Le renforcement de la défense européenne profite à l’OTAN — et à l’Amérique

L’Union européenne veut faire savoir aux Américains que l’argent est réel, que les usines ouvrent et que les vieilles hypothèses ne tiennent plus.

Dans une tribune publiée mardi dans Defense News, l’ambassadrice de l’UE aux États-Unis, Jovita Neliupšienė, a exposé les raisons pour lesquelles le renforcement de la défense européenne n’est pas un pic temporaire mais un changement structurel. Elle a exhorté Washington à « ne pas nous juger sur de vieilles hypothèses, mais sur le bilan que nous construisons ensemble ».

Les chiffres étayent son argumentation.

Ce que l’Europe dépense

Les États membres de l’UE ont consacré 2,1 % de leur PIB à la défense en 2025, au-dessus du seuil de 2 % fixé par l’OTAN. Les alliés de première ligne, Pologne, Lituanie, Lettonie et Estonie, se dirigent vers les 5 %. L’UE a créé un programme de financement de la défense de 200 milliards de dollars, et 18 États membres ont déjà franchi l’étape suivante pour y accéder. Les six premiers milliards de dollars ont été déployés pour l’accélération des achats et de la production.

Le bloc s’est également engagé dans le cadre de Readiness 2030, une feuille de route de près de 1 000 milliards de dollars pour de nouvelles armes et technologies. De nouvelles usines ouvrent leurs portes dans toute l’Europe, produisant des drones de nouvelle génération, des véhicules blindés, des systèmes d’intelligence artificielle et des équipements de guerre électronique.

Un développement marquant : Lockheed Martin et Rheinmetall ont annoncé leur intention de produire des missiles ATACMS en Allemagne, la première fois que ces systèmes seront fabriqués en dehors des États-Unis.

« L’Europe est devenue très douée pour produire des ‘missiles de haute couture’, des systèmes très sophistiqués et coûteux », a écrit Neliupšienė. « Le prochain défi est de combiner cette excellence avec la capacité de produire des capacités ‘assez bonnes’ à grande échelle, y compris des drones. »

« Ne laissez pas la perfection être l’ennemi du bien »

La tribune était sans détour sur les lacunes de l’Europe. L’UE compte 27 marchés nationaux de défense distincts, ce qui entraîne des doublons, des retards et des coûts gonflés. S’orienter vers des achats conjoints est l’une des priorités absolues du bloc. Neliupšienė a reconnu le problème et a déclaré que les nouveaux programmes de financement de l’UE sont conçus pour le résoudre en offrant une demande prévisible sur laquelle l’industrie peut s’appuyer.

Le message adressé à Washington est que le renforcement de l’Europe ne vise pas à remplacer les États-Unis. « Ce renforcement ne vise pas à remplacer les États-Unis », a-t-elle écrit. « Il s’agit de devenir un allié plus fort et plus capable. »

Et il reste rentable pour l’Amérique. L’Europe demeure le plus grand client de l’industrie de défense américaine, représentant près de 40 % des exportations d’armes des États-Unis, environ 130 milliards de dollars. Plus de la moitié des achats de défense européens proviennent encore de fournisseurs américains.

Concernant l’Ukraine, l’UE et ses États membres ont mobilisé plus de 300 milliards de dollars d’aide globale, faisant de l’Europe le plus grand fournisseur au monde. Une part significative de ces dépenses militaires est allée à des entreprises de défense américaines par le biais d’achats conjoints.

La conclusion de Neliupšienė : « Restez à l’écoute, nous ne faisons que commencer. »

Plus tard cette année, l’UE publiera une nouvelle stratégie de sécurité européenne qui façonnera la prochaine phase de sa transformation défensive. Pour un public américain habitué aux plaintes concernant le resquillage européen, le message de l’ambassadrice était clair : l’ère du resquillage est terminée. La question ouverte est de savoir si le renforcement est suffisamment rapide pour faire la différence.


Source : Defense News (tribune de l’ambassadrice de l’UE Jovita Neliupšienė)

Traduit par Lydie

Scroll to Top