L’accord nucléaire saoudien isole Israël et bouleverse des décennies de politique américaine au Moyen-Orient

L’accord de coopération nucléaire de l’administration Trump avec l’Arabie saoudite n’est pas simplement un mauvais accord de non-prolifération. C’est un document de politique étrangère qui abandonne deux exigences américaines de longue date à la fois, et les réactions d’Israël et du Congrès suggèrent que l’administration a peut-être mal calculé son coup.

L’exigence de normalisation, abandonnée

Pendant des années, la position standard des États-Unis était que l’Arabie saoudite ne pouvait obtenir une technologie nucléaire civile qu’après avoir normalisé ses relations avec Israël. C’était le cadre des accords d’Abraham étendu à sa conclusion logique : la paix contre la coopération.

Le nouvel accord abandonne complètement cette exigence.

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L’administration Trump affirme que la logique stratégique a changé. Les États-Unis sont en guerre avec l’Iran. Maintenir l’Arabie saoudite dans l’orbite américaine, et hors de celle de la Chine, importe plus que d’obtenir des concessions de normalisation que Riyad n’a jamais été prêt à accorder dans un délai imparti. Chris Wright, le secrétaire à l’Énergie, qui doit signer officiellement l’accord mercredi, déclare qu’il « respecte les normes les plus élevées en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération ».

Yusuf Can, expert du Moyen-Orient chez Amena Strategies, résume le raisonnement de l’administration sans détour : « Les pays du Moyen-Orient veulent développer leurs infrastructures nucléaires et ils le feront même si les États-Unis ne sont pas impliqués. Washington reconnaît à ce stade que… les États-Unis disent essentiellement : vous n’avez pas à travailler avec la Chine. Vous pouvez travailler avec nous. »

L’alarme israélienne, et son silence

L’accord atterrit en Israël comme un coup de semonce.

Avigdor Lieberman, l’ancien ministre israélien de la Défense et membre actuel de la Knesset, écrit sur les réseaux sociaux qu’« un programme nucléaire civil en Arabie saoudite mènera à une course aux armements insensée dans tout le Moyen-Orient ».

Son choix de mots est précis. « Insensée » n’est pas une hyperbole ici. Israël s’est longtemps appuyé sur son monopole nucléaire non déclaré dans la région comme garantie de sécurité ultime. Une capacité d’enrichissement saoudienne, même civile, érode ce monopole sans qu’Israël ait son mot à dire.

NPR rapporte que l’accord « a approfondi les inquiétudes selon lesquelles Israël, un allié majeur des États-Unis, et Trump divergent de plus en plus en matière de politique étrangère et de sécurité ». C’est un langage diplomatique pour dire : Israël regarde Washington conclure des accords avec son rival régional malgré les objections des alliés américains, et se demande ce que vaut l’alliance.

D’autres responsables israéliens cherchent à minimiser l’accord publiquement, mais le message de Jérusalem est sans équivoque. Les États-Unis choisissent un partenariat commercial et stratégique avec Riyad plutôt que la priorité traditionnelle de protéger l’avantage militaire qualitatif d’Israël dans la région.

Le retour du deux poids, deux mesures

Les préoccupations de non-prolifération sont tout aussi vives du côté du Capitole, où l’accord fait face à un accueil incertain.

Le représentant Ro Khanna, démocrate californien, qualifie l’accord de « cadeau aux Saoudiens » qui « ne fera qu’alimenter les ambitions de l’Iran. Cela ne fera que déstabiliser davantage la région avec Israël. »

Imran Bayoumi, ancien conseiller politique au département américain de la Défense et désormais à l’Atlantic Council, déclare : « Cela aide certainement à jeter les bases de futures armes nucléaires. »

Le rapport de la BBC sur l’accord note que l’accord n’inclut pas les mesures d’application strictes que les précédents accords nucléaires américains incluaient, la « référence absolue » de l’accord avec les Émirats arabes unis de 2009 est absente. Il n’y a pas d’interdiction catégorique de l’enrichissement ou du retraitement. Il n’y a pas d’exigence du Protocole additionnel de l’AIEA, qui donne aux inspecteurs un accès élargi pour détecter les activités nucléaires non déclarées.

L’administration affirme qu’un accord de garanties bilatéral distinct fournira une vérification. Mais ces termes ne sont pas encore publics, et le Congrès ne peut pas les évaluer indépendamment tant qu’ils ne le sont pas.

Ce que l’accord révèle des priorités américaines

L’argument de l’administration, garder les affaires saoudiennes loin de la Chine, assurer la diversification énergétique, récompenser un partenaire stratégique, a une logique interne. Mais il révèle aussi ce que Washington est prêt à sacrifier : le principe selon lequel les engagements de contrôle des armements devraient s’appliquer également aux alliés et aux adversaires, et la confiance d’un allié de longue date en Israël.

Le pacte devrait être soumis au Congrès pour examen dans les jours à venir. Compte tenu de l’ampleur de l’opposition, des élus pro-israéliens, des faucons de la non-prolifération et des démocrates, l’administration pourrait avoir plus de mal à le vendre à Washington qu’à Riyad.

Traduit par Lydie

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