La Chine commence à faire valoir sa « juridiction » dans la zone économique exclusive du Japon

En juin, un navire des garde-côtes chinois est entré dans la zone économique exclusive du Japon au sud de l’île de Yonaguni, a été interpellé par les garde-côtes japonais et a répondu par deux mots jamais utilisés auparavant dans ce contexte : « patrouille de routine ».

Cet échange, rapporté par le secrétaire général du Cabinet japonais, Minoru Kihara, marque une nouvelle phase dans la pression maritime que Pékin exerce sur Tokyo. Les garde-côtes chinois ne se sont pas contentés de traverser la zone. Ils ont affirmé l’« exercice de la juridiction » chinoise, appuyé par le droit interne chinois, dans des eaux que le droit international reconnaît comme la zone économique exclusive du Japon.

Depuis lors, la Chine a également mené des « recherches scientifiques marines », des travaux de relevé, dans la même zone sans le consentement du Japon.

Toutes les revendications ne se valent pas en droit

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L’analyse juridique, présentée par le professeur Tsuruta Jun de l’université Meiji Gakuin dans The Diplomat, est nuancée mais accablante par endroits.

La recherche scientifique marine constitue une violation claire de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Les États côtiers ont compétence sur ces recherches dans leur ZEE. La Chine n’a pas demandé. Elle n’a pas informé. Elle l’a simplement fait.

Les patrouilles des garde-côtes chinois sont juridiquement plus complexes. Selon la CNUDM, les autres États conservent la liberté de navigation dans la ZEE d’un État côtier, ce droit équivaut à la liberté de haute mer. Mais ils doivent tenir « dûment compte » des droits de l’État côtier, y compris ses droits souverains sur les ressources naturelles.

La question est de savoir si une patrouille des garde-côtes chinois qui revendique la « juridiction » chinoise sur la ZEE du Japon franchit la ligne entre navigation et quelque chose de plus. Le droit ne définit pas clairement cette frontière, et Pékin exploite cette ambiguïté.

Le déclencheur : les discussions Japon-Philippines

Pourquoi maintenant ? La cause immédiate est claire. Le Japon et les Philippines ont convenu d’entamer des négociations de délimitation maritime le mois dernier. La zone en discussion couvre les eaux à l’est de Taïwan, que Pékin revendique comme son propre territoire, bien qu’il n’y exerce aucun contrôle.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré le 9 juin que ces négociations « constituent une violation grave de la CNUDM et d’autres lois internationales » et « portent gravement atteinte aux droits et intérêts maritimes de la Chine ». Les patrouilles des garde-côtes chinois sont le bras armé de cette protestation.

La stratégie : le fait accompli

Ce qui se passe est une approche chinoise bien connue, largement documentée en mer de Chine méridionale. Pékin passe des revendications aux activités concrètes, patrouilles, relevés, opérations d’escorte, et laisse l’accumulation de faits sur l’eau créer une nouvelle réalité. Au moment où l’autre partie répond formellement, la ligne de base a déjà été déplacée.

Dans ce cas, les garde-côtes chinois ont commencé à escorter des navires publics chinois dans la ZEE du Japon, selon des données de suivi maritime analysées par Kyodo News. NHK a rapporté que des navires des garde-côtes chinois ont contacté par radio les garde-côtes japonais en revendiquant explicitement la juridiction chinoise, une première.

Le choix du Japon

Tokyo a protesté à plusieurs reprises et qualifié ces actions d’« inacceptables ». Le secrétaire général Kihara a confirmé que le Japon a déposé des plaintes officielles par les voies diplomatiques.

Mais protester n’est pas une stratégie. L’analyse de The Diplomat recommande au Japon d’examiner attentivement le contenu spécifique des patrouilles des garde-côtes chinois, leur objectif, les lois nationales appliquées, et d’élaborer une réponse cohérente. C’est un langage diplomatique pour dire : vous devez décider quoi faire, car le statu quo se déplace sous vos pieds.

Les options ne sont pas bonnes. Une confrontation navale directe est dangereuse. Intensifier la pression diplomatique risque d’exposer les divisions au sein même de la position japonaise. Accepter la nouvelle réalité signifie regarder la Chine intégrer la ZEE du Japon dans sa sphère d’influence, une patrouille à la fois.

Le Japon a déjà formulé des réponses à la pression maritime chinoise. Il en a rarement élaboré une qui ait fonctionné.

Traduit par Lydie

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