La Grèce commande le « Bouclier d’Achille » à Israël dans un virage majeur de sa défense

Athènes approuve officiellement le plus important marché de défense de l’histoire grecque, signant des contrats pour un système de défense aérienne multicouche construit autour de la technologie israélienne, un pari de 4 milliards de dollars appelé « Bouclier d’Achille ».

Le ministre de la Défense Nikos Dendias annonce jeudi que le conseil de sécurité du pays, le KYSEA, approuve des contrats pour un système complet anti-balistique, antiaérien et anti-drone utilisant des radars et des intercepteurs israéliens de Rafael Advanced Defense Systems et Israel Aerospace Industries. Le système devrait être pleinement opérationnel d’ici 35 mois.

« C’est la refonte la plus importante de la posture de défense aérienne de la Grèce depuis des décennies », déclare Dendias aux journalistes à Athènes.

Cette décision marque un tournant stratégique décisif. La Grèce exploite actuellement un ensemble hétéroclite de batteries Patriot américaines vieillissantes et de systèmes russes S-300, ces derniers représentant un passif de plus en plus difficile à gérer alors que les politiques de l’UE et de l’OTAN renforcent les restrictions sur les équipements militaires russes. Le Bouclier d’Achille remplacera ces systèmes obsolètes par des unités israéliennes SPYDER à courte portée, des intercepteurs Barak MX à moyenne portée et des missiles SkyCeptor pour l’échelon longue portée.

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Au moins 25 % du système sera produit par des entreprises grecques, une condition qui reflète l’acquisition par Israel Aerospace Industries en 2023 du groupe de défense grec Intracom Defense et l’intégration industrielle croissante entre les deux pays.

L’approbation va au-delà de la défense aérienne. La Grèce signe également pour trois avions de transport militaire Embraer C-390, dix mini-sous-marins britanniques VICTA pour les opérations spéciales, des drones américains V-BAT et des véhicules aériens sans pilote israéliens Heron.

La Grèce consacre près de 3,5 % de son PIB à la défense, une part plus élevée que la plupart des membres de l’OTAN, principalement en raison de son différend de longue date avec la Turquie. Les deux pays, tous deux membres de l’OTAN, sont plusieurs fois proches d’un conflit ouvert concernant les frontières maritimes, les droits énergétiques en Méditerranée orientale et le statut des îles de la mer Égée.

Le contexte plus large compte. Athènes prévoit de dépenser environ 28 milliards d’euros d’ici 2036 pour moderniser ses forces armées, y compris l’achat de jusqu’à 40 chasseurs F-35 américains et de frégates françaises et italiennes. Le seul contrat du Bouclier d’Achille vaut jusqu’à 3,5 milliards d’euros.

Pour Israël, cet accord consolide sa position de partenaire privilégié de la Grèce en matière de défense. Les deux pays exploitent déjà un centre d’entraînement aérien conjoint sur le territoire grec, organisent des exercices militaires annuels et coopèrent sur les systèmes anti-drone et la cybersécurité. L’année dernière, Athènes a acheté 36 systèmes d’artillerie roquette israéliens pour environ 650 millions d’euros.

Pour l’OTAN, le virage de la Grèce vers les systèmes israéliens crée une question pratique : alors que l’un des piliers sud-est de l’alliance déplace sa chaîne d’approvisionnement des systèmes américains et russes vers du matériel israélien, dans quelle mesure son réseau de défense restera-t-il interopérable avec le reste de l’alliance ? Les Grecs affirment que les systèmes sont « aux normes de l’OTAN ». L’avenir dira si cette affirmation se vérifie lors d’un exercice conjoint, ou lors d’un véritable combat.

Traduit par Lydie

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