Le Japon vise 30 lancements par an, le gouvernement parie gros sur l’accès spatial national

Le Japon vise 30 lancements par an, le gouvernement parie gros sur l’accès spatial national

Clark – 1ban.news

Date : 2026-07-16

Image à la une : Fusée H3 de la JAXA décollant du centre spatial de Tanegashima ; crédit : JAXA/MHI

Le gouvernement japonais s’est fixé un objectif ambitieux de 30 lancements de fusées nationales par an d’ici le début des années 2030, soit environ une multiplication par 10 par rapport au rythme actuel, dans le cadre d’un effort plus large visant à garantir un accès spatial indépendant pour la sécurité nationale, le déploiement de méga-constellations et l’exploration lunaire.

Every reader who contributes helps us stay independent and continue improving our coverage.

Keep quality journalism alive

Jun Kazeki, directeur général du Secrétariat national de la politique spatiale, a présenté cet objectif dans des commentaires rapportés par SpaceNews le 15 juillet, accompagné de plans visant à augmenter la part des satellites japonais lancés sur des fusées nationales d’environ 50 à 60 % actuellement à 60 ou 70 %. La stratégie implique que le gouvernement agisse comme un locataire-ancre pour les services de lancement commerciaux, en codifiant la demande de lancement sur cinq à huit ans pour justifier les investissements dans la chaîne d’approvisionnement, et en poursuivant la déréglementation des processus de licences.

Le fossé des lancements

Le rythme actuel des lancements au Japon raconte une histoire frappante. Seuls deux lancements ont eu lieu en 2026 à ce jour, après seulement trois en 2025 dans son ensemble. Pour atteindre 30 lancements par an dans environ cinq ans, le Japon devrait ajouter l’équivalent d’une industrie de lancement entièrement nouvelle.

Chaque véhicule de la gamme japonaise fait face à des vents contraires :

La fusée H3, construite par Mitsubishi Heavy Industries pour la JAXA, est le lanceur phare japonais à carburant liquide. Elle a repris ses vols avec succès le 12 juin 2026, après un échec en décembre 2025 qui a entraîné la perte d’un satellite de navigation. Le vol de juin transportait une nouvelle variante appelée HE-30S dans une configuration uniquement liquide. Mais le bilan de la H3 reste fragile : son vol inaugural en mars 2023 a également échoué, lui donnant un taux de succès d’environ 67 % sur six vols.

L’Epsilon S, un petit lanceur à propergol solide développé par la JAXA, est retardé indéfiniment après une explosion dévastatrice lors d’un essai au sol en novembre 2024 qui a détruit le moteur du deuxième étage, suivie de deux autres échecs de test moteur. Le satellite de démonstration technologique RAISE-4 de la JAXA a été confié à un lancement Rocket Lab Electron à la place.

Le Kairos de Space One, une fusée à propergol solide, a échoué lors de ses trois tentatives de lancement. La première s’est autodétruite cinq secondes après le décollage en mars 2024. La deuxième a été interrompue environ 10 minutes après le vol en décembre 2024. La troisième, en mars 2026, n’a pas réussi à atteindre l’orbite. Space One, soutenu par Canon Electronics, IHI Aerospace et Shimizu Corporation, n’a pas encore réalisé le premier lancement orbital commercial du Japon.

Nouveaux acteurs et infrastructures

Interstellar Technologies, la première entreprise japonaise à atteindre l’espace avec un vol suborbital en 2019, développe la fusée orbitale ZERO (environ 100 kilogrammes vers LEO) avec l’investissement de Toyota. Le premier vol orbital est prévu pour environ décembre 2027.

Honda a mené des expériences surprises de fusées réutilisables, bien que les plans commerciaux concrets restent flous.

Côté infrastructures, Hokkaido Spaceport se positionne comme une alternative aux bases américaines limitées en capacité. Il a signé une étude de faisabilité avec la société américaine Firefly Aerospace pour lancer la fusée Alpha depuis le Japon, et Space Cotan construit des infrastructures de lancement supplémentaires sur l’île septentrionale.

Pourquoi c’est important

La poussée du Japon pour une capacité de lancement nationale est motivée par plusieurs pressions convergentes. L’autonomie stratégique exige que les satellites de sécurité nationale ne dépendent pas de lanceurs étrangers. Le ministère de la Défense a déjà signé des contrats avec Space One pour des dizaines de satellites de sécurité.

Sur le plan économique, le gouvernement vise une industrie spatiale de 8 000 milliards de yens (environ 52 milliards de dollars), le Japon cherchant à se positionner comme la plaque tournante du transport spatial asiatique. Les contrats internationaux commencent à arriver : Eutelsat a réservé plusieurs lancements H3 à partir de 2027, et la mission astéroïde des Émirats arabes unis est manifestée sur H3 pour 2028.

Mais le Japon est également en concurrence avec les services de lancement les moins chers et les plus fiables de la planète. Les satellites japonais montent de plus en plus sur des parts de marché Falcon 9 ou des Rocket Lab Electrons. Sans un véhicule national démontré qui puisse égaler les prix et la fiabilité internationaux, l’objectif de 30 lancements risque de rester un vœu pieux. Le modèle de locataire-ancre du gouvernement est conçu pour combler cet écart, mais il nécessite des véhicules qui peuvent réellement voler, une condition qu’aucune fusée commerciale japonaise n’a encore remplie.


Draft pour 1ban.news – Space Desk

Traduit par Lydie

Scroll to Top