
L’American Diabetes Association (ADA) a bloqué la publication d’un éditorial et de sept articles d’opinion prévus dans sa revue phare Diabetes Care, qui devaient aborder la controverse entourant l’éviction du rédacteur en chef de la revue lors du congrès annuel de l’association en juin, selon un nouveau reportage d’Ars Technica publié le 17 juillet.
Cette décision constitue un deuxième acte de censure éditoriale dans une controverse qui a déjà suscité une large condamnation de la part de la communauté scientifique.
Ce qui s’est passé en juin
Le 5 juin, lors des 86<sup>es</sup> sessions scientifiques de l’ADA à La Nouvelle-Orléans, le Dr Steven E. Kahn, rédacteur en chef de Diabetes Care, a été escorté hors de la salle de conférence par la police. Lui et quatre autres chercheurs distribuaient des réimpressions d’un éditorial évalué par les pairs qui avait été publié dans la revue quelques semaines plus tôt. L’éditorial, intitulé « Misguided Brushes of a Pen Continue to Dismantle and Destroy Biomedical Research in the United States », critiquait les coupes budgétaires de l’administration Trump dans le financement des NIH et une règle proposée donnant aux responsables politiques l’autorité finale sur les décisions relatives aux subventions fédérales.
L’ADA a d’abord invoqué une violation du code de conduite de la conférence, puis a déclaré que les chercheurs violaient les règles de l’IRS exigeant un environnement non partisan lors d’événements d’organisations 501(c)(3). Les preuves vidéo montrent les chercheurs distribuant les documents calmement, sans perturbation.
L’éviction a provoqué une vague de démissions, notamment celle de la présidente élue de l’ADA, Jennifer Green, et du président du comité de planification des sessions scientifiques, Mark Atkinson. Le PDG de l’ADA, Chuck Henderson, a publié une vidéo d’excuses le 10 juin, annonçant un examen indépendant. Des centaines de participants ont quitté la séance plénière présidentielle par solidarité.
Les nouveaux détails
L’article d’Ars Technica du 17 juillet, signé par Jennifer Ouellette, révèle que les rédacteurs de Diabetes Care avaient programmé une collection d’un éditorial et de sept articles d’opinion pour publication le 13 juillet, des articles qui auraient directement abordé à la fois l’incident du 5 juin et la menace plus large pesant sur l’indépendance éditoriale scientifique.
Les articles ont été fournis à l’avance à la direction de l’ADA, accompagnés d’une offre de publier simultanément la réponse de l’association. L’ADA a refusé de publier les articles.
En réponse, les rédacteurs ont publié l’ensemble de la collection sous forme de prépublication sur Zenodo (DOI : 10.5281/zenodo.21300053), sous le titre « Community Voices: On the Events of the American Diabetes Association 86th Scientific Sessions ». La prépublication comprend des contributions de Kahn, Anderson, Buse, Selvin, Gannon, Kelly, Ryder, Schatz, Atkinson, Hirsch, Nathan et Limbaugh.
« L’ADA a déjà tenté de restreindre la liberté éditoriale une fois auparavant », ont écrit les rédacteurs. L’association n’a fourni aucune explication publique pour avoir bloqué les publications ultérieures.
Pourquoi c’est important
Cette affaire est devenue un point d’éclair pour la tension entre les sociétés scientifiques et la pression politique. L’ADA a simultanément accueilli Richard Woychik, conseiller principal du directeur des NIH pour la stratégie « Make America Healthy Again », en tant qu’orateur principal, une figure nommée politiquement dont la présence sape l’argument selon lequel la conférence devait être strictement non partisane.
Le rédacteur en chef du BMJ, Kamran Abbasi, a averti dans un éditorial du 19 juin que les sociétés médicales qui « compromettent l’indépendance éditoriale le font à leurs risques et périls ». L’incident a été comparé à d’autres cas récents où des rédacteurs en chef de revues ont subi des pressions concernant des contenus jugés politiquement sensibles.
Les dégâts à long terme pourraient être institutionnels. Diabetes Care a un facteur d’impact de 22,6, le sixième plus élevé en endocrinologie et métabolisme. Si la relation de l’ADA avec sa propre direction éditoriale est perçue comme compromise, la réputation de la revue, et la crédibilité de l’association, pourrait en souffrir.
Sources
1. J. Ouellette, « Troubling new details emerge on diabetes journal ouster controversy », Ars Technica, 17 juillet 2026. https://arstechnica.com/science/2026/07/troubling-new-details-emerge-on-diabetes-ouster-controversy/
2. S.E. Kahn et al., « Community Voices: On the Events of the American Diabetes Association 86th Scientific Sessions », Zenodo (2026). DOI : 10.5281/zenodo.21300053
3. S.E. Kahn, C.A.M. Anderson, J.B. Buse, E. Selvin, « Misguided Brushes of a Pen Continue to Dismantle and Destroy Biomedical Research in the United States », Diabetes Care (2026). DOI : 10.2337/dci26-0068
4. E. Cooney, « Fresh turmoil roils American Diabetes Association following controversy at conference », STAT News, 16 juillet 2026.
Traduit par Lydie

