La stimulation cérébrale profonde du pulvinar préserve l’architecture du sommeil dans l’épilepsie pharmacorésistante

Environ un tiers des personnes épileptiques continuent d’avoir des crises malgré la prise de médicaments. Pour beaucoup d’entre elles, la stimulation cérébrale profonde (SCP) offre une issue, des électrodes implantées profondément dans le cerveau délivrent de petites impulsions électriques qui apaisent la tempête neuronale. Mais la cible chirurgicale la plus courante, une structure appelée noyau antérieur du thalamus (NAT), comporte un compromis ironique : elle aide à contrôler les crises pendant la journée, mais elle peut perturber le sommeil dont le cerveau a besoin pour récupérer la nuit.

Une étude préliminaire publiée le 23 juillet dans le Journal of Neurology suggère qu’il pourrait exister une meilleure option. Des chercheurs en France et en Italie ont comparé les résultats du sommeil chez des patients recevant une SCP ciblant le pulvinar (PuM), un grand noyau à l’arrière du thalamus, seul ou en combinaison avec la stimulation du NAT. Le signal précoce est frappant : le pulvinar semble préserver l’architecture du sommeil, tandis que la stimulation du NAT, même lorsqu’elle est délivrée simultanément, la fragmente.

Ce qu’ils ont découvert

L’équipe dirigée par Pietro Mattioli à l’hôpital APHM Timone de Marseille a analysé cinq nuits de polysomnographie chez trois patients atteints d’épilepsie pharmacorésistante, chacun implanté avec des électrodes de SCP bilatérales ciblant le pulvinar, le noyau antérieur du thalamus, ou les deux.

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Le cas le plus instructif était celui du Patient 1, qui a été enregistré pendant trois nuits consécutives sous différentes configurations de SCP : NAT et pulvinar tous deux actifs (NAT+/PuM+), NAT actif avec pulvinar désactivé (NAT+/PuM-), puis les deux à nouveau actifs. Cette conception intra-sujet a permis aux chercheurs d’isoler l’effet de chaque cible sur le sommeil.

Lorsque le stimulateur du pulvinar était éteint, ne laissant que la stimulation du NAT, l’architecture du sommeil du patient se dégradait notablement. La perturbation était plus prononcée dans la dernière partie de la nuit, pendant le dernier cycle de sommeil NREM, où la puissance delta normalisée, un marqueur du sommeil profond et réparateur, diminuait significativement par rapport à la nuit où les deux cibles étaient actives.

Les deux patients sous SCP pulvinar seul (l’un recevant une stimulation cyclique, l’autre continue) racontaient une histoire différente. Leur structure de sommeil était préservée. L’efficacité du sommeil restait normale et la puissance delta était plus élevée au cours de la nuit par rapport aux périodes de stimulation du NAT. En bref, la stimulation du pulvinar ne semblait pas interférer du tout avec la machinerie naturelle du sommeil du cerveau.

Pourquoi c’est important

Les perturbations du sommeil sont l’une des plaintes les plus courantes et les plus sous-traitées dans l’épilepsie. Les patients atteints d’épilepsie pharmacorésistante doivent déjà faire face aux réveils liés aux crises, aux effets sédatifs des médicaments antiépileptiques et au fardeau psychologique d’une maladie neurologique chronique. Ajouter une perturbation iatrogène du sommeil due à un traitement censé les aider aggrave le problème.

Le noyau antérieur du thalamus est devenu la cible dominante de la SCP pour l’épilepsie après l’essai fondateur SANTE, publié en 2010, qui a montré que la stimulation bilatérale du NAT réduisait la fréquence des crises d’environ 40 pour cent à un an et de près de 70 pour cent à cinq ans. Mais l’essai SANTE a également documenté ce que les cliniciens soupçonnaient depuis longtemps : la SCP-NAT peut fragmenter le sommeil, probablement parce que le noyau se trouve à un carrefour des circuits veille-sommeil du cerveau. Le thalamus antérieur a des connexions réciproques denses avec l’hippocampe, le cortex cingulaire et le réseau du mode par défaut, qui oscillent tous entre les états de sommeil et d’éveil.

Le pulvinar, en revanche, est principalement un relais visuel et associatif. Il achemine les informations entre les régions corticales plutôt que de réguler l’éveil. Si les premiers résultats se confirment, il pourrait offrir un moyen de dissocier le contrôle des crises des perturbations du sommeil, une séparation qui s’est avérée difficile avec la stimulation du NAT seule.

« Les patients sous SCP-PuM seule avaient une structure de sommeil préservée et une efficacité de sommeil normale, avec une puissance delta normalisée plus élevée par rapport à la stimulation du NAT », notent les auteurs. Pour une population de patients dont le sommeil réparateur est déjà fragile, préserver la puissance delta n’est pas un détail mineur. C’est la différence entre se réveiller reposé et se réveiller épuisé.

Limites

L’étude est petite, trois patients, cinq nuits, et les auteurs sont francs quant à son caractère préliminaire. La comparaison intra-sujet chez le Patient 1 est suggestive mais ne peut exclure une variabilité d’une nuit à l’autre sans lien avec les paramètres de stimulation. L’échantillon ne comprend que des patients atteints d’épilepsie pharmacorésistante, les résultats pourraient donc ne pas être généralisables à d’autres indications de la SCP. Des enregistrements plus longs et des cohortes plus larges seront nécessaires pour confirmer si la stimulation du pulvinar préserve de manière fiable l’architecture du sommeil sur des mois et des années de traitement.

En résumé

Pour les patients épileptiques dont les crises ne sont pas contrôlées par les médicaments, la SCP est une option éprouvée, mais le choix de la cible importe au-delà de la réduction des crises. Ces premières données suggèrent que le pulvinar pourrait offrir le bénéfice thérapeutique de la stimulation thalamique sans l’effet secondaire perturbateur du sommeil qui a entaché la SCP-NAT pendant plus d’une décennie. Si elles sont reproduites dans des études plus vastes, ces découvertes pourraient orienter la pratique chirurgicale vers une cible qui traite les crises et permet aux patients de dormir toute la nuit.

Source

Mattioli P, Akyol Gurses A, Simula S, Carron R, Bartolomei F, Lambert I, Pizzo F. Effects of pulvinar and combined pulvinar/anterior thalamic deep-brain stimulation on sleep: preliminary results. J Neurol. 2026 Jul 23;273(8):484. doi: 10.1007/s00415-026-14012-8. PMID: 42493672.

Traduit par Lydie

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