques : ils détectent la plupart des cas mais génèrent aussi de nombreux faux positifs. Plus important encore, ils ne détectent pas le patient mince, bien reposé et discrètement hypoxique pendant la nuit. La présente étude suggère que l’AOS infraclinique pourrait être plus courante dans la population générale qu’on ne le supposait auparavant, en particulier dans les populations asiatiques où l’apnée du sommeil a tendance à se développer à des IMC plus faibles que dans les cohortes occidentales.

L’appareil d’échographie ajoute une couche d’évaluation anatomique que les questionnaires ne peuvent pas fournir. En visualisant directement si les voies aériennes supérieures sont observables et à quel point elles se rétrécissent sous pression négative, le test fournit une base objective pour la stratification du risque. Les auteurs positionnent l’outil comme une modalité de dépistage de première intention qui pourrait être utilisée en complément ou immédiatement après le dépistage par questionnaire dans les centres de gestion de la santé, repérant les personnes qui autrement seraient renvoyées chez elles rassurées.

Limites

L’étude n’a inclus que des participants asiatiques, et les seuils d’IMC utilisés (surpoids à 24, obésité à 27) reflètent les définitions de l’autorité sanitaire nationale taïwanaise. Ces seuils diffèrent des normes de l’Organisation mondiale de la santé pour les populations blanches, hispaniques et noires. Le groupe à risque moyen était petit (seulement 8 des 277 ont subi une PSG), et aucun participant à faible risque n’a subi de test de confirmation, ce qui introduit un biais de sélection. La manœuvre de Müller réalisée chez un patient éveillé est un proxy imparfait de l’affaissement des voies aériennes lié au sommeil. Les auteurs notent également que l’appareil évalue l’anatomie statique, et non la physiologie dynamique de la respiration nocturne, et qu’il complète donc plutôt qu’il ne remplace la polysomnographie ou l’endoscopie du sommeil induite par médicaments.

Conclusion

Le dépistage échographique des voies aériennes supérieures peut détecter une apnée du sommeil modérée à sévère chez des individus asymptomatiques et non obèses que les outils de dépistage standard ne détecteraient pas. Pour les centres de gestion de la santé qui organisent déjà des bilans annuels, l’ajout d’une échographie de cinq minutes pourrait identifier une population cachée à risque.

Source

Hsieh DL, Tseng PH, Chiu HM, Lee PL, Chen A, Hsu WC. Efficacy of Upper Airway Ultrasonography in Detecting Obstructive Sleep Apnea in the General Population. Respir Med. 2026 Jul 25:109042. DOI: 10.1016/j.rmed.2026.109042. PMID: 42501873.

Traduit par Lydie

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